Marie Arnault, fille du roi

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Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Du temps de Louis XIV, les mendiantes, les folles, les filles de mauvaise vie, les voleuses, les criminelles, les indésirables de tous poils dans les rues de Paris, ça faisait désordre. C'est pourquoi toutes ces créatures étaient arrêtées et enfermées à la Salpêtrière, une ancienne fabrique de poudre du faubourg Saint-Marcel.

Parmi ces malheureuses, une certaine Marie Arnault. Son crime? S'être refusée au roi.

Marie avait approché le souverain lors d'un spectacle à Versailles dans l'espoir qu'il puisse corriger une grave injustice. L'homme qu'elle aimait, Jacob de Préclair, avait été arrêté sur ordre de son beau-père, le juge Hippolyte Renoncour, et envoyé aux galères à Marseille.

Marie avait eu le tort de repousser les avances de ce juge qui avait épousé sa mère en secondes noces. Le bonhomme s'était vengé sur la personne de Jacob au prétexte qu'il était protestant.

À la Salpêtrière, Marie fut au nombre des jeunes femmes choisies personnellement par l'intendant Jean Talon pour être envoyées en Nouvelle-France. Là-bas, à Québec, les colons sont nombreux, courageux, résolus, mais seuls. Il leur faut des épouses pour peupler le pays.

Nous sommes au printemps 1663. Ces jeunes femmes, ce sont les Filles du roi. Marie a tout juste 15 ans.

Vers la mi-avril, Marie et plusieurs dizaines de ses semblables quittèrent Paris pour Dieppe où elles devaient embarquer à bord du Neptune. Chacune d'elles avait reçu une cassette, une coiffe, un mouchoir de taffetas, un ruban à souliers, cent aiguilles, un peigne, du fil blanc, une paire de bas, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d'épingles, un bonnet, quatre lacets et une somme de deux livres en argent. Et ce, en plus d'une dot de cent livres et la promesse du logis et du couvert à l'arrivée.

À bord, les Filles du roi furent parquées comme du bétail dans l'entrepont, non loin de la sainte barbe. N'ayant pour dormir que des cadres lacés avec du bitord.

La traversée fut longue et éprouvante. Une attaque de pirates au large de l'Irlande, une tempête en plein milieu de l'Atlantique, du brouillard sur le Grand Banc de Terre-Neuve, des vents contraires dans l'estuaire Saint-Laurent.

Après trois mois de navigation et une escale de deux jours à l'île aux Coudres pour permettre aux passagères de réparer les désordres de leur toilette, le cap Diamant est enfin en vue...

Pour le reste de l'histoire, allez vous plonger dans Les Filles du Roy, un roman signé Colette Piat et réédité cette année par Québec-Livres.

L'édition originale date de 1999 et avait été publiée par les Éditions du Rocher.

*****

Colette Piat est une romancière française dont le parcours n'est pas banal.

Fille d'un dermatologue parisien, Paul Blum, elle a pratiqué le droit après avoir obtenu un doctorat en droit privé et public à l'âge de 19 ans!

Avocate près la cour d'appel de Paris, Colette Piat a délaissé la pratique du droit après le suicide d'un de ses clients. Il n'avait pu obtenir la garde de son fils. Elle décida alors de se consacrer exclusivement à l'écriture.

En 1976, elle publia Une Robe noire accuse. Largement inspiré de son expérience d'avocate, ce premier livre dénonçait le système judiciaire français. À l'époque, ce pamphlet eut beaucoup de retentissement.

Colette Piat est l'épouse de l'artiste et marin Jacques Darrort. Ensemble, à Honfleur, ils ont construit un voilier, Le clochard céleste. Ils ont raconté leur odyssée dans Construire la Mer, un livre publié aux Éditions du Pen Duick en 1982.

Outre ses biographies sur Jacques Higelin, le Père Joseph ou Colette et Willy, les livres de Colette Piat qui ont eu le plus de succès sont ceux consacrés au voyage et à la mer. Sans oublier la populaire série policière Lady Blood, sous le pseudonyme de Patricia Lumb.

Au total, Colette Piat a écrit une quarantaine d'ouvrages. Dont Requiem pour un Ashkénaze, publié l'an dernier aux Éditions Atlante.

*****

La plume de Colette Piat est vive et énergique. Son roman, Les Filles du Roy, est un récit où il y a de l'action et de nombreux rebondissements. Tout cela, à bride abattue. À peine 250 pages là où Alexandre Dumas aurait fait trois gros volumes.

Ce roman est bourré de vocables et d'informations historiques parfois surprenantes. Comme celle-ci : les sages-femmes, au XVIIe siècle, appelaient le dernier d'une famille un clôt cul. Ou comme celle-là : ce sont les Basques qui ont montré aux Normands comment faire du cidre.

Si vous avez aimé Les Filles du Roy, je vous suggère de lire la suite. Également rééditée par Québec-Livres, cette suite de 302 pages s'intitule Dans les Plaines d'Abraham.

C'est un roman rédigé sous forme épistolaire. Un échange de lettres entre les petits-enfants de Marie Arnauld : Louis, chirurgien à Québec, et sa soeur Marie, orpheline en France.

On y assiste à la décadence du règne de Louis XV. Les Français vivent dans la misère pendant qu'à la cour, à Versailles, ce ne sont que bals et réjouissances. Le roi, lui, ne pense qu'à culbuter dames et damoiselles. Et des fillettes, si l'occasion se présente.

Ce n'est guère plus encourageant en Nouvelle-France : le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil et l'intendant François Bigot ont d'autres intérêts que la sécurité et le bien-être de la colonie.

Tragique laisser-aller qui permet aux Anglais de triompher. D'abord en Acadie, puis à Québec.

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