Jean-Jacques Pelletier, essayiste panoramique

«Ce n'est pas un livre de lecture rapide.... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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«Ce n'est pas un livre de lecture rapide. C'est pour ça que c'est découpé en chapitres indépendants. On peut lire les chapitres qui nous intéressent le plus.» - Jean-Jacques Pelletier

Le Soleil, Steve Deschênes

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Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Si l'information et son lot de mauvaises nouvelles vous dépriment, ne lisez pas le dernier livre de Jean-Jacques Pelletier et passez votre chemin.

Mais si les nouvelles, aussi mauvaises et épeurantes soient-elles, vous intriguent, vous interpellent ou vous choquent, plongez sans hésiter dans La fabrique de l'extrême. Les 434 pages de cet essai publié par Hurtubise vous aideront à mieux comprendre dans quel monde nous vivons.

Attention, ne soyez pas surpris si vous trouvez que ce livre est parfois lourd, souvent partial et qu'il enfonce des portes ouvertes. Rendu à la fin, vous en sortirez avec l'impression que c'est un livre dans lequel il y a du grain à moudre.

Conscient de la densité de son propos, Jean-Jacques Pelletier recommande de se promener dans ce livre: «Ce n'est pas un livre de lecture rapide. C'est pour ça que c'est découpé en chapitres indépendants. On peut lire les chapitres qui nous intéressent le plus.»

Plus tard, au cours d'une entrevue, il reviendra sur cet aspect: «Ce livre est un essai. Un essai, c'est une place pour essayer des idées. Un essai, ça veut dire: peut-on essayer de comprendre?»

Et de préciser: «Un essai, c'est fait en angle aigu. J'ai voulu faire un essai très ouvert. C'est un essai panoramique.»

Le retour de Néo-Narcisse

Dans Les taupes frénétiques, un essai paru au printemps et tiré à 1900 exemplaires, Jean-Jacques Pelletier constatait la multiplication des phénomènes de montée aux extrêmes et l'omniprésence des logiques qui y sont associées: logiques de la drogue, du cancer, de la délinquance et de la pornographie.

L'extrême est la nouvelle normalité et le simple fait d'exister comme individu est devenu un exercice extrême.

Il y esquissait aussi le portrait de Néo-Narcisse, un consommateur occidental moyen qui se rêve en «extrémiste soft» et qui recherche le bonheur perpétuel et effréné.

Dans ce deuxième essai, La fabrique de l'extrême, l'auteur s'intéresse aux structures qui génèrent ces comportements radicaux. À savoir les processus et les modes d'organisation économiques, technologiques, sociaux, politiques et idéologiques: la religion comme contrôle des individus, la politique-spectacle qui érige les parlementaires en héros, le confort et la «convivialité paradoxale» de notre quotidien dans un monde déchiré par la guerre, l'omniprésence de la technologie comme réponse à tous les problèmes et, enfin, la cupidité comme valeur absolue.

Par leur effet structurant, ces activités constituent la fabrique de l'extrême.

Ces deux essais longs seront suivis d'un troisième. Il comptera seulement une centaine pages et s'intitulera Prisonnier de l'urgence. On y retrouvera Néo-Narcisse et l'auteur s'attardera sur les émois de son personnage: dans quel monde vit-on? quel genre d'individus produit-il?

Ce ne sera pas un essai panoramique, prévient Jean-Jacques Pelletier, mais une autobiographie collective: «Comme disait La Fontaine, tous n'en mourraient pas mais tous en étaient atteints. Le type d'individus que produit le monde occidental ne se retrouve pas à l'état brut.»

Du roman à l'essai

Observateur impitoyable de la société, Jean-Jacques Pelletier a fait carrière comme professeur de philosophie au cégep de Lévis-Lauzon.

Il a aussi participé à titre de représentant syndical à plusieurs négociations du secteur public.

Rien d'étonnant qu'il se soit intéressé aux mécanismes des fonds de retraite et à leur gestion financière. Au point de devenir un véritable «spécialiste». Il a écrit deux livres sur le sujet: Caisses de retraite et placement en collaboration avec Carmand Normand et La gestion financière des caisses de retraite.

Mais c'est comme auteur de thrillers politiques que Jean-Jacques Pelletier s'est fait une réputation. Son oeuvre majeure, Les Gestionnaires de l'Apocalypse, compte sept tomes regroupés sous quatre titres: La Chair disparue, L'Argent du monde, Le Bien des autres et La Faim de la Terre.

Au cours d'une entrevue, j'ai demandé à Jean-Jacques Pelletier pourquoi il s'était mis à écrire des essais plutôt que d'autres romans? «Je me suis fait plaisir en prenant le temps de comprendre le monde dans lequel on vit. J'ai voulu prendre le temps de regarder les preuves et les analyser.»

Votre vision du monde n'est-elle pas trop pessimiste? «Un lecteur m'a fait remarquer qu'il y avait une grande différence entre mes romans et mes essais. Quand on ferme un roman, on a l'espoir que les choses s'arrangent. Quand on ferme un essai, il n'y a pas d'espoir.»

En quoi roman et essai sont-ils différents? «Un roman, c'est une machine à apprivoiser les choses qui nous dérangent le plus. Les fictions mettent en scène les choses qui nous angoissent, mais elles le font avec simplification car c'est plus facile à appréhender et c'est plus rassurant. Ce n'est pas le cas de l'essai. Chez moi, il y a toujours la volonté de me situer entre l'essai et le roman.»

Pourquoi? «Le monde nous est donné en morceaux. Il est fragmenté et il faut le recomposer. En les mettant en scène, le roman nous aide à recomposer les logiques de pouvoir et d'intérêts. L'essai nous permet de les analyser pour mieux les comprendre.»

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