Les arbres repoussent, eux

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Au cours de la même émission à la radio de Radio-Canada, il y a quelques jours: une envolée lyrique d'Alain Crevier en faveur du iPad 3 et un topo sur les déboires de la papetière White Birch.

Notre distinguée radio d'État s'étant gardée de faire un lien entre les deux sujets, permettez-moi de le faire à sa place.

Alain Crevier, donc, est un adepte du iPad. Au nombre de ceux qui ont fait le pied de grue devant l'Apple Store de Place Sainte-Foy pour mettre la main sur la nouvelle bébelle.

La fierté dans la voix, il a expliqué qu'elle lui permettait de travailler, de s'informer, de lire ses journaux, ses magazines, ses revues et même ses livres. Fini le papier!

Pourquoi pas. Le papier, boréalement parlant, n'est-ce pas une horreur? Songez à ces pauvres épinettes...

Ce faisant, Alain Crevier est un homme en phase avec son époque.

Jugez-en: un tiers des Américains lisent des livres électroniques (Harris Interactive). Au Royaume-Uni, la production de livres électroniques a dépassé celle des livres papier (Nielsen). En Allemagne, les ventes de livres électroniques ont augmenté de 77% (Groupe GfK). Le marché du livre électronique se développe si rapidement que les habitudes des lecteurs se transforment de mois en mois (Book Industry Study Group).

Le résultat de tout ça, c'est qu'il se consomme de moins en moins de papier.

Bientôt, les travailleurs forestiers n'auront plus d'arbres à couper. Les papetiers n'auront plus de papier à fabriquer. Les imprimeurs n'auront plus de livres à imprimer. Les camionneurs n'auront plus de journaux à distribuer.

Au nom du progrès, des dizaines de milliers de Québécois seront au chômage.

Les grands gagnants: la Silicon Valley qui conçoit nos gadgets électroniques, l'industrie chinoise qui les fabrique, les flottes de navires sous pavillon de complaisance qui les transportent.

Mais, sapristi, qu'on arrête de s'émouvoir sur le sort des travailleurs de la White Birch ou de Resolu.

Viendra un jour, peut-être, où l'on comprendra que le bon vieux papier était fait avec des arbres qui repoussent alors que tous les iPad de ce monde sont faits de pétrole et de minéraux rares. En plus d'épuiser des ressources non renouvelables et d'être obsolètes au bout de quelques mois, ils sont difficilement recyclables.

Mais ça, c'est une autre histoire...

Durant les trépidantes années 90, les journaux s'arrachaient à prix d'or. Petits ou grands. Personne n'avait vu venir les conséquences d'Internet.

Au début des années 2000, par exemple, AbitibiBowater investissait 300 millions$ à son usine de Donnacona pour répondre à la demande en papier. Les travaux à peine complétés, quelques années plus tard, l'usine était fermée et son personnel licencié

J'ai l'impression que la frénésie qui agitait le monde des journaux il y a quinze ou vingt ans s'est emparée du monde de l'édition.

Flammarion, l'un des piliers de l'édition française, est à vendre. Son propriétaire, RCS Mediagroup, croule sous une dette de 1,2 milliard$. Céder Flammarion lui permettrait d'encaisser entre 220 et 250 millions$.

RCS Mediagroup est un conglomérat italien qui possède la maison d'édition Rizzoli, le quotidien Corriere della Sera, le journal sportif Gazzetta dello Sport et le quotidien espagnol El Mundo.

Une demi-douzaine d'entreprises sont dans la course pour reprendre Flammarion. Notamment Albin Michel associé à Actes Sud, Gallimard, Media participations, l'Espagnol Planeta, l'Américain HarperCollins et l'Italien Feltrinelli. Sans oublier deux ou trois fonds d'investissements.

Flammarion, que dirige Teresa Cremisi, possède un catalogue de 27 000 titres, vend plus de 36 millions de livres par année et génère un chiffre d'affaires de 250 millions$.

Le copain d'India Desjardins, le journaliste et romancier Patrick Poivre d'Arvor, se voit en immortel.

«L'Académie française a enregistré les candidatures de Michel Carassou, Olivier Mathieu et Patrick Poivre d'Arvor au fauteuil de Pierre-Jean Rémy», a fait savoir la vénérable institution dans un communiqué.

L'élection aura lieu le 26 avril.

Auteur d'une soixantaine d'ouvrages, Patrick Poivre d'Arvor s'appelle de son vrai nom Patrick Poivre. Dans les années 70, il empruntait le patronyme d'Arvor à son grand-père maternel, Jean-Baptiste Jeuge, relieur et poète connu sous le pseudonyme de Jean d'Arvor.

En septembre 2005, le Conseil d'État autorisait Patrick Poivre, ses trois enfants et son frère Olivier à changer leur nom de famille en Poivre d'Arvor.

La réputation de Patrick Poivre d'Arvor est sulfureuse.

En décembre 1991, il présentait sur TF1 une entrevue bidon de Fidel Castro. Dénoncé par le magazine Télérama, le trucage consistait à faire croire que Patrick Poivre d'Arvor s'entretenait avec le dirigeant cubain alors que les «réponses» aux questions étaient des extraits d'une conférence de presse.

En janvier 2011, Patrick Poivre d'Arvor était accusé de plagiat par l'hebdomadaire L'Express. Dans un essai intitulé Ernest Hemingway, la vie jusqu'à l'excès, il aurait reproduit de nombreux extraits de Along with youth: Hemingway, un livre de Peter Griffin publié en 1985 aux États-Unis.

En septembre 2011, Patrick Poivre d'Arvor était condamné à payer 45 000$ en dommages et intérêts à Agathe Borne, son ancienne compagne, qui l'avait attaqué en justice pour violation de sa vie privée et pour le plagiat de sa correspondance dans Fragments d'une femme perdue.

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