L'Église prisonnière de sa hiérarchie

Xavier Gravend-Tirole : «Prenez le sida. L'Église n'est... (Photo Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Xavier Gravend-Tirole : «Prenez le sida. L'Église n'est pas capable d'entrer dans la logique de la contraception et se rend coupable de crimes contre l'humanité.»

Photo Le Soleil, Caroline Grégoire

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Rencontre avec un chrétien passionné et engagé. Mais attention, ses propos peuvent choquer.

Il s'appelle Xavier Gravend-Tirole. Né au Québec de parents français.

Après le cégep, il s'inscrit en sciences po et en philo à l'université McGill.

Constatant que la politique man­que de profondeur humaine, il suit un cours sur le bouddhisme et l'hindouisme. Puis réoriente ses études vers les sciences religieuses. Et continue d'étudier la philo.

Le Bac en poche, il s'offre un tour du monde initiatique. L'idée de la prêtrise le taraude. Dix huit mois en Europe, au Moyen-Orient et en Inde ne lui permettent pas de trancher la question.

Il retourne dans les vieux pays faire une licence canonique de théologie à l'Institut catholique de Paris. Là, à la Catho, il prend conscience qu'il ne veut pas être prêtre.

Puis il revient en Amérique faire une maîtrise à la Harvard Divinity School.

Aujourd'hui, il achève une thèse de doctorat sur le métissage interreligieux en cotutelle avec l'Université de Montréal et l'Université de Lausanne.

Ses idées dérangent et il sait que l'Église ne lui permettra jamais d'enseigner dans une faculté catholique. Reste donc l'enseignement universitaire traditionnel. Un destin auquel il aspire.

Conscient que la théologie ouvre des portes - on se sent plus libre quand on comprend les mécanismes d'une discipline - mais reste difficile d'accès au commun des mortels, il s'isole au Bic dans le chalet de Mgr Blanchet pour écrire un roman épistolaire intitulé Lettres à Kateri.

Réfugié dans une communauté religieuse, le narrateur correspond avec son ancienne petite amie, Kateri. Elle, elle critique tout ce que représente l'Église. Lui, il lui répond. De façon chaleureuse, didactique et souvent convaincante.

Tous les sujets sont abordés. Même ceux qui fâchent. Je dirais même : surtout ceux qui fâchent.

À la recherche de jeunes auteurs et soucieux de développer de nouveaux marchés, l'éditeur le Jour offre à Xavier Gravend-Tirole de publier Lettres à Kateri. Un livre de 232 pages dont la lecture n'est ni facile, ni évidente.

Ni facile, ni évidente, mais ressourçante. Un livre qu'il faut lire. Un livre qu'il faut avoir l'audace de lire.

Q. Ce livre, Xavier Granvend-Tirole, c'est un livre de théologie.

R. Oui. Le pari était d'introduire le lecteur néophyte aux questions théologiques. Un pari difficile, c'est pour cela que je l'ai fait sous forme de roman épistolaire : une femme s'interroge, son ami lui répond.

Q. Vous ne publiez pas les lettres de Kateri, seulement les réponses de son ami. Ce livre aurait-il été d'un abord plus facile si vous aviez publié les lettres de Kateri?

R. Peut-être... La raison pour laquelle Kateri n'est pas présente, c'est pour permettre au plus grand nombre de lecteurs de se reconnaître en elle.

Q. Vous écrivez que la foi chrétienne se transmet autrement que par des belles paroles. Que voulez-vous dire?

R. La foi chrétienne est aussi communiquée par des gens et par leur expérience. La rencontre d'une personne qui porte la foi peut émerveiller.

Q. Pourquoi affirmez-vous que l'Église est prisonnière de sa hiérarchie?

R. L'Église, ce n'est pas que la hiérarchie, ce n'est pas que Rome. Les représentants du clergé disent : vous tous, les baptisés, êtes l'Église. Puisque c'est aussi mon Église, je suis aussi son représentant et je ne veux pas être enfermé dans un dogmatisme. Il y a une manière d'être chrétien, d'être catholique qui n'est pas forcément celle de l'Église romaine. Mais qui n'est pas contre.

Q. Pourquoi le christianisme plutôt que le bouddhisme ou l'hindouisme?

R. Honnêtement, il n'y pas de raison à ça. Le christianisme n'est pas supérieur aux autres. Il a une richesse unique, mais pas plus unique. Il a une richesse qui gagne à être explorée et qui gagnerait à être mieux critiquée, mais dans l'amour. Le christianisme, pour moi, c'est aussi une question d'identité.

Q. Trois sorcières empoisonnent notre vie, écrivez-vous : la gloire, la richesse et la puissance. Ne pourrait-on pas dire qu'elles empoisonnent aussi l'Église?

R. Tout à fait. Parce que l'Église est une institution humaine, l'Église est pécheresse. Elle aussi est prisonnière de ses héritages.

Q. Vous évoquez le légalisme et le moralisme de l'Église et ajoutez que c'est contraire à l'attitude de Jésus. En quoi est-ce contraire?

R. Dans les Évangiles, il est écrit que le shabbat est fait pour l'être humain et non l'être humain pour le shabbat. La loi doit être faite pour l'homme et non le contraire. La question n'est pas d'être bon parce qu'il y a une loi, mais c'est parce qu'on est aimé qu'on a envie d'être bon.

Q. Vous notez que les Évangiles n'exaltent pas la puissance de Dieu, mais sa fragilité, son humilité et sa pauvreté. Cela ne contrevient-il pas avec l'idée de la toute-puissance de Dieu?

R. Cette observation sur la fragilité, l'humilité et la pauvreté de Dieu ne vient pas de moi mais du théologien suisse Maurice Zundel. Ce qui fait la force de Dieu, c'est son amour. Et cet amour ne peut être que fragile. On anthropomorphise Dieu en faisant de lui un dieu tout-puissant. Il a une toute-puissance, c'est celle d'aimer.

Q. Sauf Jésus, écrivez-vous, personne n'est irréprochable. Et qu'il faut arrêter de se sentir coupable. Que voulez-vous dire?

R. On a conditionnalisé l'amour de Dieu. Or, avec Jésus, c'est l'inverse. Il nous a dit : Dieu vous aime, restez dans l'espérance, tout va s'arranger. Et si vous chutez encore, ce n'est pas grave.

Q. Parlons de la sexualité et de l'Église : vous vous prétendez incapable de supporter le discours de l'Église sur la sexualité et la contraception. Et vous accusez l'Église d'hypocrisie. Expliquez.

R. Dieu s'est incarné, donc Dieu aime notre corps. Ça, on ne le dit pas assez. La sexualité est un des lieux par excellence de rencontre de cette beauté-là. L'Église a très mal intégré la compréhension plus contemporaine de l'être humain. C'est dramatique... Par exemple, prenez le sida et la con­traception. L'Église n'est pas capable d'entrer dans la logique de la contraception et se rend coupable de crimes contre l'humanité. En dénonçant l'usage des préservatifs, il y a des évêques qui détruisent des années de travail en santé publique. Le domaine des évêques, c'est la théologie et non la science!

Q. Donc, vous êtes en faveur de la contraception?

R. Oui, je suis en faveur de la contraception. Et je suis en faveur des relations sexuelles avant le mariage, du mariage des prêtres, de l'ordination des femmes. Et je suis contre le refus de la communion aux divorcés.

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