Littérature: 2011, une année à oublier

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) En littérature, les années se suivent mais ne se ressemblent pas : 2011 ne fut pas un grand cru. Rien de transcendant. Au Québec comme ailleurs.

Le livre le plus attendu, Freedom du romancier américain Jonathan Franzen, s'est révélé décevant. Un roman de qualité, sans aucun doute, mais pas autant que Les corrections.

Comme chaque année, je vous propose ma liste des 12 meilleurs livres. La plupart ont été écrits par des Québécois.

Pour éviter de froisser les susceptibilités, je vous présente ces ouvrages dans l'ordre dans lequel je les ai lus.

1. Comme le hasard fait bien les choses, celui que j'ai le plus aimé est le premier de cette sélection : L'offrande des fous de Henri Bellotto. Un thriller scientifique de 520 pages publié par les Éditions JCL.

Un roman d'une envergure et d'une intensité exceptionnelles sur la tragédie de Tchernobyl. Des Américains ont été embauchés par l'Agence internationale de l'énergie atomique pour enfouir les déchets accumulés sur le site tandis que des terroristes liés à Al-Qaida s'apprêtent à faire exploser la dalle de confinement de l'un des réacteurs. Palpitant et bourré d'informations.

2. Chez Gallimard, Le trottoir au soleil distille de l'émotion dans chacune de ses 192 pages. À travers des saynètes de la vie quotidienne, comme une balade le long des quais de la Seine ou un repas en famille un soir d'été en Auvergne, Philippe Delerm rappelle une chose simple et essentielle : c'est bon d'être dans la vie. Et la soixantaine arrivée, observe-t-il, le meilleur reste à venir!

3. Hélène Vachon a signé un très surprenant roman de 352 pa­ges chez Alto : Attractions terrestres. Parfois drôle, souvent absurde, toujours tendre. L'un est embaumeur, fils de médecin qui, à défaut de pouvoir soigner les vivants, s'est engagé à soigner les morts. L'autre est un pianiste malade qui partage sa solitude avec les spectres d'une gloire passée. Leur rencontre était inévitable.

4. Place à un roman brûlant d'actualité que devraient lire enfants, parents, professeurs, administrateurs d'école. Car il porte sur l'intimidation et l'exclusion. Ce roman, c'est La réparation de Katia Gagnon. Publié par Boréal, ce récit de 216 pa­ges est superbement écrit et son intérêt est soutenu. Deux histoires : celle de Sarah, une adolescente qui s'est suicidée, et celle de Marie-Lune, une enfant autiste.

5. J'ai hésité à en faire mon livre préféré de l'année. Et au moment d'écrire ces quelques lignes, j'hésite encore...

En effet, j'ai vibré intensément en suivant André Pronovost qui, dans Appalaches, raconte sa lente odyssée sur l'Appalachian Trail de Springer Mountain, en Géorgie, à Katadhin, dans le Maine. Du style, de l'humour, de belles rencontres tout au long de ces 300 pages publiées par XYZ.

6. Une surprise : La maison au citronnier du journaliste américain Sandy Tolan. Un récit de 432 pages publié par Flammarion dans lequel une Israélienne, Dalia, se lie d'amitié avec un Palestinien, Bachir. À travers leur histoire, c'est l'histoire d'une terre meurtrie qui appartient autant aux uns qu'aux autres. On sort très ébranlé de ce témoignage.

7. Comment devient-on le «grantécrivain» que le siècle attend? Rien de plus facile : commencez par lire Les rillettes de Proust de Thierry Maugenest. Une cinquantaine de conseils sur un ton moqueur et jouissif. Dans la collection Le goût des mots chez Point.

Un bon conseil pour devenir le «grantécrivain» que le siècle attend : fuyez les autres faiseurs de livres comme la peste. Parce que, voyez-vous, ce sont des faux-culs, des jaloux et des médisants!

8. Il faut lire Freedom de Jonathan Franzen. C'est une solide étude de moeurs qui prend ses aises sur 720 pages. Publiée par Boréal. Dommage que ce ne soit pas le livre tant espéré. Loin derrière Les corrections, ce roman phare sur le thème séculaire du «famille, je vous hais». En 2002, l'Amérique tout entière s'y était reconnue.

9. Je savais peu de choses de l'amitié qui liait Marcel Aymé et Louis-Ferdinand Céline. Malheureusement pour lui, le reclus de Meudon ne sort pas grandi de Céline's band, le récit que Alexis Salatko publie chez Robert Laffont. Au bilan, 204 pages plutôt émouvantes.

10. Impossible de passer à côté du roman du Dr Yves Morin, Les coeurs tigrés, que publie Septentrion. En 452 pages magistrales, l'auteur relate les méfaits de la bière Dow au milieu des années 1960. Et met en parallèle les mésaventures de l'intendant Jean Talon avec sa propre bière.

11. Avec L'albatros, un roman de 272 pages, Antonine Maillet a peut-être froissé les convictions de plusieurs nationalistes québécois. Publié par Leméac, ce roman vaut le détour. D'abord, parce qu'il est admirablement écrit. Ensuite, parce qu'il revient sur une réalité souvent escamotée : Acadiens et Québécois sont deux peuples distincts.

Antonine Maillet affirme que les Acadiens sont plus proches de leurs racines françaises que les Québécois.

12. Enfin, la litanie de mes livres préférés achève avec Réinventer la démocratie, un essai de Jean Laliberté. Une vigoureuse critique de la démocratie élective et une réflexion pertinente sur ce que pourrait être une démocratie participative. Un opuscule de 218 pages publié par Septentrion à mettre entre toutes les mains.

Si j'enseignais la philosophie au collégial, j'en rendrais la lecture obligatoire!

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