Le iPad détrônera le Kindle

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Le iPad répondrait mieux aux attentes des usagers qu'un simple livre électronique.

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Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Les écrivains sont les dernières personnes à qui demander ce qu'elles pensent des livres électroniques. Et les éditeurs ne sont pas loin derrière.

Mais chacun a ses raisons.Pour un écrivain, on peut comprendre. Écrire un livre et le voir publier, c'est une consécration. C'est accéder à un univers mythique, c'est entrer dans la cour des grands, c'est voir son nom dans une liste constituée de patronymes illustres.

Et, à la différence du livre électronique qui est un avatar du monde virtuel, un livre en papier fait partie du monde réel : on peut le toucher, le caresser, le feuilleter, le sentir, le montrer aux autres.

Dans 100 ans, ce livre existera encore. Il y en aura au moins deux exemplaires au dépôt légal.

Sans compter l'exemplaire conservé à la Bibliothèque du Congrès, à Washington.

Pour l'éditeur, c'est une question existentielle.

Quel a été l'événement majeur des dernières semaines dans le monde de l'édition? Ce n'est pas la découverte

d'un nouvel auteur à succès, mais le lancement du iPad.

Parce qu'il est plus séduisant qu'un insipide Kindle, ce bidule pourrait reconfigurer l'industrie du livre de manière profonde et spectaculaire. Comme le MP3 l'a fait pour l'industrie de la musique.

Selon certaines projections, les petits ordinateurs portables multitâches à écrans tactiles rafleront 30 % du marché d'ici 2014. Ce sont les plus jeunes qui sont attirés par cette nouvelle technologie.

Savez-vous ce qui m'a frappé dans tous les comptes-rendus de presse qui ont suivi le lancement du iPad? Les journalistes ont beaucoup parlé de tout ce qu'il était capable de faire ou de ne pas faire, mais très peu ont mentionné que c'était un... livre électronique. Que c'était le livre électronique que tous attendaient.

Lors du Salon du livre, une table ronde sur le livre électronique réunissait Hervé Foulon, pdg de Hurtubise, François Bon, un écrivain familier des questions technologiques, et Clément Laberge, un dirigeant de De Marque, la plateforme québécoise de distribution de livres numériques.

Pendant une heure, ils ont brassé des idées mais pas une fois ils n'ont évoqué la seule chose qui compte : combien coûtera un livre téléchargé sur un livre électronique?

En effet, c'est là où le bât blesse.

La chaîne du livre n'est pas prête à refiler aux consommateurs les substantielles économies que permet l'édition électronique.

Pourtant, le livre électronique n'a pas besoin d'imprimeur, de distributeur et de libraire. À eux trois, c'est 80 % du prix d'un livre.

Foulon s'obstine à voir la vie en rose : «Le livre ne va pas disparaître, on parle d'un nouveau support. Le numérique est un complément qui peut ouvrir de nouvelles voies à la lecture.»

Bon a répliqué que l'interface numérique est devenue notre rapport au monde : «Le livre électronique sera un lieu d'exercice de la littérature.»

Plus terre à terre, Laberge a invité Foulon et Bon d'arrêter de parler au futur parce que le livre électronique est une réalité!

Piqué au vif, Foulon a riposté en disant que le métier d'éditeur était là pour rester, même avec le livre électronique.

Bon, lui, a expliqué qu'avec l'électronique on lisait autrement : «Autrefois, on lisait un journal de la première page à la dernière. Aujourd'hui, avec Internet, on se fabrique un journal. Pour la littérature, ce sera pareil. On abordera les auteurs d'une nouvelle manière.»

Laberge a abondé dans le même sens : «On veut lire différemment et on veut accéder à des livres publiés ailleurs.»

Puis il a ajouté ce commentaire que Foulon n'a pas dû apprécier : «C'est mal poser la question que de dire qu'il y aura des oeuvres de papier et des oeuvres numériques.»

Avec élégance Foulon a lancé : «Les lecteurs vont vouloir trouver le meilleur support qui leur convient!»

Animé par Stanley Péan, le président de l'Union des écrivains québécois, l'échange entre les trois s'est éparpillé dans tous les sens.

Brouillon mais intuitif, Bon a dit que le roman est une «forme littéraire déjà obsolète» et qu'il faut chercher les nouvelles manières d'écrire du côté des blogues : «Ça bascule, peut-être le roman est mort. Or, l'industrie de l'édition s'est bâtie sur le roman.»

Laberge a renchéri : «Le numérique permet au lecteur d'aménager ce qu'il veut lire. Le lecteur va s'approprier un livre, il va devenir acteur et pas seulement spectateur. Un jour, le livre sera une porte d'entrée vers autre chose.»

De plus en plus seul pour tenir le fort, Foulon a mentionné que le roman est un genre qui a toujours évolué à travers les siècles.

Bon a averti qu'une onde de choc s'apprête à frapper la chaîne du livre et que les maisons d'édition seront obligées de réduire la voilure : «Internet crée de nouvelles professions qui sont créatrices de contenu.»

Foulon a tenu bon : «Internet et le numérique vont permettre de proposer plus d'offres sur plus de formes.»

Laberge a soulevé un point capital, celui de la libre circulation des oeuvres téléchargées sur un support électronique.

Les éditeurs échoueront s'ils s'opposent à cette libre circulation : «Il faut encadrer les échanges, mais dans le respect des pratiques des consommateurs. On ne pourra pas empêcher les gens d'échanger. Le point de vue qu'il faut adopter, c'est : à qui s'adresse le livre sinon au lecteur? Les éditeurs devront en tenir compte.»

Toujours selon Laberge, les jeunes n'achèteront pas un support pour lire des livres mais achèteront des livres qu'ils pourront lire sur un support.

Ayez en tête ce que vient de dire Laberge. Et comprenez pourquoi le iPad a plus d'avenir que le Kindle.

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