Jean Provencher: écrire, c'est jeter un pont

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Jean Provencher : «Un écrivain, c'est celui qui écrit pour une autre raison que celle de gagner sa vie.»

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Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Est-il besoin de présenter Jean Provencher? C'est lui, aujourd'hui, l'invité d'honneur du Salon du livre. Historien, essayiste et communicateur de grand talent, il est reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire du Québec. Il a publié une trentaine d'ouvrages, dont Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent, un ouvrage magistral apprécié autant au Québec qu'en Europe. Il est réputé pour être assez bavard. Mais comme il est toujours intéressant, on l'écoute avec plaisir. Alors, je lui cède volontiers la parole.

Q    Selon vous, Jean Provencher, qu'est-ce qu'un écrivain?

R    Celui qui écrit pour une autre raison que celle de gagner sa vie. Alors le fait-on pour simplement faire danser les mots, par exemple, par jeu, pour libérer l'imagination? Pour le grand bonheur de nommer, car qui nomme habite? Pour faire que la vie journalière échappe à sa propre insignifiance? Peut-être aussi pour exorciser les diables qui nous habitent? Ou encore pour jeter un pont vers celui qui se trouverait sur l'autre rive?

Q    Qu'est-ce qui vous a incité à écrire?

R    J'avais 17 ans. Durant trois mois, nous étudiions les beautés de la langue française dans le livre d'Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, un roman pour adolescents qui allait nous chercher dans ce que nous vivions. L'abbé Roger Bellemare, un magicien, nous montrait tout ce qu'il était possible d'exprimer grâce à la langue française. Ce fut pour moi un choc. Et c'est alors que j'ai décidé que, quoi que je fasse de ma vie, j'écrirais.

Q    Un auteur en particulier?

R    Le romancier, journaliste et essayiste d'origine hongroise Arthur Koestler.

Q    Quels livres vous ont marqué?

R    Chronologiquement, le premier de tous, Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes. L'histoire d'Augustin Meaulnes et de cette jeune fille, «toute frémissante, comme une hirondelle un instant posée à terre et qui déjà tremble du désir de reprendre son vol».

Q    Parmi ceux-ci, si vous deviez n'en conserver que trois, lesquels choisiriez-vous?

R    Dans mes bagages pour une île déserte, j'aurais pris soin d'y mettre trois livres. Pour garder la forme d'abord, Le Cri d'Archimède d'Arthur Koestler. Plus de 400 pages sur l'acte de créer et comment se mettre en état de grâce pour créer. Pour ne pas perdre mon métier d'historien, Les structures du quotidien de Fernand Braudel. La trame des civilisations à travers la culture matérielle. Pour mon pays, Albert Lozeau, Œuvres complètes.

   Quelle qualité appréciez-vous le plus chez un auteur?

R    L'art d'étonner avec des mots fort simples, tout à fait familiers, qui, attachés les uns aux autres de telle manière plutôt que de telle autre, donnent soudain à comprendre autrement. J'adore.

Q    Quel défaut?

R    Je n'aime guère les auteurs narcissiques, bavards, verbeux, qui sont là à travailler à élever leur propre statue, leurs livres me tombent des mains.

Q    Quels sont les auteurs ou les oeuvres que vous n'avez pas lus et que vous regrettez de ne pas avoir lus?

R    La Condition humaine d'André Malraux. Partout, constamment, on le dit un des plus grands livres du siècle passé. J'ai bien essayé, mais m'y suis perdu à chaque fois.

Q    Quels auteurs vous semblent surestimés?

R    Je ne suis pas là à écrire que Ringuet est surestimé. Qui même connaît aujourd'hui ce chantre de la fidélité au champ ancestral? Mais je viens de relire son Trente arpents. Que ce roman a vieilli! Comparé à Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, publié seulement sept ans plus tard, en 1945, on le dirait d'un autre siècle.

Q    Et ceux qui vous semblent sous-estimés?

R    Roland Bourneuf, un sage, à la longue réflexion, à la plume assurée. Et puis j'aime toujours les auteurs pareils à lui, économes de mots, qui vont à l'essentiel.

Q    Quels auteurs ou quelles oeuvres suggéreriez-vous à un jeune désirant se lancer dans une carrière littéraire?

R    Il y en a beaucoup. Mais je lui donnerais d'abord le conseil de mon maître, Jean Hamelin, qui me disait alors que j'avais 20 ans : «Si tu veux écrire, lis, lis beaucoup. C'est en lisant qu'on apprend à écrire. Et ne lis que de grandes oeuvres, la vie est trop brève pour s'attarder aux ouvrages banals.»

Q    De quels auteurs et de quelles oeuvres serait constituée votre bibliothèque idéale?

R    Certains de ces ouvrages m'ont franchement bâti, tous m'ont nourri : Vladimir Jankélévitch (Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien), Patrice Desbiens (Un pépin de pomme sur un poêle à bois), Simone Weil (La pesanteur et la grâce), Germaine Guèvremont (Le Survenant), François Bott (Journées intimes), Luc Bureau (Géographie de la nuit), Gérald Godin (Ils ne demandaient qu'à brûler), Lewis Thomas (La méduse et l'escargot), Bruno Gay-Lussac (L'heure), Brigitte Fontaine (Chroniques du bonheur), Alphonse Piché (Dernier profil et Sursis), Roland Bourneuf (Mémoires du demi-jour), Jacques Bertin (Plain-chant, pleine page), Henry Corbin (L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn'Arabi), Louis de Bernières (La mandoline du capitaine Corelli), Emily Dickinson (Poèmes), Mahmoud Darwich (Le lit de l'étrangère), Clarice Lispector (Agua viva), Gay Gaer Luce (Le temps des corps), Jacques Poulin (Le vieux chagrin), Michel Maffesoli (La violence totalitaire), Henri Atlan (Entre le cristal et la fumée), Jean-Paul Beaumier (Dis quelque chose), Claudie Hunzinger (Bambois, la vie verte), Jean O'Neil (Cap-aux-Oies), Gaston Bachelard (L'intuition de l'instant), Pierre Vadeboncoeur (Indépendances), Lorand Gaspar (Sol absolu), Gaston Miron (L'homme rapaillé), Le livre des morts tibétain, Pierre Morency (Effets personnels), Jacques Prévert (Paroles), Marie-Magdeleine Davy (L'homme intérieur et ses métamorphoses), Ivan Tourgueniev (Assez! Extrait du journal d'un peintre défunt), Yolande Villemaire (Céleste tristesse) et Henry David Thoreau (Walden ou La vie dans les bois).

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