L'éternel mouvement de Giorgia Volpe

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Les oeuvres de Giorgia Volpe ne sont jamais vraiment terminées. Même dans le cadre d'une exposition rétrospective revisitant ces quinze dernières années, l'artiste infatigable révise la manière de présenter ses créations, les vire sens dessus dessous, et les liens se tissent, encore, foisonnants et organiques.

Après avoir été créée à la Galerie d'art Foreman de l'Université Bishop's, à Sherbrooke, sous le commissariat de Carl Johnson, l'exposition Tisser l'existant s'est arrêtée à la Mount Saint Vincent University Art Gallery, à Halifax, puis à Rivière-du-Loup, au Musée du Bas-Saint-Laurent avant de s'installer pour l'été à la Maison Hamel-Bruneau, à Québec.

«Ses oeuvres sont vivantes. Il y a tellement une belle cohérence à travers ces 15 années-là qu'on peut remodeler l'exposition, et ça fonctionne tout le temps», constate le commissaire. Pour l'espace domestique, divisé en plusieurs pièces de la Maison Hamel-Bruneau, il a rassemblé dans la première salle plusieurs objets qui évoquaient l'humain, figure souvent centrale dans le travail de l'artiste. Il y a La robe grimpante, verte, faite collectivement au crochet et conçue pour épouser le corps de l'artiste, qui la revêt pour des performances. Puis, Jardins nomades, des images montrant des empreintes de motifs faits au crochet sur des bâtiments industriels abandonnés, en France, où des femmes travaillaient le métal, le textile et le charbon. «Pour rappeler la mémoire de cet espace-là», résume Giorgia Volpe. On y trouve aussi un soulier, qui enregistrait les bruits de la ville pour les amplifier et les rediffuser dans le même espace. Un objet qui rappelle les souliers ludiques transformés par Alfred Pellan, dont on peut voir plusieurs exemples au Musée national des beaux-arts du Québec.

Méduses à l'étage

L'exposition se poursuit dans un espace rarement utilisé, à l'étage, où deux méduses lumineuses faites  à partir de tubulures d'érablières irradient dans une pièce sombre où sont aussi projetés des vidéos d'art. On croit voir les personnages de Keith Haring dans un segment un peu psychédélique, puis on suit les pas de Giorgia dans la ville. C'est toute la dualité de son travail qui tout à coup nous saute aux yeux; cette manière d'explorer la matière de manière très personnelle, dans des endroits fermés comme des laboratoires de photographie ou des salles de montage vidéo, puis d'arpenter et d'habiter la ville, tissant, tressant, tricotant, butinant comme une abeille à la rencontre de l'autre. 

Les méduses sont tissées de la même matière que les hamacs suspendus de son tableau dans le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant, au plus récent Carrefour de théâtre. «C'est du fil, donc ça me permet de tisser, mais sa résistance et la manière dont ça s'étire, ça me permet faire une armature, de créer des volumes», explique l'artiste, qui cherche toujours, coûte que coûte, à habiter l'espace. À l'origine, le projet s'appelait Se la couler douce, était installé dans les jardins du Précambrien, «Il y avait l'idée de l'Amérique, des croisements de sèves, l'idée du métissage de la nature et de l'humain», note-t-elle.

Réconcilier le Brésil et le Québec

Le rez-de-chaussée est divisé en deux, un espace noir et blanc avec des oeuvres plus intimes, et un espace coloré avec des oeuvres foisonnantes et plurielles. On trouve dans le premier des photographies grand format réalisées lors de sa touche première résidence à VU, en 1998, alors qu'elle cherchait encore une manière de réconcilier la lumière éblouissante de son Brésil natal et les lueurs blafardes de l'hiver québécois.

Des baluchons évoquent le nomadisme, le flottement, la métamorphose, la société locale et mondiale en train de se créer. Alors qu'une maille «qui fait la largeur de cette maison, qui était suspendue près du parc Saint-Roch sur la scène» est contenue dans une boîte blanche, près du sol, créant un motif aux sinuosités obsédantes. 

«Le corps doit être mouvant, en réaction et en métamorphose», indique Girogia Volpe. Les oeuvres aussi. 

L'exposition se poursuit jusqu'au 3 septembre à la Maison Hamel-Bruneau, 2608, chemin Saint-Louis, Québec, du mardi au dimanche de 11 h à 17 h. Info : www.maisonsdupatrimoine.com

Ailleurs au Québec, Giorgia Volpe participe également à la 10e Biennale d'estampe de Trois-Rivières, qui se poursuit jusqu'au 10 septembre et à l'exposition Géopoétique à la Galerie d'art Stewart Hall, à Pointe-Claire, jusqu'au 15 octobre.

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Marie-France Tremblay : l'étoffe des monstres

La résidence estivale de Marie-France Tremblay chez Engramme... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 3.0

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La résidence estivale de Marie-France Tremblay chez Engramme a pris des allures de fabrique de monstres, que les visiteurs pourront apprivoiser lors de deux journées porte ouvertes.

Le Soleil, Caroline Grégoire

Un serpent rouge, constellé de dizaines yeux inquisiteurs, occupe le centre de la galerie. Dans l'atelier tout près, la peau d'une autre créature, lilas et jaune celle-là, attend de prendre forme. La résidence estivale de Marie-France Tremblay chez Engramme a pris des allures de fabrique de monstres, que les visiteurs pourront apprivoiser lors de deux journées porte ouvertes. 

Lorsque l'artiste a soumis sa candidature pour bénéficier, pendant un mois, des espaces du centre d'artistes, elle voulait travailler des pièces de grandes dimensions, des volumes, des sculptures, pour profiter de l'espace. «Je travaille surtout par fragments, mes projets sont souvent constitués de petits morceaux qui s'emboîtent, rappelle Marie-France Tremblay. Là, je voulais faire de gros morceaux, pour ne pas avoir besoin de faire de la courtepointe ou du collage.»

De gros morceaux, certes, mais qu'il sera possible de comprimer pour qu'ils occupent le moins d'espace possible lorsqu'elle devra les ranger. «C'est vraiment devenu une préoccupation. Comme artiste, on accumule beaucoup, et un moment donné on s'aperçoit qu'on ne peut plus utiliser notre atelier parce que c'est devenu un entrepôt.» Il faut dire que la jeune femme fait aussi partie du collectif Colifichet, dont les créations tricotées et crochetées - dont une à l'effigie du maire Régie Labeaume - prennent de la place... Pas étonnant que dans sa pratique en solo, elle se soit plutôt tournée vers l'imprimé, le papier et le tissu. 

L'eau, le ludisme et les formes hybrides sont devenus des éléments récurrents dans ses oeuvres. «J'aime cette idée-là, du monstre, de la bibitte, de la créature un peu décalée, démesurée», indique-t-elle. «Ici, c'est un serpent, mais il n'est pas loin de la baleine.» Une forme est même inspirée d'un toutou de ses enfants, surnommé «Totoro» en l'honneur de la créature du film d'animation de Hayao Miyazaki.

Des feuilles où sont reproduites des formes qui rappellent des écailles ou du crin s'alignent au mur. Elle se sert de la galerie comme canevas, pour calquer les motifs qui seront ensuite imprimés sur ses tissus. L'artiste espère qu'elle aura le temps de terminer sa deuxième créature.

«Une résidence, c'est une course contre la montre, note-t-elle. Plus tu travailles, plus tu as des idées!» Celle qui a fait le Symposium de Baie-Saint-Paul, ce grand atelier devant public, en sait quelque chose et espère que, encore une fois, le travail acharné et constant portera fruit.  

À travers les yeux et les pyramides - qui sont en fait les «pics» qu'on retrouve sur les monstres du jeu Mario Bros -, il y a aussi de grandes plumes molles, qui constituent un petit univers de symboles presque mythologiques. 

Les enfants qui passeront chez Engramme devraient s'en donner à coeur joie pour créer des histoires avec tout cela. À voir les samedis 29 juillet et 5 août, de 12h à 17h, au 510, côte d'Abraham, Québec




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