Vanités et néons conjugués au présent

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(Québec) Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inaugure deux expositions printanières au rez-de-chaussée du pavillon Gérard-Morisset, qui accueillera éventuellement les expositions d'art historique. Les deux propositions, Carl Trahan. Parce qu'il y a la nuit et Le temps file. La vanité dans la collection du MNBAQ, allient justement art actuel et Histoire en s'adressant autant à l'oeil qu'à l'esprit.

La réponse lumineuse de Carl Trahan

Lors d'un long séjour à Berlin et d'une résidence à Rome, l'artiste montréalais Carl Trahan s'est immergé dans l'histoire de la modernité européenne, en s'intéressant plus spécifiquement au langage de la propagande nazie et au Manifeste du futurisme. Il a sélectionné des mots et des citations qui témoignent à la fois de la promesse d'un futur meilleur et de la profonde inquiétude envers les dérives qui se dessinaient à l'horizon.

L'artiste a poursuivi une réflexion sur la traduction, le glissement du sens, le vocabulaire formaté imposé aux écoliers sous le IIIe Reich. Un dictionnaire de plomb rend les mots illisibles pour toujours. Sur un segment de mur, il complète à la main un diagramme de traduction. À partir du mot «bouleversement», il cherche les traductions possibles en italien, puis explore les traductions possibles en français et de ce jeu d'aller-retour naît une pluralité de possibles.

«Tout le travail de Carl témoigne à la fois d'une grande intelligence, d'une grande sensibilité et d'un sens de l'Histoire qui est enviable. Ce sont des oeuvres qui parlent de sujets difficiles, souvent avec une esthétique minimaliste, mais avec une charge émotive prenante», souligne Bernard Lamarche, conservateur de l'art actuel au MNBAQ et commissaire de l'exposition.

«Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie», une citation de Pascal, est présentée sur une plaque de verre. «Il y a une résonance entre l'angoisse et la fragilité de la phrase et celle du support», note le commissaire. Douze mots auxquels les prisonniers s'accrochaient dans les camps de concentration sont gravés sur douze réglettes de graphite fixées au mur.

Ces matériaux fragiles côtoient des néons, technologie pratiquement obsolète aujourd'hui, mais qui est née d'expériences presque occultes. Quatre néons clignotant frénétiquement citent les manifestes futuristes de 1909 et 1922, comme un appel de détresse, près de deux lampes créées par l'expansion sur 360 degrés des visages de Marinetti et de Mussolini.

Dans une petite salle, l'artiste a créé une oeuvre inédite pour l'exposition, qui offre un contrepoint féminin et poétique aux idées rigides évoquées dans le reste du corpus. L'artiste a fait courir un poème futuriste de Anna Maria Mazza sur les murs, en néon blanc peint en noir. «Elle s'adresse à une lampe calme, qui est un peu un symbole du futurisme, et dit qu'elle voudrait avoir le regard froid de la lampe, ne plus avoir d'émotion, ne pas aimer et ne plus haïr», indique Carl Trahan. Le Musée lui accorde, en tant que récipiendaire du Prix MNBAQ en art actuel 2016, une bourse, une exposition et une monographie en plus de faire l'acquisition de 14 de ses oeuvres.

L'artiste sera en performance dans la salle d'exposition jeudi et vendredi de 12h à 17h. Une visite spéciale commentée par Bernard Lamarche aura lieu le 19 avril.

Apparitions et disparition

Le temps file. La vanité dans la collection du MNBAQ se déploie comme une intéressante conversation entre des pièces d'art ancien et des pièces d'art contemporain, habilement agencées par la commissaire Maude Lévesque, aussi conservatrice de la collection de prêts d'oeuvres d'art du MNBAQ.

«Les vanités sont des natures mortes qui portent une dimension macabre, qui nous renvoie à la finalité de l'existence et à l'idée du temps qui passe», indique-t-elle. Les premières pièces présentées sont d'étranges miroirs incitant à poser un regard sur soi. Devant Le miroir merveilleux de Paryse Martin, le visiteur doit se déplacer pour apercevoir son reflet toujours déformé, jamais complet. 

Dans les vanités classiques, notamment en Hollande dans les années 50, chaque objet est le symbole d'un concept particulier, chaque composition est un message codé. Crâne, fruits, animaux, livre, etc. prennent de nouveaux sens dans les oeuvres contemporaines, mais la commissaire a pris soin de tisser de nombreux liens formels dans l'espace conçu par le scénographe Jean Hazel. 

Un silence radio de Diane Landry, condense le temps qui passe en assemblant des photographies prises à intervalle régulier devant des fenêtres où elle est demeurée presque immobile pendant 24 heures. La lumière file, évoquant les clairs-obscurs des oeuvres anciennes. 

Claudie Gagnon a créé l'installation Nature morte aux fleurs avec fromage spécialement pour l'exposition. On l'entrevoit derrière un miroir truqué avant d'entrer dans un petit espace pour constater la détérioration lente des matières organiques.

Des oeuvres qui jouent sur les perceptions, donnant l'impression d'assister à des apparitions et des disparitions, occupent aussi un bel espace de la salle.

Pour un complément philosophique et sonore, les visiteurs peuvent utiliser leur téléphone intelligent ou louer une tablette du musée pour entendre les textes écrits et dits par l'auteure Véronique Grenier.

Les deux expositions sont présentées jusqu'au 24 septembre 2017 au MNBAQ.




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