Les grands espaces: les explorateurs du sublime

Martin Désilets capte la couleur de la lumière,... (Photos fournie par Regart)

Agrandir

Martin Désilets capte la couleur de la lumière, ce qui donne des photographies vibrantes.

Photos fournie par Regart

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Regart, à Lévis, nous invite dans un espace de contemplation fait de roches, de vagues, de blanc, de noir et de bleu, qui donne l'impression de voir se déployer en trois dimensions et en mouvement une mouture moderne d'un tableau de la série Les icebergs, de Riopelle.

Dans la grande photographie argentique d'Anne-Marie Proulx, les... (Photos fournie par Regart) - image 1.0

Agrandir

Dans la grande photographie argentique d'Anne-Marie Proulx, les pierres et des plaques de neige tracent une série de petites touches, alors que le ciel s'étire dans une lumière froide.

Photos fournie par Regart

En tentant de dégager des tendances en art actuel, le centre d'artistes a trouvé trois angles intéressants pour les expositions de l'année, toutes collectives, qui marqueront ses 30 ans. La directrice générale et artistique de Regart, Amélie Laurence Fortin, a rassemblé un comité pour penser les expositions, sélectionner et regrouper les artistes, qui ont été plus de 200 cette année à soumettre leur candidature pour présenter leur travail au centre. «Ma réflexion sur le collectif va au-delà de l'exposition collective; c'est aussi de s'impliquer dans une réflexion commune», indique-t-elle. Celle en cours aborde le paysage comme espace de contemplation. La seconde, en mai, après Manif d'art, sera plus conceptuelle et explorera les liens entre l'art et le langage, alors qu'une exposition estivale sera consacrée aux couleurs, aux matières, à l'effusion et au rire. «Entre nous, on l'appelle l'expo cupcake!» note la directrice.

Mais d'abord, Les grands espaces nous prépare tranquillement à l'hiver. Pensée par Audrée Demers-Roberge, l'exposition met en dialogue des oeuvres de quatre artistes qui se répondent différemment selon le point de vue du visiteur dans la galerie. Placé à l'entrée, sur le plancher principal, celui-ci perçoit comment les vibrations bleues des photographies de Martin Désilets font écho au mouvement du film d'art de Laurent Lévesque. Près de la vitrine, il découvre plutôt un paysage étagé en noir et blanc, où se conjuguent les photographies d'Anne-Marie Proulx et les objets d'Annie Charland Thibodeau.

Le travail d'Anne-Marie Proulx, qui assure la direction artistique au centre VU, répond à tous les autres, comme un chuchotement qui se disperse dans l'espace d'exposition. Il y a d'abord deux livres où sont inscrites les phrases, tirées d'un dictionnaire innu-français: «L'étendue rocheuse finit là» et «Le bruit s'entend de très loin». Sur le mur du fond, son immense photographie argentique d'un paysage désolé avale le regard. Les pierres et des plaques de neige y tracent une série de petites touches, alors que le ciel s'étire dans une lumière froide. Plus on s'approche, plus l'image se brouille. «Elle a agrandi la photo jusqu'à temps que le grain, qu'on appelle aussi le bruit, soit apparent», explique Mme Fortin. L'artiste ne se souvient ni du lieu ni du moment où la photo a été prise. Elle a perdu la trace de ce souvenir, qui s'est lui aussi brouillé. «Anne-Marie arpente la Côte-Nord depuis plusieurs années, pour essayer de mieux comprendre les Innus, indique la directrice. C'est quelqu'un de très discret, qui prend son temps, qui est curieuse et qui a un esprit scientifique.»

Les rochers d'Annie Charland Thibodeau, certains en céramique et qui brillent subtilement, d'autres en vraie pierre dont une surface plate a été soigneusement poncée et peinte, sont disposés sur des plate­formes blanches. Les surfaces se confondent, on voit se dessiner les silhouettes de petits icebergs. «Il y a quelque chose de pleinement assumé dans une jeune pratique quand celle-ci ne remplit pas l'espace», observe Mme Fortin.

L'écran montrant l'oeuvre vidéo de Laurent Lévesque est... (Photos fournie par Regart) - image 2.0

Agrandir

L'écran montrant l'oeuvre vidéo de Laurent Lévesque est suspendu, donnant à l'image un caractère un peu magique.

Photos fournie par Regart

Les rochers d'Annie Charland Thibodeau, dont une des... (Photos fournie par Regart) - image 2.1

Agrandir

Les rochers d'Annie Charland Thibodeau, dont une des surfaces est poncée et peinte, laissent apparaître de petits icebergs.

Photos fournie par Regart

La mer en abyme

Au fond de la galerie flotte une fenêtre où tanguent les vagues grises. Il s'agit de l'oeuvre vidéo Adam's Home - La maison d'Adam de Laurent Lévesque, qui a fait un voyage en paquebot entre Shanghai et Vancouver. Un type de résidence et d'expérience très prisée par les artistes depuis quelques années. «Ils ont une attirance pour les paysages désertiques et inanimés. Un peu comme les explorateurs, ils cherchent les lieux les plus reculés», indique la directrice.

En empruntant le détroit de Béring, Laurent Lévesque tentait de trouver quelle serait son oeuvre, lorsqu'il a vu que la fenêtre de la cabine du capitaine (Adam) avait un format 16/9, la proportion utilisée pour les téléviseurs et les écrans d'ordinateur. «Il a fait une mise en abyme, a simplement filmé la fenêtre pendant 18 minutes, en s'assurant de filmer des oiseaux pour qu'on s'aperçoive que c'est en temps réel», explique Mme Fortin. L'écran est suspendu, l'image y est projetée par rétroprojection, lui donnant un caractère un peu magique. On fixe une vague, le temps arrête, l'horizon se déplace, tangue dangereusement, de manière plus marquée que lorsqu'on observe la mer de la terre.

Martin Désilets capte la couleur de la lumière. Le résultat, imprimé au jet d'encre, donne l'impression de se retrouver devant des toiles au fini impeccable, ce qui crée un beau contraste avec la photographie de Proulx, tout près. Lorsque l'artiste bouge sa caméra en faisant un déplacement latéral entre une image noire et une image blanche, des flous et différentes teintes de bleu apparaissent. «Il n'est pas intéressé par l'objet, par la représentation, mais par l'aspect technique d'un appareil photo, qui capte la lumière. Il utilise la technologie comme matière de travail, et non comme outil», explique la directrice. Ses photographies vibrent, invitent à se perdre dans les lignes, à s'arrêter sur une nuance et comme l'ensemble de l'exposition, à contempler, en laissant ses pensées flotter.

L'exposition se poursuit jusqu'au 18 décembre au 5956, rue Saint-Laurent, Lévis.

Info: 418 837-4099 et centreregart.org

Le dimanche 11 décembre de midi à 17h, les visiteurs pourront discuter avec Annie Charland Thibodeau et Anne-Marie Proulx.

En bref

Bangkok vue de Québec

Renaud Philippe lance un nouveau livre d'artiste baptisé Impermanence rassemblant des images de Bangkok. La mégapole qui loge plus de 5000 personnes par kilomètre carré s'enfonce dans la terre de quelques centimètres par an. Le photographe y est allé constater la progression de l'eau dans la plaine inondable, une vague lente qui devrait engloutir la ville dès 2030. Le livre autoédité a été conçu par Criterium, sous la direction éditoriale de Cyane Tremblay. Il sera lancé en même temps que la publication Québec-Bangkok: Encounter with Strangers/À la rencontre de l'autre, qui propose un témoignage critique et visuel de l'échange artistique entre les deux villes. Outre Renaud Philippe, Patrick Altman, Catherine Bélanger, Camille Bernard-Gravel, Cynthia Dinan-Mitchell, Marie-Claude Gendron, Marc-André Jésus, Christian Messier, Richard Martel et Giorgia Volpe ont pu bénéficier de cet échange lancé par Le Lieu. Le double lancement aura lieu mercredi à 17h au 345, rue du Pont, à Québec.

***

Tablée annulée et première expo-vente

Une Expo-vente de Noël se tiendra chez Engramme du 8 au 18 décembre (vernissage le 9 à 17h). On y trouvera des oeuvres de Monique Bernard-Dallaire, Liliane Bernier, Manon Denis, Clément Leclerc, Tanya Morand, France Mc Neil, Cynthia Dinan-Mitchell, Odette Ducasse, Ilana Pichon, Lisette Thibeault, Marie-France Tremblay et Lise Vézina. La Tablée de Noël qui devait avoir lieu à L'Oeil de poisson le jeudi 8 décembre est malheureusement annulée, «pour des raisons hors de notre contrôle», nous ont écrit les organisateurs, vendredi soir. L'évènement devait servir d'activité de financement et le souper devait être préparé par le chef du Ciel, David Forbes.

***

Le ludisme de Jacques Thisdel

À l'approche de Noël, la Galerie Linda Verge présente les oeuvres ludiques et colorées de Jacques Thisdel. L'artiste joue avec les fils de fer pour tracer des mots ou créer des sculptures délicates et aériennes qui enchantent et amusent. Il fusionne l'architecture et le végétal, les herbiers et la mémoire, met des mots sous verre, joue avec le temps, laisse des mots s'échapper des tableaux et joue avec son propre nom. Thisdel est représenté par la galerie Linda Verge depuis près de 20 ans et publie également des livres aux éditions du Noroït et Les Heures Bleues. Son exposition Voulez-vous jouer avec moi?, qui comprend 25 oeuvres, se poursuit jusqu'au 11 décembre au 1049, avenue des Érables, à Québec.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer