Tomi Ungerer fête en dessins une vie de création

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L'artiste Tomi Ungerer fume devant son musée de Strasbourg.

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Béatrice Roman-Amat
Agence France-Presse
Strasbourg

«Je vais de l'avant: à 85 ans, il est trop tard pour faire marche arrière !». Facétieux et toujours indigné par les injustices du monde, le dessinateur français Tomi Ungerer est honoré par une exposition d'oeuvres d'artistes du monde entier inspirés par son univers.

Alors que l'exposition Tomi Ungerer Forever, plus de 85 artistes pour ses 85 ans vient d'ouvrir dans sa ville natale de Strasbourg, dans le musée qui porte son nom, ce jeune homme aux cheveux blancs, au sourire communicatif et à la canne équipée d'une sonnette de vélo se présente comme un éternel curieux, non comme un maître de l'illustration.

«Cela m'embarrasse. Personne n'est meilleur que les autres. J'ai un musée - qui a un musée de son vivant ? Il y a deux ans, j'étais le seul artiste en France dans ce cas. Il faudrait des musées pour tout le monde ! »

Ce sont pourtant 100 artistes, de l'Argentin Mordillo au Néerlandais Wilhelm, en passant par le Français Plantu, qui montrent à travers cette exposition quelle «leçon graphique» ils ont tirée de son oeuvre foisonnante, qui navigue du dessin à l'écriture, des illustrations pour enfants aux affiches politiques, des Trois brigands cachés sous leurs immenses chapeaux aux maîtresses dominatrices sadomasochistes.

«Je m'ennuierais à avoir toujours le même style. Chaque histoire doit avoir un style correspondant. Même en une seule journée, je passe d'une chose à l'autre», explique cet artiste jamais à court d'inspiration.

«À 85 ans, je travaille mieux que jamais. Cela ne fait qu'une dizaine d'années que je suis vraiment content de ce que je fais, je profite de 60 ans d'apprentissage», confie-t-il, alors que le musée dispose de plus de 11 000 de ses dessins originaux.

Racines et feuillage

Cet Européen qui écrit à tour de rôle en français, allemand et anglais a connu l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne et vit en Irlande depuis plus de 40 ans. «J'ai mes racines en Alsace, mais mon feuillage, mon branchage, je l'emmène avec moi», résume-t-il. «Je parle le français avec un accent allemand, l'allemand avec un accent français et mon anglais est tout à fait mimétique ou caméléonique : il s'adapte, où que j'aille».

Rien de plus important selon lui que de donner le goût de la lecture et celui des langues aux enfants. «Pourquoi ne pas lire du Verlaine aux enfants ? Je considère la plus grande partie de la littérature enfantine inutile, sauf si elle réveille la curiosité, mais pour cela il suffit d'un Larousse illustré. Même aux cabinets, j'ai un dictionnaire!», s'amuse-t-il, un brin provocateur.

Loin de se retrancher dans un monde imaginaire, l'artiste reste indigné par la violence et les préjugés, un demi-siècle après ses dessins contre la guerre du Viêtnam. «J'ai passé toute ma vie à être engagé : 50% de mon énergie a passé dans un engagement politique ou médical, comme pour le Sida, et maintenant plus que jamais», dit-il, traçant par exemple un portrait de Donald Trump en «père Ubu», en «premier cavalier de l'Apocalypse».

Le retour du puritanisme inquiète aussi un Tomi Ungerer qui scandalisa dans les années 1970 le monde anglo-saxon en passant de l'univers des livres pour enfants aux dessins érotiques.

«Je suis tout à fait pour la prostitution, je l'encourage, mais le malheur de la prostitution, ce sont les maquereaux», commente-t-il sans ambages, jugeant la pénalisation des clients «ridicule».

L'artiste a un temps occupé une chambre dans un bordel de Hambourg, documentant avec minutie les pratiques sadomasochistes. «Quand toutes les filles étaient occupées, c'était moi qui servais les clients, c'était presque une atmosphère de famille», se souvient-il, entre deux anecdotes qui font frémir.

«L'érotisme, pour moi c'est ''tout est permis tant qu'on ne fait pas de mal à quelqu'un'', résume-t-il, disant être venu «avec le plus grand respect» découvrir cet univers.

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