Vicky Sabourin: valse post-mortem

Vicky Sabourin présente Danse macabre à l'OEil de... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Vicky Sabourin présente Danse macabre à l'OEil de Poisson.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Vicky Sabourin se passionne pour la période victorienne, où le diorama et le tableau vivant donnaient à l'art une aura magique. Au fil de ses performances et de ses expositions, elle a constitué un bestiaire qu'elle met en scène au travers de collections d'objets. Danse macabre, qu'elle propose ces jours-ci à l'OEil de Poisson, est inspirée des derniers soubresauts d'un chat sauvage, découvert au détour des flâneries sur le Web.

Richard Hiltz, trappeur de Nouvelle-Écosse, se filme en train de retirer l'animal du piège qu'il a posé. «L'image coupe, il tue l'animal, puis on le voit agenouillé en train de réarmer son piège. Le chat sauvage se réveille, se met à s'étirer de manière vraiment étrange, puis il retombe. C'est hypnotisant. Le gars, derrière, est complètement tétanisé», raconte Vicky Sabourin.

Dans ce mouvement post-mortem, l'artiste y retrouvait ce mélange qui la fascine, ce carrefour historique où alors que naît la science moderne, alors que la vie est encore infusée de spiritualité, de magie et de croyances.

La grande galerie de l'OEil de Poisson a pris les allures d'un tableau de chasse, où trône le cadavre de la fameuse bête - faite de laine feutrée - au milieu d'une scène de crime. Des photographies de forêt sont imprimées sur des panneaux transparents, des avertissements déglingués et mal orthographiés rappellent les mises en garde des chasseurs à l'affût placardées près des territoires de chasse. L'artiste s'est inspirée des panneaux indiquant «privé» aux abords du chalet paternel. «Il y en a tellement que ça devient une invitation, on se demande ce qu'ils cachent», souligne-t-elle. Au passage, elle y a insérer une ligne d'une chanson de Daniel Johnston, «Don't pretend to die».

Une minuscule ouverture permet de voir, dans une cabane, trois scènes où le chat sauvage reprend sa danse macabre. L'image reste fixe pendant un certain temps, puis s'anime par soubresauts, comme l'animal. Le dispositif est à la fois un clin d'oeil à Étant donnés de Marcel Duchamp et à la cabine de chasse.

La vidéo est une nouveauté dans la pratique de l'artiste montréalaise, tout comme la céramique, dont elle s'est servie pour créer certains objets de son décor. Elle a apprivoisé les deux techniques lors d'une résidence de six semaines au Banff Centre for Arts and Creativity cet été.

«Ça ajoute une autre dimension aux éléments, qui sont déjà en tension entre de vrais éléments sortis de la nature et d'autres fabriqués», note Sabourin.

Des morceaux de pièges, comme des mâchoires brillantes, des couronnes brisées ou des bijoux importables, jonchent le sol derrière la cabane. On y retrouve aussi des pattes de chat et des cartouches de balles, certaines de couleur réaliste, d'autres blanches. «Pour marquer le temps, c'est comme si elles étaient en train de disparaître.»

Danse macabre, le titre de l'exposition, fait référence à un type de toile de l'époque médiévale montrant que tous, princesse ou gueux, étaient égaux devant la mort. «Je le pousse plus loin en disant que les animaux sont aussi nos égaux», indique Sabourin, qui utilise son bestiaire pour raconter une fable prise entre un lointain passé et un présent diffus.

«Ma relation avec la nature est à la fois réelle et fantasmée. Reste que je suis une fille de ville, qui a grandi à travers les histoires de chalet de mon père. Ça fait partie de ma psyché», explique-t-elle.

Danse macabre de Vicky Sabourin est présenté à l'OEil de Poisson (580, côte d'Abraham, à Québec) jusqu'au 20 novembre.

Info : www.oeildepoisson.com

L'imaginaire des airs à VU

L'exposition L'essor, de Mathieu Brouillard, est présentée à... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 3.0

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L'exposition L'essor, de Mathieu Brouillard, est présentée à VU.

Le Soleil, Caroline Grégoire

Deux expositions explorent l'imaginaire des airs à VU.

Christian, un modèle vivant faisant partie d'une agence de casting qui recrute des marginaux, a inspiré une histoire à la frontière du documentaire et de la fiction à Mathieu Brouillard. L'électricien âgé, albinos et presque aveugle, rêvait de faire du parapente. «Un aveugle qui vole, ça a une aura de mythologie», note l'artiste, évoquant aussi Icare et l'Ascension du Christ. Il réalise un long-métrage documentaire, dont on voit des extraits dans la plus grande galerie de VU, auprès de photographies prises pendant le tournage. On voit le rêveur en train de démêler les dizaines de fils de couleur de sa machine volante, ou se dresser, fier et nu, au milieu de son atelier, arborant le parapente comme une cape fabuleuse.

Dans la plus petite galerie, MARGES de Jérémie Lenoir montre des vues aériennes d'installations industrielles en périphérie de Montréal et de Paris. De prime abord, on a l'impression de se trouver devant de la peinture expressionniste abstraite, puis des indices - un camion, un cône - nous aident à décrypter l'image. Ces territoires à l'abandon ou en mutation, imprimés avec une netteté notable, lui permettent d'aborder le paysage d'un point de vue anthropologique, mais on retient surtout l'étrange beauté des images et de l'énigme qu'elles nous posent.

Au 550, côte d'Abraham jusqu'au 20 novembre.

Hélène Rochette: à longs traits rouges

Voir rouge, d'Hélène Rochette, à l'Espace Parenthèses. Des... - image 5.0

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Voir rouge, d'Hélène Rochette, à l'Espace Parenthèses. Des centaines de mètres de tuyaux rouges, comme de la réglisse enfin domptée.

Des centaines de mètres de boyaux rouges serpentent et se nouent sur le sol de l'Espace Parenthèses. Les étudiants du Cégep de Sainte-Foy traversent chaque jour ce déploiement de lignes en sortant de la bibliothèque. À leur droite, les tuyaux de caoutchouc, intubés de fils de fer tordus en arabesques et en boucles sont circonscrits dans un large cercle, au sol. La forme vibre, pulse, vaguement menaçante. À leur gauche, les tubes sont maintenus par la force en noeuds serrés, exposés comme des trophées. On dirait de la réglisse sauvage, enfin domptée. «Je crée un espace de jeu avec les matériaux. Je joue sur les finis, les propriétés de réflexion [de la lumière]. Dans mon atelier, j'ai un coin jaune, un coin vert, un coin noir», indique Hélène Rochette, qu'on connaît bien pour ses oeuvres d'art public. Au mur, des tondos d'aluminium, où les différentes patines et techniques de brossage créent des paysages abstraits, lui ont permis de jouer autrement avec la matière. Des assemblages d'images et de photos, créés à Sagamie, et rouges, évidemment, complètent l'expérimentation monochrome. Regards rapprochés : voir rouge est présentée jusqu'au 6 novembre. Info : 418 659-6600, poste 3585

Michael Smith: danser devant les tempêtes

Dans ses tempêtes de couleurs, parcourues de vents... (Fournie par la galerie Michel Guimont) - image 7.0

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Dans ses tempêtes de couleurs, parcourues de vents sauvages et de bourrasques, on ne sait trop si les constructions humaines s'effritent ou si elles sont des parties intégrantes de l'univers représenté.

Fournie par la galerie Michel Guimont

Vicky Sabourin se passionne pour la... (Fournie par la galerie Michel Guimont) - image 7.1

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Fournie par la galerie Michel Guimont

Difficile de ne pas tanguer devant les toiles de Michaël Smith. On s'approche pour voir les accumulations de peinture, le mariage improbable des bourgognes, des jaunes et des bleus; on recule pour tenter de discerner un paysage, un élément d'architecture reconnaissable. 

«J'appelle ça Dance of the Viewers [la danse des regardeurs]», nous indique le peintre. Alors que ses toiles précédentes donnent le sentiment d'être immergé dans une forêt d'arbres géants de la Colombie-

Britannique, ses plus récentes permettent de contempler un paysage plus vaste, où nature et culture se livrent une lutte sans fin. «Ça parle de notre époque, prise entre les deux, remplie d'illusions», note Michael Smith. Il navigue quelque part entre la figuration, son héritage anglais, et l'abstraction, bien présente au Québec lorsqu'il s'y est installé en 1978. 

Dans ses tempêtes de couleurs, parcourues de vents sauvages et de bourrasques, on ne sait trop si les constructions humaines s'effritent ou si elles sont des parties intégrantes de l'univers représenté. Alors, on danse, on cherche. Présence et dissolution est présentée jusqu'au 13 novembre à la Galerie Michel Guimont, au 273, rue Saint-Paul, Québec. Info : 418 692-1188 et galeriemichelguimont.com  

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