Destinées de Louis Boudreault: raconter l'humanité

Louis Boudreault présente des portraits, enfants, de gens... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Louis Boudreault présente des portraits, enfants, de gens qui ont marqué l'humanité.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Qu'il peigne les visages d'enfants de ceux qui ont marqué l'histoire en s'inspirant de la tradition des grands portraits du XVIIIe siècle ou qu'il recrée les boîtes de pigments qui suivaient la route des couleurs à la Renaissance, Louis Boudreault parle des humains, avec intensité et émerveillement.

Il est fort étonnant que le nom de Louis Boudreault, bien connu de tous les médias montréalais, soit connu de si peu de gens à Québec. Le peintre originaire des Îles-de-la-Madeleine est représenté par la galerie parisienne Tornabuoni Art en Europe et a eu trois grandes expositions au Musée Québecor, à Montréal. Trois corpus tirés de sa série Destinées, sur laquelle il travaille depuis une douzaine d'années.

On y voit Gandhi, Nelligan, Picasso, Maurice Richard et 396 personnages marquants, enfants.

Maurice Richard... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Maurice Richard

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Émile Nelligan (gauche) et Gandhi (droite)... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.1

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Émile Nelligan (gauche) et Gandhi (droite)

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L'une des trois était entièrement consacrée aux Québécois, dont plusieurs encore vivants, ce qui lui a permis de recevoir les photos (qui lui servent de point de départ) de la main des modèles. «Céline [Dion] a beaucoup pleuré, Renée Claude a adoré ça», note Boudreault.

Bien que l'artiste ait beaucoup d'amis dans le milieu de la chanson - il a lui-même un piano dans son atelier -, les premiers sujets de la série Destinées venaient aussi du milieu littéraire, de l'histoire de l'art et du cinéma. «J'ai une formation d'historien de l'art, à l'origine, donc je suis très littéraire dans ma façon de travailler. Destinées est né du fait que je voulais parler des gens que j'aimais, mais d'une nouvelle manière. On a à peu près tous la même image en tête lorsqu'on pense à Marilyn Monroe. Je voulais montrer des images qu'on ne voit pas.»

À la chasse aux photographies d'enfance, Boudreault n'a pas encore trouvé toutes ses idoles. La condition d'orpheline de Coco Chanel, par exemple, rend l'entreprise impossible. Barbara s'est longtemps fait désirer. «Ce n'était pas facile, puisqu'elle a tout détruit. La photo est super mauvaise, c'est grand comme un timbre poste, mais je m'en suis sorti. C'est bien elle», constate Boudreault en caressant le portrait des yeux.

Il expose dans l'espace loué par Alexandre Motulsky-Falardeau, qui y a d'abord exposé des toiles de notre caricaturiste André-Philippe Côté. Au hasard d'un voyage aux Îles, le jeune galeriste a tenté sa chance auprès de Boudreault. «Je me suis dit : "Mais, il est fou." Puis, je me suis dit : "Mais pourquoi pas"», raconte le peintre. «Je crois que les gens avec qui on travaille sont un peu comme les sujets en peinture, ce sont des rencontres, et il y a des gens avec qui on a envie de faire des choses.»

Certains sujets de ses portraits imposent de plus longues relations que d'autres.

«Il y a des impossibilités physiques, explique Boudreault. Gandhi est très difficile à faire. Sa bouche et son nez ne sont pas à la bonne place. C'est vrai aussi pour Kennedy et Saint-Exupéry. Je dois le commencer, le laisser traîner dans l'atelier pendant un bon six mois et donner un coup de crayon chaque fois que je passe. Ce qui fait qu'un portrait est émouvant, est vrai, ce sont des centaines de petits coups de crayon, parfois même invisibles, jusqu'à tant que le dialogue se termine entre la toile et moi.»

Bien qu'inspirés des portraits du XVIIIe, qui s'imposaient comme de véritables pans de mur dans les demeures aux plafonds hauts, les portraits de Boudreault portent l'esthétique du XXIe. Ils apparaissent au fil des couches de papier, des morceaux déchirés puis redessinés, des touches de couleurs déposées intuitivement autour du sujet. Les visages sont au plomb, souvent graves. 

Auprès des portraits de Destinées, il y a aussi des images de son enfance à lui. Pas d'autoportrait toutefois, un exercice qu'il garde pour l'instant à l'abri des regards. «C'est nous, enfants, sur la plage du Bout du Banc. Il y en a toujours un, dans chaque expo», souligne-t-il en parcourant les oeuvres du regard.

Boudreault a toutefois un nouveau sujet d'intérêt, pour une exposition qui s'ouvrira le 16 novembre à Florence et qui marquera le début de quelques années européennes dans l'agenda de ses expositions.

«Je ne crois pas exposer au Canada dans les prochaines années. Il y a une expo qui se discute avec un musée très important du Québec pour 2017, mais ce n'est pas encore sûr», glisse-t-il.

Suivre les couleurs 

Ce nouveau sujet, La route des couleurs, il en a posé les bases il y a déjà longtemps. «J'avais fait des études il y a quelques années, mais là ce sera le projet en tant que tel. Je travaille très souvent comme ça. Les séries durent une dizaine d'années, mais ont été élaborées une dizaine d'années avant. Pour être sûr que je ne m'en lasse pas et être sûr que ça tienne dans le temps.»

Le peintre a joué avec les pigments qui faisaient le voyage de la couleur à la Renaissance, de l'Orient vers l'Occident, et les a mélangés avec de l'huile pour conserver une consistance poudreuse. On dirait qu'il place au mur des tiroirs remplis de pigments.

«Je veux faire revivre aux gens la préciosité des couleurs», indique l'éternel humaniste.

À la galerie Alexandre Motulsky-Falardeau, au 209, rue Saint-Paul, à Québec, jusqu'au 30 novembre. 

Info : 418 262-9017

Collectif 5: la fibre sensible

Une installation de Refuges, du Collectif 5, présentée dans Les... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 4.0

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Une installation de Refuges, du Collectif 5, présentée dans Les Ateliers du Réacteur, rue Saint-Vallier Est

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Installé dans Les Ateliers du Réacteur, dans l'ancien complexe funéraire Lépine Cloutier, le Collectif 5 prépare une série d'installations qui fait tinter nos fibres sensibles : du plâtre qui craque sous les doigts en gros plan, un dos qui devient paysage fissuré, des tiges de plantes floconneuses balayées par le vent, une construction de toile, des autoportraits superposés encore et encore. 

L'univers créé par Marilyne Bissonnette, Sarah Booth, Marion Gotti, Andréanne Jacques et Nathalie Vanderveken est une réflexion sur le temps, les sensations, l'intimité. 

Les cinq jeunes femmes ont fait leur maîtrise en arts visuels à l'Université Laval en même temps, puis ont remporté la bourse recherche-création Première Ovation-Arts Multi, puis celle de diffusion dans la même catégorie. 

En juin 2015, elles présentaient Entre les murs dans un appartement de Limoilou, dont elles avaient complètement pris possession. «La quotidien devenait vivant», résume Sarah Booth. 

Cette fois, elles ont dû investir l'espace sans toucher aux fenêtres, aux murs et aux poutres patrimoniales du bâtiment. Chaque intervention devient un petit monde en soi, un cosmos d'images, de son et de matière. «On connaît tellement nos pratiques, on peut aller ailleurs ensemble», note Marion Gotti. 

Leurs Refuges sont présentés jusqu'au 30 octobre de 12h à 17h (sauf lundi et mardi) aux Ateliers du Réacteur, 731, rue Saint-Vallier Est, à Québec. collectif5.weebly.com

Odette Théberge : magnifier les brûlures

Photo Jean Marie Villeneuve_Le Soleil_Exposition Mementos d'Odette Théberge_Maison... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 6.0

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Photo Jean Marie Villeneuve_Le Soleil_Exposition Mementos d'Odette Théberge_Maison de la littérature_13 octobre 2016_arts - 30 -

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Odette Théberge travaille depuis longtemps par couches, par palimpsestes, par déchirures, et intégrant des mots dactylographiés. Après avoir blanchi ses tableaux pour une exposition dense et lumineuse chez Linda Verge en 2012, elle brûle maintenant des livres. «On a fait un feu entre amis, des gens ont brûlé des objets, et, le lendemain, il restait des reliures», raconte l'artiste. Les vestiges étaient beaux, le feu avait créé des teintes d'ambre et des noirs charbonnés. Le hasard avait laissé intacts des mots, des couleurs et des images. Elle a décidé de magnifier le hasard. «C'est un travail de minutie d'essayer de figer des feuilles de papier brûlé», note-t-elle. Couche à couche, minutieusement, elle a appliqué un vernis d'acrylique glacé entre les pages pour rendre solide. Dans certains, elle a intégré des bandelettes de textes et des lettres de typographie en plomb, ce qui crée des gueules fabuleuses dont le texte semble vouloir s'échapper. Le rituel rappelle l'autodafé, mais aussi les gestes minutieux du moine, du conservateur et du typographe. Memento, d'Odette Théberge, est présentée à la Maison de la littérature jusqu'au 30 octobre. www.odettetheberge.com 

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