Une nuit dans la forêt des mots

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Tel que le révélait Le Soleil en juin, La bibliothèque, la nuit, la formidable exposition en réalité virtuelle conçue par Robert Lepage et Alberto Manguel, vient de se poser au Musée de la civilisation. Une occasion unique de découvrir cette expérience immersive 360 degrés avant qu'elle ne s'envole vers Paris, Barcelone et autres villes du monde entier qui la réclament.

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Le visiteur se voit remettre un casque de vision Oculus Rift et des écouteurs qui vont l'aider dans son exploration sensorielle.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Comme souvent chez Ex Machina, la compagnie de Lepage, la conception est née d'un défi : comment incarner les idées du livre du même nom de Manguel dans une expo commandée pour souligner le 10e anniversaire de la Grande Bibliothèque (située à Montréal)? 

D'abord le concept : 10 bibliothèques (pour 10 ans) emblématiques, réelles ou imaginaires. De toutes les régions du monde, de toutes les époques et représentatives, énumère Robert Lepage, présent mercredi pour l'inauguration au Musée.

Ensuite, la forme : une visite virtuelle qui permet d'embrasser les lieux partout où se pose le regard. Il y a deux ans et demi, la technologie était à ses balbutiements, «on n'avait aucune idée comment concevoir le tout». Ce «beau risque» a imposé des contraintes techniques que l'homme de théâtre s'est chargé de résoudre avec la créativité qu'on lui connaît.

Concrètement, comment ça marche? Une reproduction (partielle) de la bibliothèque de Manguel sert d'antichambre. Lepage se souvient d'avoir été fortement «impressionné» par le lieu qui contient 35 000 livres, lors d'une visite chez son ami, il y a une quinzaine d'années. Ici, la voix du célèbre auteur nous explique qu'on entre dans une bibliothèque comme dans une forêt, un endroit peuplé par les spectres des mots. 

Saisissant

Après ce préambule, le visiteur se voit remettre un casque de vision Oculus Rift et des écouteurs qui vont l'aider dans son exploration sensorielle. Il pénètre alors dans une immense pièce représentant une forêt, avec des arbres dont les feuilles sont des bouquins verts et dont l'espace est aussi occupé par des tables et des chaises pivotantes.

Une fois assis, il peut opter pour la bibliothèque de son choix d'un simple mouvement de l'oeil. Une fois à l'intérieur, il peut regarder partout, avec l'impression de flotter dans le vide (comme un spectre?). À Sarajevo, il verra ce violoniste venu jouer dans les ruines fumantes pendant la guerre «pour panser les plaies grâce au langage universel de la musique», comme le souligne la narration de Manguel. À Copenhague, il observera, plus bas, les gens qui accèdent par ordinateur au contenu des livres qu'on ne peut plus toucher, encore moins emprunter, et à l'arrière de lui, une concierge qui nettoie une vitre.

C'est toute la beauté de ces capsules qui durent quatre à cinq minutes chacune. On détaille la beauté architecturale des lieux. Parfois chargé d'histoire comme au Congrès à Washington, parfois rempli de vie comme la Megabibliotheca de Mexico, une arche suspendue entre ciel et terre, où de jeunes filles pratiquent leurs mouvements de danse devant le reflet des fenêtres, à l'extérieur. Partout, on se plonge dans ces lieux «d'évasion, de poésie et de mémoire».

L'effet est saisissant. Pas surprenant qu'on s'arrache La bibliothèque, la nuit. Mais comme le soulignait Lepage, chaque choix fut déchirant. Des contraintes budgétaires et conceptuelles ont limité le nombre de visites à dix, mais aussi des contraintes techniques et politiques. On peut comprendre dès lors qu'une «suite» serait envisageable. «Tout à fait.»

En attendant, l'équipe de création envisage un ajout d'un ou deux segments représentatifs de la ville d'accueil - on ne manque pas de bibliothèques à Paris ou à Barcelone qui feraient l'affaire.

La bibliothèque, la nuit porte la double signature de ses créateurs. Bien sûr, on reconnaît l'attrait de Lepage pour l'utilisation de la technologie dans un contexte créatif, son sens de la mise en scène. Mais il y a aussi une interrogation au coeur de la démarche.

Que vont devenir les bibliothèques dans le futur maintenant que leur contenu est, souvent, accessible sur Internet? Plusieurs sont devenues des lieux de rassemblement communautaires, où les livres font partie du décor, faisait remarquer Lepage. Mais il y a plus. Les bibliothèques remplissent une fonction importante dans notre imaginaire : chacune d'elle est une victoire sur le temps, comme le souligne justement Albert Manguel.

Ce qui leur confère une forme d'immortalité, peut-on espérer...

La bibliothèque, la nuit est présentée au Musée de la civilisation jusqu'au 2 avril 2017.

Avec un casque de vision et des écouteurs,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Avec un casque de vision et des écouteurs, le visiteur pourra visiter les différentes bibliothèques conçues par Robert Lepage et Alberto Manguel. Ici, une bibliothèque représentant une forêt, avec des arbres dont les feuilles sont des bouquins verts.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

La 11e bibliothèque

La bibliothèque, la nuit propose une visite virtuelle en 10 étapes. Pour son séjour dans la capitale, le Musée de la civilisation y a greffé une 11e bibliothèque, bien réelle celle-ci, pour enrichir l'expérience du visiteur. 

Il y trouvera des livres rares et anciens qui proviennent de la collection du Séminaire de Québec, dont le Musée est conservateur. Plusieurs de ceux-ci forment un écho à la démarche artistique proposée par Ex Machina. Le gigantesque Birds of America de John James Audubon, un des livres les plus chers du monde dont un rare exemplaire a trouvé récemment preneur à 11 millions $, ou le Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, qui a servi de source d'inspiration pour la capsule sur la bibliothèque du capitaine Nemo.

En tout, une soixantaine d'objets et d'ouvrages sont exposés dans des îlots surmontés d'une citation d'Alberto Manguel tirée de son livre éponyme qui est à la source de l'exposition.

On y trouve de véritables curiosités : une édition rare de Don Quichotte en espagnol de 1662; l'encyclopédie de Diderot de 1751; les poésies complètes de Nelligan de 1899; le traité de chimie de Lavoisier de 1796; un dictionnaire de langue iroquoise; et même un index des livres interdits par la religion catholique.

Une bonne façon de patienter en attendant de pouvoir pénétrer dans le Saint des Saints. L'utilisation de la technologie 360 degrés limite le nombre de visiteurs à 40 à l'heure, qui doivent avoir 14 ans et plus. Des laissez-passer seront accessibles à l'accueil du Musée le jour même. On ne peut faire aucune réservation.

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