Comme un chien dans un jeu de quilles: commémoration éclatée

L'installation conjointe de Jacques Samson et Marianne Burlew... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

L'installation conjointe de Jacques Samson et Marianne Burlew

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) La commissaire Jeanne Couture a mixé des bouts d'archives et d'explorations artistiques pour composer l'exposition Comme un chien dans un jeu de quilles. Rassemblant des artistes de différentes générations et de diverses disciplines artistiques, elle compose une courtepointe éclatée, qui donne envie de se pencher sur l'histoire de Lévis et celle de son centre d'artistes, Regart, qui célèbre ses 30 ans.

La commissaire de 28 ans passait ses midis à arpenter le secteur délabré de la traverse lorsqu'elle fréquentait le couvent de Lévis. Les années où le fleuve était sillonné par cinq traversiers, où on croisait des marins et des travailleurs de la Davie et où les groupes de motards faisaient la loi étaient depuis longtemps révolues.

Elle a réalisé une publication (qui reprend le format carré des «Prions en église») recensant des articles et des images d'archives qui témoignent des 30 ans du centre d'artistes. Autrefois dans la côte du Passage, Regart a déménagé il y a six ans près de la traverse, dans une ancienne salle de quilles. «Maintenant, le secteur se gentrifie, le propriétaire parle de démolir. On va peut-être devoir redéménager», glisse-t-elle.

Pendant la première semaine de l'exposition, Patrick MacFarlane a réalisé des tatouages de ses dessins dans l'entrée du local, rappelant que les tatoueurs ont déjà été nombreux dans le secteur. «Il fait des dessins très symboliques, qui mélangent les mythes et toutes les religions, mais aussi les cow-boys, les pin-up, les roses, les cartes de tarot, qui rappellent les années 50 et 60», indique Jeanne Couture, qui a découvert l'artiste hors circuit sur Instagram.

Une des photographies de Guillaume Légaré dans l'exposition... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

Agrandir

Une des photographies de Guillaume Légaré dans l'exposition Comme un chien dans un jeu de quilles.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Le photographe Guillaume Légaré, qui a étudié à l'Université Laval et qui est maintenant installé à Brooklyn, a arpenté les pentes montantes et descendantes du Vieux-Lévis (ainsi que le terrain de deck hockey) pour un projet de chronophotographie. «Il travaille sur le passage du temps, sur la nostalgie. Il s'est intéressé au mélange d'architectures», note la commissaire. Un accordéon de façades d'immeubles éclectiques et une photographie montrant des vêtements bleus dispersés sur une plage de sable voisine du centre complètent sa proposition.

Jusqu'à il a quelques années, Regart s'était donné le mandat d'explorer les liens entre littérature et arts visuels. Hugo Nadeau et Jean Coulombe signent justement un projet vidéopoétique intitulé Sur la déroute. Ils ont parcourus l'arrière-pays, tous les villages qui ont été annexés à Lévis en 2000 et ont suivi le fleuve, pour créer un road-trip muet, où des phrases poétiques font office de vignettes et dont la trame sonore a été faite en direct par Fred Labrasseur et André Bilodeau le soir du vernissage.

Jacques Samson et Marianne Burlew forment un second duo intergénérationnel. Unis pour leur amour du textile, ils explorent finalement le rapport entre le corps et la sculpture (discipline qui a marqué la dernière année à Regart). Les sculptures de fils de fer de Samson sont suspendues à la hauteur des yeux, créant des ombres sur les murs, alors que Burlew danse avec elles pour une performance vidéo.

Dessin de Patrick McFarlane... - image 3.0

Agrandir

Dessin de Patrick McFarlane

Graffitis éphémères

À l'avant du centre d'artistes, on voit encore les traces des graffitis éphémères réalisés lors des journées de la culture. Les enfants étaient invités à tracer des dessins à l'aide d'un pigment de moules broyées créé par le Collectif de la Dérive, de Baie-Comeau. Le groupe avait assemblé une mer de moules pour constituer une mer mauve, semblable à la carapace d'une créature fabuleuse, qu'ils ont invité le public à réduire en pièces. La destruction de ce paysage éphémère a été belle et sauvage, selon la commissaire, mais visait aussi à dénoncer la destruction des ressources naturelles et les conséquences sur l'environnement de la présence de l'immense aluminerie Alcoa, qui rend les moules de Baie-Comeau toxiques.

Sous leurs dehors esthétiques attirants ou intrigants, les oeuvres présentées portent souvent une dimension politique, un propos sur l'appropriation et l'aménagement du territoire. Elles nous révèlent surtout que l'histoire grouille de leçons et de détails inusités auxquels peut s'agripper la création.

L'exposition Comme un chien dans un jeu de quilles est présentée jusqu'au 23 octobre au 5956, rue Saint-Laurent, à Lévis, en face de la Traverse.

Je suis niaiseux de toi de Léo Abomès... - image 4.0

Agrandir

Je suis niaiseux de toi de Léo Abomès

Léo Abomès: jeux formels et érotiques

La librairie Saint-Jean-Baptiste, 565, rue Saint-Jean, était passée sous mon radar. Le sympathique repaire pour amoureux d'espressos allongés, de flânerie et de livres avec du vécu accueille depuis vendredi l'exposition Léo Abomès se dénude, présentée par Laurent Pagano.

«C'est drôle, parce que Léo a déjà exposé dans la librairie Saint-Jean-Baptiste, quand elle était à l'autre adresse», indique Pagano. Les gens pouvaient appeler le poète pour lui poser n'importe quelle question. Il se faisait confident ou oracle, selon les cas.

Léo joue toujours avec les mots, mais aussi, cette fois, avec de vieux magazines érotiques des années 60 et 70. «Quand les corps n'étaient pas encore modifiés par ordinateur», note Pagano, voix et agent non officiel de Léo, un mystérieux personnage qui sème des phrases poétiques à tout vent dans la ville depuis 2008.

L'artiste a joué avec des ciseaux et les photos. Certaines sont découpées en lanières, ce qui provoque un effet store plaçant le regardeur dans une position de voyeur. L'effet rappelle aussi l'image brouillée d'un Bleu nuit attrapé avec un vieux téléviseur noir et blanc du fond d'un sous-sol. D'autres images sont tressées, amalgamant deux identités ou deux photos d'un même modèle. Certains collages sont carrément grotesques et libidineux, montrant Jésus sur la croix avec un corps de femme nu et bronzé, ou un visage sommairement découpé et placé entre deux jambes ouvertes. L'exploration est à l'image de son auteur, libre et naïve, mais avec certaines pièces fort intéressantes.

BGL affublait des queues de poisson aux femmes de magazines pornos, Léo s'approprie des symboles, esthétise ou détourne les images pour s'en amuser et en faire les citations de ses fantasmes.

De nouvelles oeuvres apparaîtront tout au long de l'exposition, présentée jusqu'au 7 novembre.

Vue de l'exposition Potlach d'Olivier De Serres... (Photo Julie Bouffard) - image 5.0

Agrandir

Vue de l'exposition Potlach d'Olivier De Serres

Photo Julie Bouffard

Olivier De Serres: Potlatch, dons et mouvements involontaires

Des toiles colorées, couvertes de grilles, de formes abstraites ou vaguement reconnaissables, posées entre des murs qui deviennent, eux aussi, tableaux. Appuyés au sol, les canevas s'accumulent, à l'envers. Un intéressant univers aux multiples résonances que Potlatch, l'exposition de fin de maîtrise que présente Olivier De Serres à la galerie Le 36.

L'artiste qu'on a vu au Diamant dans S.A.U.V.A.G.E., à la Galerie Morgan Bridge et aux expositions de Canadian Bacon aime enchaîner les explorations picturales, montrer la matérialité de la peinture, déborder de la toile. Dans ses compositions, il place ses éléments comme s'il utilisait des calques dans Photoshop, cachant une partie ici, faisant surgir un blob derrière une ligne, plaçant ses formes flottantes comme sur une portée.

Les interprétations sont infinies, et si les références à l'histoire de l'art sont nombreuses, il n'en demeure pas moins que De Serres puise à d'autres champs de recherche pour trouver son inspiration. Sa série s'intitule Tropismes, d'après le terme qui désigne les mouvements involontaires (les plantes vers la lumière, par exemple) en biologie. Potlatch a surgi lors de la lecture d'un ouvrage de Georges Bataille. Il désigne une compétition instaurée par les Amérindiens pour se départir de leurs biens personnels, dont le nombre a passablement augmenté avec l'arrivée du commerce et des Blancs sur leur territoire, explique De Serres. Celui-ci devait justement composer avec une accumulation de toiles, d'objets. Ces idées se sont mélangées pendant qu'il peignait, suivant des gestes intuitifs, ce qui a créé un amalgame à l'image de la démarche à la fois universitaire et ancrée dans la matérialité.

Potlatch se termine le 16 novembre. On peut visiter de 12h à 17h les fins de semaine ou sur rendez-vous en téléphonant au 581 999-2039. De Serres devrait ensuite exposer du 18 novembre au 11 décembre à la Galerie Lacerte, côte Dinan.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer