François Mathieu: dômes en métamorphose

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Chaque sculpture de François Mathieu a la forme d'une sphère, complète ou partielle, dont les plus grandes ont huit pieds de diamètre.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Josianne Desloges
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Le Soleil

(Québec) Roulements à billes en béton, machines volantes en cuir, ballons de soccer géants, montgolfières clouées au sol... les machines de François Mathieu sont volontairement handicapées par les propriétés des matériaux qui les composent ou par un procédé inefficace et avorté. Et pourtant, elles dessinent dans l'espace un paysage mouvant et inventif.

«Quand j'étais petit, je faisais des tacots, et mon plaisir était de les construire, jamais de jouer avec. Juste l'idée de les sortir à l'extérieur, au soleil, dans la gravelle, pour moi, c'était un drame, toute la poésie disparaissait, il n'y avait plus rien de possible. Donc, tout ce que je construisais restait toujours un peu sublimé», raconte l'artiste, qui s'est vu confier une carte blanche pour ouvrir l'année à l'OEil de Poisson.

«Je crois que je n'ai eu qu'un seul cours de géométrie au primaire. Le professeur disait : "On va construire un carré, un triangle, un hexagone", avec un compas. On faisait des cercles et des arcs de cercle pour créer des formes. Pour moi, on ne construisait rien. J'ai décidé de le faire plus littéralement», ajoute-t-il.

Roulements à billes en béton, machines volantes... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Nous l'avons rencontré à la mi-août, au milieu des morceaux de sculptures, au tout début du montage de son exposition, baptisée Travaux armillaires, un adjectif associé à des champignons sous-terrains. Chaque sculpture a toutefois la forme d'une sphère, complète ou partielle, dont les plus grandes ont huit pieds de diamètre.

À partir des morceaux de bois traité qui lui restaient après la construction de ses canons présentés lors des Passages insolites d'EXMURO en 2015, il construira un dôme. Mais pour l'instant, ils sont alignés au sol, comme les côtes d'une petite baleine de bois, et les poutres ne laissent pas deviner l'allure de la forme finale.

Gérer le chaos

«La beauté d'utiliser un matériau qui n'est pas approprié, c'est que ça crée des problèmes», souligne le sculpteur, qui adore générer et gérer le chaos, choisir des matériaux et des techniques improbables, juste pour voir où cela va le mener.

Lorsqu'il manipule ses sculptures dans son atelier, des... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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Lorsqu'il manipule ses sculptures dans son atelier, des formes apparaissent, des possibilités se dessinent, mais une fois installées dans l'espace d'exposition, elles demeurent statiques.

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En fixant des pièces courbes sur des tiges, qui deviennent les rayons de sa sphère, forme obsessive qu'il reproduit encore et encore, il a graduellement construit un igloo de bois. «Je m'attendais à créer une systémique qui reviendrait toujours au même, comme un mur de briques, mais ce ne fut pas le cas», indique-t-il. En effet, en plaçant les pièces, des interstices se créent, de plus en plus visibles au fur et à mesure de l'empilage, le forçant à créer d'autres morceaux de bois aux formes irrégulières pour les combler. Il a repris le même procédé pour un dôme cinq fois plus petit, comblant cette fois les trous avec de la colle à construction et du plâtre. Tout, avec François Mathieu, se décuple, se renverse, se transforme.

Une autre sphère partielle est créée par des croix, rassemblées sur des rayons, ce qui leur donne l'allure d'ancres de bateau. Sur un grain de riz géant, une pièce qu'il n'était pas certain de conserver dans l'exposition, il a fait mouler une forme de laiton qui a laissé des marques de brûlures sur le bois. Des demi-sphères, une matrice de bois et un dôme de laiton, ressemblent à de grosses carapaces de tortues.

Une autre, «une excentrique», a été créée il y a près de 10 ans, mais n'a jamais été exposée. «C'est une expérience de fou! [Une autre.] J'ai fabriqué un anneau en chêne, puis j'ai tendu une courtepointe de cuir avec de la babiche, je l'ai suspendue dans les airs et j'y ai versé du béton très mouillé», raconte-t-il. Lentement, la peau s'est tendue pour former une presque demi-sphère. Il a ensuite creusé le béton, ce qui donne à la pièce l'allure d'un cratère, dans une carapace de cuir.

Installation statique

Lorsqu'il manipule ses sculptures dans son atelier, des formes apparaissent, des possibilités se dessinent, mais une fois installées dans l'espace d'exposition, elles demeurent statiques. «Je peux les présenter plusieurs fois de différentes manières. Ça fait longtemps que je fais des machines, mais mes machines bougent rarement. Il faudrait qu'il y ait des moteurs et des systèmes qui me sortiraient des matériaux que j'aime explorer et qui, justement, ne sont pas efficients.»

Roulements à billes en béton, machines volantes... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 4.0

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La pièce maîtresse, partiellement cachée par une cimaise, est faite d'une armature de bois, partiellement couverte par une toile de cuir, tendue par des câbles pour créer la forme d'une sphère. «Style stade olympique», illustre-t-il. «Il y a plein de murs ici, mais je me suis dit que ce serait drôle d'en construire un sur mesure, mais trop court, auquel il faudrait rabouter des bouts pour que je puisse tendre mes câbles et faire ressortir le côté utilitaire du mur.»

François Mathieu, originaire de Saint-Éphrem, en Beauce, habite et travaille à Saint-Sylvestre, où il a installé son atelier dans une ancienne grange. Comme ses tacots, il ne sort pas ses sculptures à l'extérieur, malgré leurs dimensions colossales. Il a toutefois conçu une vingtaine d'oeuvres d'art public, notamment aux Îles-de-la-Madeleine, à Sherbrooke et à Drummondville.

L'exposition Travaux armillaires sera présentée du 9 septembre au 9 octobre au 580, côte d'Abraham.

La Foire en art actuel renouvelée

La Foire en actuel de Québec a revu sa formule avec le départ de ses trois fondatrices, qui agissaient aussi comme commissaires, vers d'autres engagements. Le comité de direction se tourne donc vers des commissaires invités et a annoncé que la quatrième présentation sera sous le commissariat d'Emmanuel Galland. L'artiste de Montréal a notamment été président du Centre CLARK et a conçu l'exposition Peut mieux faire - Cahiers d'exercices. La Foire aura également plus d'espace cette année, puisqu'elle occupera, en plus des locaux de l'oeil de Poisson, les deux galeries du centre VU. L'an dernier, la Foire avait attiré 1000 visiteurs et présenté le travail de 18 artistes, alors que 47 oeuvres avaient trouvé preneur. Elle se tiendra du 24 au 27 novembre et s'adresse aux collectionneurs de tout acabit, aguerris ou néophytes.

Info : www.foireartactuel.com

L'art public à la télé

La nouvelle série documentaire À tout hasard permettra aux téléspectateurs d'ICI ARTV de faire une incursion dans l'art public québécois. La réalisatrice Suzanne Guy est allée à la rencontre de 16 artistes du 1 % (la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement) et de leurs oeuvres, Chaque épisode de 30 minutes permettra de présenter la démarche et le travail de deux d'entre eux. On y verra Patrick Beaulieu (qui était au Symposium de Baie-Saint-Paul cet été) et Yves Gendreau (aux Passages insolites en 2015), Jean-Pierre Morin (de Québec) et Yechel Gagnon, Ludovic Boney (du Bloc 5, dans Limoilou) et Fernande Forest (de Rimouski), Marc-Antoine Côté (aussi du Bloc 5) et Diane Landry (de Québec), Pierre Blanchette et Lise Labrie (de Rimouski), Michel Saulnier (de Saint-Jean-Port-Joli) et Sylvain Bouthillette, Jean-Robert Drouillard (aussi du Bloc 5) et Josée Pedneault, Pierre Bourgault (de Saint-Jean-Port-Joli) et Lalie Douglas (qui a été commissaire à la Biennale du lin de Portneuf). Des images ont été notamment tournées à Sept-Îles, à Gaspé, à Rimouski et à Wendake. Les mardis à 19h et en rappel les dimanches à 20h, dès le 6 septembre.

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