Biennale de Saint-Jean-Port-Joli: inviter le Nord au Sud

Judith Dubord (Saint-Jean-Port-Joli) et Julie Grenier (Kuujjuaq et... (Collaboration spéciale, Josianne Desloges)

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Judith Dubord (Saint-Jean-Port-Joli) et Julie Grenier (Kuujjuaq et Montréal) maîtrisent plusieurs techniques artisanales et comptent réaliser des sculptures portables.

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Josianne Desloges
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Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Tout en oeuvrant à la reconnaissance de l'art inuit au sud du Canada, l'auteur et artiste ontarien James Houston, dans les années 50, aurait recommandé de tenir aussi loin que possible les sculpteurs du Nord de ceux de la petite ville de Saint-Jean-Port-Joli, connus pour leur travail du bois. Plus de 60 ans plus tard, l'équipe de la Biennale a décidé de faire un pied de nez à l'explorateur en suscitant plutôt les rencontres entre les artistes des deux communautés.

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Les deux commissaires de cette année : Michel Saulnier et Beatrice Deer.

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Sept artistes du Nunavik sont donc en résidence au bord du fleuve Saint-Laurent, dans la MRC de L'Islet. «L'idée est qu'ils créent ensemble, dans l'atelier de l'artisan, puis à l'extérieur pendant les quatre jours de la Biennale», indique Michel Saunier, qui assure le commissariat avec Beatrice Deer. 

Celle-ci fait de la couture, une de ses pièces réalisées avec Julie Grenier est d'ailleurs exposée au Musée de l'Homme, à Paris, et a son propre groupe de musique, où elle chante en inuktitut et en anglais sur une musique qui mélange pop, folk et rock.

Devant le Musée de la mémoire vivante trône... (Collaboration spéciale, Josianne Desloges) - image 2.0

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Devant le Musée de la mémoire vivante trône une matrice en bois réalisée par Bernard Paquet à partir d'une petite sculpture de pierre de Lucassie Echalook, à qui est consacré une exposition à l'intérieur. 

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L'équipe de la Biennale a travaillé en étroite collaboration avec l'Institut culturel Avataq, l'organisme culturel des Inuits du Nunavik. «Les artistes inuit ne sont pas souvent exposés à d'autres formes d'art alors on voulait trouver des gens qui ont de l'expérience, qui parlent français ou anglais, et qui ont voyagé», indique Mme Deer. «Il y a aussi un défi d'échelle, parce que les artistes du Nord ne font pas de grandes sculptures habituellement, et ils pourront travailler avec de nouveaux matériaux, comme le métal, le bois», note M. Saulnier. 

Alain Cadieux, qui a l'esprit un peu surréaliste, recycle des matériaux sur le bord du fleuve. Il a été jumelé à Mary Paningajak, qui utilise ce qu'elle a sous la main pour coudre, dessiner, assembler ou graver. Charleen Watt, benjamine de la cohorte, a fait une première visite à Saint-Jean-Port-Joli pour faire de la sculpture sur neige lors de la Fête d'hiver. Tout comme son nouvel acolyte Denys Heppell, doyen de la sélection locale, elle réalise des sculptures animalières.

Jean-Pierre Morin, de Québec, travaillera au centre d'artistes Est-Nord-Est avec Jusipi Kulula, sculpteur et mécanicien habile de ses mains. «Ses bélugas volent, alors que Jean-Pierre a aussi une affection pour ce qui s'étire vers le haut. Il y a là l'indice d'une rencontre possible», glisse M. Saulnier. Qumaq Iyaituk et Julie Simoneau partagent toutes deux leurs connaissances en métiers d'art dans leur communauté et pratiquent le dessin. La première crée des aquarelles et des livres, alors que la seconde travaille le bois, le textile et le papier. Lucassie Echalook, qui expose au Musée de la Mémoire vivante (voir encadré) retrouvera son complice Bernard Paquet, qui a déjà réalisé une matrice géante d'une oeuvre du sculpteur inuit pour qu'elle soit coulée en laiton.

Les ponts sont d'ores et déjà lancés entre ces pratiques plurielles. Au passage du Soleil mercredi, deux duos avaient déjà commencé à mettre la main à la pâte.

Des icebergs et des perles

Julie Grenier et Judith Dubord ressemblent à des amies de longue date, discutant, tasses de café en main, autour de l'idée de l'iceberg, de la fonte des glaces et de ses impacts sur la communauté en ce chaud matin de juillet. 

Julie Grenier est née d'un père québécois et d'une mère inuit. Elle a grandi à Kuujjuaq et vit maintenant à Montréal, où elle est directrice de production pour l'unique chaîne de télévision inuit. Elle travaille presque toujours avec des perles et fait de la couture traditionnelle. «J'ai fait des kamiks à l'épreuve de l'eau, qu'on mâche pendant des jours avant de pouvoir les coudre, pour ma famille. La survie et la tradition ont toujours fait partie de mon quotidien», raconte la jeune femme. 

Judith Dubord lui montrera à fabriquer des perles. Elle est céramiste, potière et travaille le verre, le feutre et la laine. «Je crée aussi des bijoux, qui deviennent de plus en plus sculpturaux», indique-t-elle. Les deux artistes devront trouver une manière de donner de l'ampleur à leurs minutieuses créations. «Je crois qu'on a envie toutes les deux de travailler la sculpture portable», avancent-elles. 

Forger une sirène lumineuse

À notre arrivée, Étienne Guay forgeait des outils pour Mattiusi Iyaituk, son nouvel acolyte, alors que l'Inuit, qui ne prend que rarement le crayon, s'appliquait à dessiner une sculpture hybride, faite d'un corps de baleine, d'un visage humain et d'une queue de poisson.

«Il va me montrer à faire des sculptures avec mes yeux, alors que d'habitude je dessine beaucoup avant de faire une sculpture», indique Étienne Guay. Alors qu'Iyaituk travaille par soustraction, en retirant des morceaux jusqu'à obtenir une forme donnée, lui travaille en construction, en utilisant les techniques qui servent à créer les canots. Mais les deux hommes se font déjà confiance et rigolent, prêts à vaincre leur principal obstacle à la construction de leur ambitieux projet : le temps.

Outre le visage de la créature, qui sera en cèdre rouge, ils prévoient utiliser de vieux panneaux routiers en métal. Les couleurs se mélangeront, seront polies, vernies, pour être luminescentes, tout en préservant des traces du travail. «J'aimerais que la sculpture devienne le side-car d'une moto noire [déjà prête à rouler devant la forge], ce qui ferait que la nuit on ne verrait que la sirène qui se promène à toute allure dans le village», explique Étienne Guay. «C'est magnifiquement fou», commente son nouvel ami avec un grand sourire.

La Biennale aura lieu du 21 au 24 juillet au parc des Trois-Bérêts, à Saint-Jean-Port-Joli. Un macaron au coût de 5 $ permet d'accéder à toutes les activités. Info : biennaledesculpture.com

Autour de la Biennale

Spectacles

La pop folk funk du Beatrice Deer Band (jeudi 20h), le groovy rap de Mackjoffatt Band (vendredi 20h), la musique world et la folk américaine de Twin Flames (samedi 20h) et l'électro dance de Electro-Daddies (samedi 22h) composent le menu musical de la Biennale.

Projection

Des épisodes de la série documentaire À tout hasard, portant sur l'art public et ses créateurs, seront présentés vendredi à 10h et 13h30 et samedi à 10h et 14h, en présence de la cinéaste Suzanne Guy.

Promenades

Deux marches guidées par Franck Michel sont prévues samedi à 13h et dimanche à 11h. Les promeneurs sont invités, carnet de croquis en main, à s'imprégner du paysage.

Marché des métiers d'art

Dimanche de 10h à 16h, on pourra se procurer des créations d'artisans du Nord et du Sud à La Vigie, au Parc des Trois-Bérêts.

Atelier de création

Les enfants pourront s'inspirer des oeuvres de la Biennale pour matérialiser un de leur rêve en taille directe samedi de 13h à 16h.

Cherche et trouve

Samedi et dimanche de 10h à 11h, les jeunes du primaire pourront participer à un jeu de piste à travers les oeuvres de la Biennale.

Au Musée de la Mémoire vivante

Une série de sculptures en stéatite ainsi qu'une oeuvre monumentale en cèdre de Lucassie Echalook d'Inukjuak sont exposées jusqu'au 22 août au Musée de la Mémoire vivante. «Il raconte des histoires avec ses sculptures, puis il les écrit sous ses oeuvres en inuktitut. Tout a vraiment changé pour nous avec les temps modernes et il veut préserver notre culture. On voit des activités traditionnelles, des chasseurs, des femmes qui travaillent des vêtements. Il met beaucoup d'enfants. On y voit le quotidien, comme un parent qui arrache une dent à son enfant avec un fil», explique Beatrice Deer. Marie Côté présente également une installation constituée d'une céramique et de chants de gorges inuits.

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