La contre-culture berlinoise se prépare à entrer au musée

Le Suédois Andreas Englund qui signe une de... (Archives AFP)

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Le Suédois Andreas Englund qui signe une de ses murales à la fondation Urban Nation, qui a lancé fin mai les travaux d'un musée consacré à l'«Art urbain contemporain».

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Eloi ROUYER
Agence France-Presse
Berlin

Jadis étendards de la contre-culture berlinoise, la techno et le street art, plus populaires que jamais, ont désormais leurs projets de musées, une évolution symptomatique de celle de la capitale allemande où être alternatif est devenu une norme.

En 1991, dans le Berlin post-RDA, la techno trouvait son premier port d'attache: le Trésor, un club enfoui dans la salle des coffres d'une banque abandonnée, tout près du Mur de Berlin, lequel était recouvert de fresques peintes par des artistes venus s'installer dans cette ville atypique où l'on vivait pour trois fois rien.

Aujourd'hui, le Trésor - un festival qui va célébrer ses 25 ans du 21 au 24 juillet - fait partie du paysage multiforme de la vie nocturne berlinoise envahie par les fêtards de toute l'Europe. Et Dimitri Hegemann, son fondateur âgé de 60 ans, souhaite ouvrir un Musée de la techno dans la centrale thermique désaffectée où le club a déménagé en 2007.

Parallèlement, les fresques du Mur, sur «East Side Gallery», attirent les foules, qui, téléphone intelligent à la main, immortalisent aussi les oeuvres des street artists décorant les façades des différents quartiers de Berlin - bien que l'embourgeoisement y gagne du terrain.

Et la fondation Urban Nation, dirigée par l'ex-galeriste Yasha Young, a lancé fin mai les travaux d'un musée consacré à l'«Art urbain contemporain» qui devrait voir le jour courant 2017.

Musée sensible

Des musées? Pour une musique qui a trouvé son terrain d'expression idéal dans des usines ou des caves à l'abandon et pour des artistes qui appartiennent tellement à la rue qu'elle fait partie de leur dénomination, l'idée est paradoxale et montre combien à Berlin, la culture alternative est en fait devenue dominante.

Dimitri Hegemann le raconte avec enthousiasme: «Tous les plans établis pour l'avenir de la ville après la chute du Mur n'ont pas fonctionné, explique-t-il. «Une "économie de niches" s'est mise en place: je crée un club ou une galerie, un restaurant, un bar, etc. Et cette économie de niches a pour ainsi dire dicté la marche à suivre.» C'est ce qui rend Berlin si attirante, selon lui.

«L'an passé, il y a eu 30 millions de nuitées hôtelières dans la ville», dit-il, et parmi tous ces touristes, «50 à 60% des gens qui viennent à Berlin sont là pour cette offre de culture alternative.»

«Aujourd'hui, 80% de notre clientèle ne parle pas l'allemand», affirme-t-il encore. «Mais ce qu'ont tous ces gens en commun, c'est qu'ils ont été marqués par cette "culture du renouveau" qui a pris forme ici, qui est devenue un mouvement et a changé Berlin jusqu'à aujourd'hui». Et, affirme-t-il, «c'est la techno qui a donné l'impulsion».

Yasha Young est également consciente des critiques que peut susciter l'idée d'un musée du street art. «Cela s'appelle un musée parce qu'il fera aussi ce que fait un musée: collectionner, chercher, archiver, soutenir des artistes « explique-t-elle à l'AFP. Mais, précise-t-elle, «je ne cherche pas à faire rentrer la planète street art à travers le trou d'une serrure pour l'enfermer».

Le projet prévoit un bâtiment principal comprenant une bibliothèque interactive et des vastes espaces d'exposition ouverts sur la Bülowstrasse, une artère d'un quartier défavorisé du centre-ville de Berlin, où les immeubles doivent également être utilisés pour accueillir des créations.

Déraisonnable et délirant

Un autre bâtiment de la rue doit abriter un café, des résidences d'artistes et des ateliers. «Nous espérons que cela va devenir une artère consacrée à l'art, une plate-forme vraiment vivante», explique Yasha Young qui souhaite connecter les différents acteurs de cet univers: les artistes, le public, les organisateurs d'exposition, etc. Le musée sera entièrement gratuit, précise-t-elle.

La ville qui a offert le terrain a accueilli l'idée avec enthousiasme. «Le projet est à la fois déraisonnable et délirant, c'est pourquoi il correspond bien à Berlin», a déclaré le responsable de la culture pour la ville État, Tim Renner, lors du lancement des travaux.

Quant à Dimitri Hegemann, son projet «n'est pas un musée» non plus, car le mot évoque «quelque chose d'achevé, le passé». Il préfère parler d'«Archives vivantes de l'électro». Comment faire entrer la techno et la culture club dans un musée ? Le promoteur a quelques idées. Ce qu'il souhaite, c'est bien sûr raconter, faire comprendre ce qu'est la techno, la façon dont elle a déployé son influence, mais aussi la «faire sentir» au public.

«Je pense à un espace dans lequel on ferait rentrer les visiteurs», dit-il. «Tout d'un coup, le noir se fait, on lance le brouillard artificiel, un DJ apparaît au fond, un bar sort de terre, les basses tapent et c'est parti pour la fête ! Un musée sensible pour ceux qui ne vont pas en club !»

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