25 X La révolte: le tour du monde en 25 moments historiques

«Je crois que ce sera l'exposition de l'année... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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«Je crois que ce sera l'exposition de l'année à Québec», a lancé en boutade le documentaliste Hugo Latulippe, au sujet de 25 X la révolte!.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) «Je crois que ce sera l'exposition de l'année à Québec.» La remarque d'Hugo Latulippe se voulait une boutade. Mais l'exposition 25 X la révolte!, conçue par le documentaliste chevronné, frappe l'esprit en raison de l'originalité de la démarche et de son contenu à forte teneur sociale. À savoir, 25 moments de révolte et de soulèvement qui, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, ont marqué l'imaginaire collectif et pourraient laisser présager un monde meilleur.

Quand il était ado, le natif de Québec a beaucoup fréquenté le Musée de la civilisation. Lorsque, après les évènements du Printemps érable de 2012, naît l'idée d'un portrait de la nouvelle génération politique, il lui a semblé naturel de contacter les responsables de l'institution pour son «projet fou».

Globe-trotter invétéré - il a participé à la regrettée Course destination monde de Radio-Canada -, il reprend la caméra pour mener des entretiens avec les protagonistes d'évènements historiques, du massacre de Tiananmen, en 1989, aux manifestations monstres contre l'austérité en Grèce, en 2015.

«C'est un peu mon histoire politique personnelle», reconnaît le réalisateur de Bacon, le film et d'Alphée des étoiles. Mais ils ont une portée universelle : «Je voulais faire circuler des idées qui ne circulent pas assez et qui représentent une forme de progrès.» Et pas seulement ici : l'expo, croit-il, a le potentiel pour être vue ailleurs - des musées américains et européens ont déjà manifesté leur intérêt.

Mais c'est d'abord ici que l'homme de 42 ans veut avoir un impact. Il se voit comme un père Noël qui ramène dans son sac 25 cadeaux «pour faire un monde meilleur». 

Une certaine conception, donc, de la démocratie, de l'environnement, du féminisme, des droits autochtones et de l'économie. Des idées avec lesquelles les visiteurs peuvent être en désaccord, acquiesce celui qui refuse l'étiquette d'artiste militant ou engagé «parce que je suis farouchement libre et indépendant dans mes choix».

En accord avec le concept de tour du monde, l'exposition est concentrique. Dans le cercle extérieur, 18 entretiens filmés avec des gens qui étaient en première ligne et condensés en cinq minutes. Chacun est diffusé dans un cubicule avec une mise en contexte sur de grands panneaux explicatifs, mais aussi en introduction du document visuel. 

On y retrouve aussi bien l'écologiste David Suzuki, sur le Sommet de la Terre de Rio en 1992; l'ex-ministre Jay Naidoo, sur les premières élections libres d'Afrique du Sud en 1994; le politicien Job Cohen, sur le mariage gai aux Pays-Bas, en 2001, que le journaliste Maziar Bahari, sur le mouvement vert qui a fait vaciller le régime théocratique iranien en 2009. Mais aussi le très puissant et émouvant témoignage de Cindy Sheenan, une simple mère de famille devenue le visage de l'opposition à la guerre d'Irak en 2005 lorsqu'elle a campé devant le ranch du président Bush pour réclamer des explications sur la mort de son fils.

Dans le deuxième cercle, sept évènements sont documentés et des postes d'écoute proposent des narrations slamées par Hugo Latulippe, sur des musiques d'Alain Auger. Ces derniers incarnent la signature plus artistique, et poétique, de l'expo. On y trouve aussi accrochés quelques objets emblématiques, dont une installation de Marilou André composée de... casseroles (on vous laisse deviner à quoi elle fait référence...)!

Au centre, un agora où le visiteur est invité à contribuer au débat pour écrire La légende du futur, une constitution du monde à venir. Ou à exprimer son désaccord avec la proposition de 25 X la révolte! Et «c'est parfait», souligne Latulippe. Lui-même, dans le processus de création, a fait «énormément de rencontres passionnantes», mais aussi «confrontantes». 

Latulippe aime bien envisager l'expo comme une «oeuvre totalisante», dit-il en empruntant à Gaston Miron. «Je suis assez fan de ce genre d'oeuvres» : La légende des siècles de Victor Hugo, Chant général de Pablo Neruda, Les veines ouvertes de l'Amérique latine d'Eduardo Galeano... Son film République (2011), «c'était ça aussi : un tour du Québec en 26 lettres. Ici, c'est un tour du monde en 25 mouvements».

Dans cette masse d'informations et d'idées qui «bousculent et transforment nos sociétés», il y a «un fil rouge conducteur qui justifie les 25 évènements emblématiques». Il y est, en effet, beaucoup question de courage dans l'adversité, de solidarité dans la lutte contre l'oppresseur, de dignité humaine, au fond. Ou comme le dit lui-même Hugo Latulippe, «il y a une forme d'espérance là-dedans»...

25 X la révolte! est présentée au Musée de la civilisation jusqu'au 12 mars 2017.

Dans 25 X la révolte!, on retrouve notamment l'écologiste David... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 4.0

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Dans 25 X la révolte!, on retrouve notamment l'écologiste David Suzuki (photo), qui traite du Sommet de la Terre de Rio en 1992.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Félix à Noël, les bélugas arrêtés...

La création de l'exposition 25 X la révolte! représente une énorme somme de travail pour Hugo Latulippe. Le cinéaste a néanmoins continué en parallèle ses projets de films - une perpétuelle création nécessaire pour vivre de sa création. Un état bien précaire : si son documentaire sur Félix Leclerc verra le jour, celui sur les bélugas et l'estuaire du fleuve Saint-Laurent est sur la glace, faute de financement.

Le portrait de l'immense chanteur est actuellement en tournage. Le réalisateur prévoit une diffusion à la télévision (TVA et Télé Québec sont partenaires) à Noël 2016. Il veut évoquer son parcours de pionnier de la modernité artistique québécoise, de chantre de la patrie, mais aussi son impact sur ses contemporains. Avec des images inédites de son quotidien à l'île d'Orléans.

Il a rencontré plusieurs des «grands amis de Félix» comme Dufresne, Charlebois, Dompierre, Ferland, Latraverse, mais aussi une nouvelle génération d'artistes qui «poursuivent son travail», comme Louis-Jean Cormier, Catherine Major et Vincent Vallières.

Les bélugas n'ont pas eu cette chance. «Je commence à rêver à de riches industriels québécois qui sortent du conservatisme et deviennent des mécènes. Pour moi, l'art emblématique du Québec, c'est le cinéma documentaire.»

En attendant, le cinéaste travaille sur un projet Web, avec des partenaires européens, consacré au sacré. Looking for God s'intéressera à ce qu'il faut préserver de l'idée du sacré dans nos sociétés laïques. 

Justement, il faut avoir la foi pour tourner des documentaires, au Québec, et avoir de multiples fers au feu, en plus d'être aussi auteur et producteur. «C'est pas facile, mais je m'en sors bien quand même.»

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