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Olivier Dufour produira La nuit, un «cinéma vivant» de 6 M$

Olivier Dufour ne désespère pas de voir son... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Olivier Dufour ne désespère pas de voir son spectacle La nuit s'installer à Québec, mais il faut que l'expérience s'avère rentable.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Le Réacteur d'Olivier Dufour passe en vitesse supérieure. La firme du prolifique concepteur artistique de Québec amorcera une page charnière de son histoire, à l'été 2017, à Montréal, avec la présentation d'un spectacle d'envergure qui tiendra l'affiche pendant trois mois. Ce projet de 6 millions $ se déclinera ensuite dans plusieurs villes à travers le monde.

En entrevue exclusive au Soleil, Olivier Dufour confie que cette réalisation porte ses espoirs les plus fous, ceux qu'il caressait jadis lorsqu'il s'est lancé dans le métier. «C'est ce dont j'ai toujours rêvé. J'arrive vraiment à ce que je voulais faire. Ça fait 16 ans que je me bats pour en arriver là.»

Baptisé La nuit, ce spectacle interactif entraînera le spectateur pendant plus de quatre heures dans un univers immersif où une galerie de personnages, une quarantaine au total, sera mise à profit pour lui faire vivre une gamme de sensations.

«C'est ce qui se rapproche le plus du cinéma vivant, comme si tu entrais dans un décor de film, explique-t-il. C'est un projet à mi-chemin de beaucoup de disciplines. C'est comme un nouveau médium, même si en même temps, je trouve prétentieux de le dire comme ça. Je ne connais pas d'équivalent qui va aussi loin en termes d'immersion, de technologies et d'expériences.»

Dès l'achat du billet, le spectacle se mettra en branle. Les participants seront transportés vers une destination inconnue, dans un autobus aux vitres opaques. Le point de chute sera un vaste entrepôt désaffecté où sept portes permettront d'avoir accès à autant d'univers où leurs sens et leur imagination seront sollicités. Les spectateurs seront même invités à boire et à manger.

Les oiseaux de nuit seront à l'évidence ravis de cette expérience, soutient le créateur, qui dit lui-même éprouver une grande fascination pour la vie nocturne. «Plus je voyage, plus je m'en rends compte. C'est la nuit qu'on perd une partie de nos sens mais que d'autres prennent le relais, comme l'odorat. Dans une ville, les bruits et les odeurs changent. Les gens changent aussi. L'homme en complet cravate le jour peut devenir complètement wild. C'est aussi une zone de liberté où le temps semble s'arrêter.»

La route de l'international

Ce projet entièrement monté grâce à des fonds privés devrait profiter de l'achalandage des Fêtes du 375e de Montréal, mais ne s'inscrit pas dans la programmation. L'équipe du Réacteur profitera de ce «pilote» pour peaufiner le show, avant de lui faire prendre la route de l'international, à New York, Paris, Londres, peut-être Hong Kong. «C'est un projet conçu pour devenir un réseau. Chaque ville aura son diffuseur local.»

À 43 ans, Olivier Dufour estime que ce spectacle, orchestré conjointement avec des artistes européens et canadiens, est celui de la maturité dans son parcours professionnel. «C'est un projet que je mûris depuis 2005, dans lequel j'ai mis tellement d'espoirs, mais je me disais toujours que je n'étais pas prêt, que ma compagnie n'était pas assez mature. Là, j'ai senti que c'était le temps de le faire.»

Après avoir été le maître d'oeuvre de plusieurs spectacles multimédia à travers le monde, le plus récent s'étant déroulé en novembre, à Lausanne, pour le centenaire du siège social du Comité international olympique, Olivier Dufour voit son nom circuler de plus en plus dans les cercles mondiaux du divertissement. Ce sont d'ailleurs des «gens d'affaires avec de très forts réseaux», impressionnés par son travail, qui l'ont approché pour La nuit.

«Aujourd'hui, on crée d'énormes écrans interactifs, des trucs de streaming, mais il faut du contenu pour mettre dedans, pas seulement des gens qui font des niaiseries sur YouTube, poursuit-il. Il faut créer des produits intéressants. Les producteurs de contenus sont assez sollicités actuellement. Moi, je le suis comme jamais.»

Le principal intéressé ne désespère pas de voir La nuit s'installer à Québec, mais encore faut-il que l'expérience s'avère rentable. «J'aimerais beaucoup ça, mais il faut que je voie si je serais capable de vendre assez de billets. J'ai regardé pour des lieux assez grands [pour accueillir l'événement], avec un caractère particulier. Ça ne peut pas se faire n'importe où.»

Des mini Moulins à images en ville

À compter de septembre et à longueur d'année, des mini Moulins à images «ouverts à la collectivité» brilleront de mille feux sur plusieurs édifices de Québec, permettant de mettre en valeur les oeuvres d'artistes, qu'ils soient professionnels ou amateurs. Ce concept novateur d'Olivier Dufour et de son équipe suscite un vif intérêt à Montréal.

À partir d'une plateforme de diffusion commune, explique-t-il, des gens «de tous les horizons», même des enfants, «vont avoir la possibilité d'accéder à l'art numérique grand format» et de jouir de la possibilité de voir diffuser une animation, un dessin ou un texte de leur cru. «C'est le public qui décidera de la fréquence à laquelle ton oeuvre va jouer. Plus elle sera vue, plus elle sera likée, plus elle va jouer souvent.»

Le jeune créateur a déjà visité plusieurs «édifices avec de la gueule», susceptibles de servir d'écrans, comme la bibliothèque Gabrielle-Roy, l'église Saint-Roch, «deux ou trois endroits» dans le Vieux-Québec, ainsi que «le grand mur de tôle beige qui ne sert à rien» sur l'immeuble du magasin Benjo et de la Banque Laurentienne, boulevard Charest.

Dès septembre, une première diffusion aura lieu sur la façade de sa firme Le Réacteur, rue Saint-Vallier Est, sise dans l'ancien édifice de pompes funèbres Lépine & Cloutier. Les projecteurs du Moulin à images seront récupérés pour l'occasion.

Dynamiser un édifice

«L'idée, c'est de prendre un édifice moyennement intéressant et de le rendre super dynamique, précise-t-il, enthousiasmé par ce projet qui fonctionne «à petite échelle et à moindre coût, mais qui permet de créer pas mal d'impact. [...] Je trouve super intéressant le message de communion de gens autour d'un médium et qui permet de faire briller un quartier.»

Contrairement à l'oeuvre d'Ex Machina de Robert Lepage, projetée seulement en saison estivale sur les silos de la Bungee, dans le port, ces «mini Moulins» auront pignon sur rue pendant toute l'année. «C'est même plus beau en hiver. D'abord, la noirceur arrive plus tôt, mais l'image est plus belle vu que l'air est plus pur et dépourvu de particules.»

Si l'idée emballe beaucoup de monde à l'hôtel de ville de Québec, un partenaire privé montréalais fait également les yeux doux à Olivier Dufour pour diffuser ce concept sur ses édifices. Une partie de souque à la corde semble lancée entre les deux villes. Le principal intéressé compte sur un engagement rapide de l'une ou de l'autre.

«Je n'ai pas le goût de faire de la surenchère entre les deux villes. Si je n'arrivais pas à le partir ici, j'irais le faire à mon bureau de Montréal, mais je trouverais ça plate. Ce n'est peut-être pas business ce que je vais dire là, mais éthiquement, j'aimerais vraiment que ça se fasse d'abord à Québec [...] Je vois la Ville comme un partenaire de développement», termine-t-il, avançant la possibilité de vendre ensuite «une licence» d'exploitation au promoteur montréalais.

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