Second souffle pour le Saint Jean-Baptiste de Vinci

Peint pendant la première décennie du XVe siècle, le... (AFP, Patrick Kovarik)

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Peint pendant la première décennie du XVe siècle, le Saint Jean-Baptiste s'inspire de la composition d'une autre oeuvre de Léonard de Vinci, L'ange de l'Annonciation, conçue vers 1503-1504.

AFP, Patrick Kovarik

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Agence France-Presse
Paris

Il semble perdu dans la nuit avec sa chevelure bouclée. Seuls son sourire un peu ironique et sa main désignant le ciel se détachent encore des couches de vernis noirci : le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci, exposé au Louvre, sera restauré pour retrouver le clair-obscur.

«Il s'agit d'alléger le vernis pour rendre de la lisibilité au tableau», explique Sébastien Allard, responsable du département des peintures au musée parisien. «On ne voit plus que les parties claires.» La peau de bête dont saint Jean-Baptiste est vêtu et la croix qu'il tient sont pratiquement invisibles, comme certaines de ses mèches de cheveux.

À l'origine de cet obscurcissement général, la dégradation des multiples couches de vernis passées depuis la dernière restauration importante en 1802. «C'est le tableau le plus verni de la collection du Louvre», souligne Vincent Delieuvin, conservateur au département des peintures. «Cent dix microns, un record!» En comparaison, l'épaisseur de vernis était de 60 microns sur la Sainte Anne, une autre oeuvre de Vinci restaurée en 2012.

Pourquoi ce recours massif au vernis? «Dans un premier temps, cela redonne de la brillance, de la profondeur, de la visibilité, et puis il commence à noircir», explique Vincent Delieuvin.

Avec la Sainte Anne et La belle ferronnière, qui a retrouvé son teint de jeune femme l'an dernier, c'est le troisième tableau du grand Léonard à être restauré en cinq ans.

À quand le tour de La Joconde? «Ce n'est pas d'actualité, martèle Sébastien Allard, pas plus que pour La Vierge aux rochers», également exposée au Louvre.

Pour autant, le choix de Léonard de Vinci n'est pas innocent. Le mythe de ce génie de la Renaissance est toujours aussi vivace, alors qu'on sait peu de choses sur lui et sur l'histoire de ses oeuvres.

La restauration a été confiée pour le support en bois à Patrick Mandron, un spécialiste du travail sur ce matériau, et pour la couche picturale à Regina Moreira, qui est notamment intervenue sur la Bethsabée au bain de Rembrandt.

Déjà examiné sous toutes les coutures par les experts du laboratoire des musées de France (C2RMF), le tableau devait être décroché avant la fin janvier, mais nul ne sait pour combien de temps. «Les examens n'ont révélé aucune lacune majeure. A priori, il est sain, note Sébastien Allard, mais on ne sait jamais quand on termine une restauration. Chaque tableau est unique.»

Les travaux seront suivis par une commission consultative internationale dont la composition est en cours.

Peint pendant la première décennie du XVe siècle, le Saint Jean-Baptiste s'inspire de la composition d'une autre oeuvre de Léonard de Vinci, L'ange de l'Annonciation, conçue vers 1503-1504. Parfait exemple de la technique du sfumato qui permet de créer un effet vaporeux, le tableau est réalisé dans une palette de couleurs très réduite.

Le Saint Jean-Baptiste est avec La Joconde et La Vierge à l'enfant avec sainte Anne un des tableaux que Léonard de Vinci montre en 1517 au cardinal d'Aragon, un prince de la Renaissance connu pour avoir sillonné l'Europe et côtoyé des puissants comme le futur Charles Quint ou François 1er. Selon certains historiens, les trois oeuvres auraient été ainsi acquises par François 1er et intégrées à la collection royale de France.

Inachevé?

Si l'histoire du Saint Jean-Baptiste est mal connue, une littérature considérable lui a été consacrée. «C'est un tableau qui a gêné beaucoup de monde et son attribution a été fréquemment remise en cause», dit Vincent Delieuvin. À l'origine de ces doutes, la rigidité du dessin du bras et de la main dressés vers le ciel.

Et comme pour d'autres tableaux de Vinci, «se pose la question fondamentale de son état d'achèvement», note Vincent Delieuvin. Une question déjà soulevée à propos de la Sainte Anne, où le visage de la Vierge semble trop clair, et même pour La Joconde, où certains historiens ont pointé la différence entre le visage et les mains, aux tons beaucoup plus chauds. La restauration pourrait aider à trancher le cas du Saint Jean-Baptiste.

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