Marcel Barbeau: «C'est la faute à Borduas»

Marcel Barbeau dans son atelier devant deux tableaux... (Photothèque Le Soleil)

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Marcel Barbeau dans son atelier devant deux tableaux récents, Au rythme lent des jours heureux (2012) et Les yeux au creux de l'ombre s'embrasent dans la nuit (2012). Collection particulière, Malibu, Californie.

Photothèque Le Soleil

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(Québec) Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau est décédé samedi matin à l'âge de 90 ans. En son honneur, nous vous invitons à relire l'entrevue qu'il a accordé en 2013 à notre journaliste Josianne Desloges, alors qu'on lui décernait le prix Paul-Émile Borduas. 

À 88 ans, Marcel Barbeau recevra mardi le 37e prix Paul-Émile Borduas. Une reconnaissance heureuse, mais un peu tardive, étant donné que sa candidature a été déposée plus d'une vingtaine de fois. Le signataire du Refus global crée et expose toujours, enfilant avec entrain les projets de sculpture, de toiles et les initiatives inusitées.

Si la température le permet, Marcel Barbeau arrivera à la remise de prix dans une Porsche des années 80 peinte selon une oeuvre qu'il a réalisée sur un modèle réduit. Puisqu'il avait déjà tenté l'expérience sur une Volkswagen dans les années 60, l'artiste n'a pas hésité longtemps avant d'accepter l'offre de l'homme d'affaires Alain Authier.

Marcel Barbeau a participé aux premières expérimentations automatistes, a plongé dans l'abstraction géométrique, puis a exploré l'op art, mais même dans ses expérimentations les plus techniques, il a conservé une dimension expressive dans ses oeuvres qui le distingue de ses condisciples. Même ses sculptures semblent animées par une vie intérieure, portées par un mouvement qui entraîne le regard dans une danse impromptue.

Q    Vous avez souvent joué un rôle de pionnier, autant dans le mouvement automatiste que pour l'op art. Qu'est-ce qui vous attirait dans ces explorations?

R    André Breton, dans ses écrits sur le surréalisme, disait que le geste artistique doit être intuitif, et non calculé d'avance. La toile est une impulsion et a un côté magique. Il donnait l'exemple de lorsqu'on dessine distraitement en parlant au téléphone. Lorsqu'on est serein, l'oeuvre apparaît comme par magie, et c'est ce qui m'intéresse. L'automatisme est une forme non intentionnelle. On met l'accent sur la passion, le désir. Dans les années 60, on a commencé à exploiter les relations entre l'oeil et le cerveau, l'oeil et la mémoire. On travaillait sur la mémoire reptilienne. Lorsqu'on veut une chose, il y a une image dans votre cerveau, et si vous la répétez, il y a un tableau qui naît.

Q    Qu'est-ce qui vous guide dans la création d'une toile? Comment peignez-vous?

R    «Je fais de la peinture très spontanément, je ne programme jamais rien. J'attends un moment où je me sens bien, je commence dans un coin de la toile et j'en peins 12 ou 15, une après l'autre, pendant quelques mois. Ce que je recherche, c'est surtout le rythme. Les toiles ne forment pas des séries. Elles sont toutes du même format, mais dans les couleurs et les formes, elles sont très différentes.

Q    À l'École du meuble, vous avez été l'élève de Paul-Émile Borduas, que vous identifiez comme un père spirituel. Pourquoi?

R    J'étais dans la section artisanat, alors je n'avais pas droit aux cours de dessin, mais quand j'ai vu que ce qu'enseignait Borduas était intéressant, j'ai demandé d'être muté. Ce qui est assez extraordinaire est que je n'avais jamais pensé avoir du talent en dessin, mais quand il m'a dit que mes oeuvres étaient très intéressantes, j'ai continué. Ma carrière de peintre a commencé là. Je suis allé à l'École du meuble pour faire des objets, mais on m'y a découvert un talent de peintre. C'est la faute à Borduas.»

Q    Vous êtes graveur, peintre, sculpteur et avez aussi réalisé des projets de performance et de danse. D'où vous vient votre intérêt pour la multidisciplinarité?

R    Plus jeune, je n'ai jamais eu de contact avec des toiles. Ce qui m'intéressait, c'était la musique. De temps en temps, ma mère m'emmenait aux concerts et au  ballet. C'était la danse que j'aimais surtout. À Montréal dans les années 40, on avait seulement accès aux ballets, mais ensuite, j'ai collaboré avec des compagnies de danse de Toronto et Vancouver pour créer des exercices totalement improvisés.

Q    Dans les années 50, alors que tous regardaient vers Paris, pourquoi avez-vous été attiré par New York?

R    Il y avait un grand mouvement qui avançait, une vague expressionniste avec Pollock et de Kooning. Notre mouvement a été relié à celui-là, mais ils avaient les moyens de faire de très, très grands tableaux, alors qu'on devait se limiter à de petits formats. On se rejoignait surtout sur un principe : accepter l'accident.

Q    Votre première exposition solo, Marcel Barbeau - Watercolors, était en 1952, à la galerie Wittenborn and Shultz, New York (deux ans avant Borduas). Comment vous êtes-vous retrouvé là?

R    C'était une librairie avec un étalage de merveilleux livres d'art. Il y avait un mur dégagé, et le propriétaire offrait aux jeunes peintres d'y exposer. J'étais à New York à ce moment-là, on m'a offert d'y exposer, tout simplement.

Q    Vous avez tout de même beaucoup exposé à Paris, jusqu'à tout récemment à la Galerie Chauvy (du 29 octobre au 3 novembre). Quelle est votre relation avec la Ville lumière?

   Je suis un type pas mal intuitif, je ne peux pas toujours dire le pourquoi des choses. On est d'abord allés au Sud, puis dans l'Ouest, puis j'ai obtenu une bourse du Conseil des arts pour Paris. Au départ, on avait un petit logement dans un HLM, puis on y est resté 20 ans, je me suis fait approcher par une galerie [la Galerie Iris Clert], qui avait beaucoup de respect pour mon travail. Puis, j'ai eu la nostalgie du pays natal, comme en ont beaucoup parlé les surréalistes. J'ai un très bel atelier tout près du marché Atwater [près de celui de Claude Tousignant] depuis bientôt cinq ans.

Q    Que souhaiteriez-vous qu'on retienne de vous?

   Je crois qu'on dira de moi que j'étais fou! Mais je crois que les gens ont surtout appris que la peinture pouvait être un métier. La plus grande réussite est toujours vis-à-vis soi-même.

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