Réfugiés le temps d'un après-midi

Un réfugié heureux d'arriver à Lesbos en Grèce,... (AFP, Aris Messinis)

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Un réfugié heureux d'arriver à Lesbos en Grèce, après avoir traversé la mer Égée.

AFP, Aris Messinis

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Maude Brulard
Agence France-Presse
La Haye

La valise à moitié faite a été abandonnée dans l'urgence, le vin est renversé sur la table et, à la radio, le message est lancinant : «Ceci est une annonce de la sécurité nationale, quittez les lieux au plus vite!»

Le temps d'un après-midi d'excursion scolaire, Amy et Sona, adolescentes néerlandaises de 15 et 16 ans, sont transportées dans la peau de réfugiés dans un musée ouvert à La Haye en 2010, la Maison de l'Humanité, qui se décrit comme unique au monde.

Les deux lycéennes ont reçu quelques instants plus tôt le visa les autorisant à commencer leur périple vers la «zone B», retraçant symboliquement les pas des millions de personnes qui effectuent un périlleux trajet vers les côtes de l'Europe.

Après avoir quitté le salon où retentit en boucle l'avertissement radio, le voyage devient «incertain, il faut affronter plusieurs dangers, il y a des incertitudes...», explique la directrice du site, Lisette Mattaar.

Amy et Sona devront faire des choix difficiles pour arriver dans un pays sûr, explique-t-elle.

Le musée, fondé par la Croix-Rouge néerlandaise dans le but de montrer le travail qu'elle mène auprès de ceux qui ont fui la guerre et la pauvreté, est soutenu par douze ONG. Quelque 30 000 personnes l'ont visité en 2014, contre 14 000 lors de sa première année de fonctionnement.

Déconseillé aux moins de 10 ans, le musée assure avoir vu exploser les demandes de visites des écoles depuis le début de la pire crise migratoire qu'ait connue l'Europe.

Développer une réflexion

«Les élèves sont bombardés d'images, d'informations sur les réfugiés, sur la migration, sur les politiques d'asile, mais tout cela est souvent dépourvu de contexte», explique Audrey Mussoni, qui accueille les élèves après la visite pour discuter de leur ressenti.

«Ils entendent les chiffres mais ne savent pas les mettre en perspective et il leur manque un visage à mettre sur ces informations», ajoute-t-elle. «Avec ce parcours, nous pouvons créer un peu d'empathie, pour qu'ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes».

Après avoir quitté la maison en courant, Amy et Sona se retrouvent dans un dédale de couloirs sombres, sous les aboiements de chiens et les cris de policiers. Sur une porte, la question est posée : «Choisissez-vous vos affaires ou votre vie?»

À travers un labyrinthe aux murs décrépits se succèdent sons et images, évoquant la longue marche migratoire. Les témoignages sont ceux de véritables réfugiés, recueillis par une équipe de chercheurs.

Les deux adolescentes remplissent des piles de formulaires, dans l'espoir d'être un jour réunies avec leurs familles. Puis Amy et Sona arrivent enfin à la frontière.

«Avez-vous votre visa pour la zone B? Quels sont les adresses, prénoms et noms de famille de vos amis? Qu'allez-vous faire en zone B?» : la voix préenregistrée du policier se fait plus dure, pressante et les adolescentes sont visiblement mal à l'aise.

Sona trouve l'expérience de ce musée positive : «Même si ce n'est qu'un tout petit peu, on a une idée de ce que peuvent ressentir les réfugiés.»

Quant à Amy, elle est «soulagée» d'avoir franchi la frontière.

Réfléchissant à ce qu'elle vient de vivre, elle lance : «Le gouvernement dit qu'il n'y a pas beaucoup de réfugiés qui peuvent venir ici, et je comprends. Mais il y aussi des gens qui ont vraiment besoin d'aide...»

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