La cage de la Corriveau entre aux Musées de la civilisation

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La cage de la Corriveau, ou plutôt le gibet - repose maintenant dans un cercueil de verre sous les voûtes de la Maison Chevalier, à Québec.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Après deux ans d'analyses et de démarches administratives, la cage de Marie-Josephte Corriveau, qui était exilée à Salem au Massachusetts depuis 1899, a été authentifiée et rapatriée au Québec pour intégrer la collection permanente des Musées de la civilisation (MCQ).

La veuve est entrée dans la légende, qui lui a attribué la mort non pas d'un, mais bien de sept maris. Mais avec les résultats de recherche que nous dévoilait mercredi le comité scientifique constitué par les MCQ et la Société d'histoire régionale de Lévis, on dirait bien que l'Histoire est en voie de reprendre ses droits.

Des archives confirment que la Corriveau a été jugée, condamnée, pendue, exposée puis inhumée en 1763, année du traité de Paris et de la prise de possession officielle de la Nouvelle-France par les Anglais. Laisser le corps d'un condamné se détériorer à la vue de tous, dans un exosquelette de fer, un gibet, «c'était pratique courante en Angleterre à l'époque, mais désuète en France», a souligné Stéphan La Roche, directeur général des MCQ. Celui-ci parle de la nouvelle acquisition comme d'un «objet-phare, au-delà des légendes qu'il a engendrées, qui nous amène à nous pencher sur la condition féminine de l'époque et bien sûr de l'évolution de la justice».

Les recherches effectuées par les experts nous révèlent d'ailleurs plusieurs détails inédits, comme le fait qu'il n'y a eu que deux cas de «gibetting» au Québec, celui de la Corriveau et un autre à Montréal. Un spécialiste de la conservation et de l'analyse des métaux, Jérôme Morissette, a déterminé que la rouille qui recouvre l'armature a été causée par des décennies d'enfouissement, et par conséquent que la dépouille n'avait pas été placée dans une cage rouillée. Youri Harvey et Martin Dauphinais, spécialistes de la forge traditionnelle, ont établi que la technique utilisée pour construire l'objet est bel et bien celle privilégiée au XVIIIe siècle. La cage, qui comporte des pièces recyclées, des roues de charrette, par exemple, aurait pu être assemblée par un habile forgeron en moins de 48 heures, selon les deux experts.

Des documents tirés de la collection d'archives du MCQ permettent de retracer, au-delà de l'objet, les grandes lignes de la vie de Marie-Josephte Corriveau. Celle-ci est née en 1733 à Saint-Vallier, dans Bellechasse, et a eu trois enfants d'un premier mariage. Le second a duré six mois, jusqu'au décès de Louis-Étienne Dodier, qui fut enterré puis exhumé pour un rapport d'autopsie qui a confirmé son assassinat. Marie-Josephte et son père furent arrêtés et jugés dans la grande salle du couvent des Ursulines de Québec. Le premier procès condamna le père à mort et la fille à 60 coups de fouet et à être marquée au fer rouge, le second établit que la Corriveau était la seule coupable. Elle fut pendue à la Butte à Neupveu, sur les plaines d'Abraham.

Quant à la cage, elle fut suspendue à une intersection passante de la Pointe-Lévis. Pour les curieux, celle-ci serait au coin de la rue de l'Entente et Saint-Joseph. «C'est un point très central, a commenté Gilles Lehouillier, qui y a lui-même accroché une pancarte électorale avant d'être élu à la mairie de Lévis. C'est probablement un message que [le nouveau régime] voulait lancer à la Seigneurie de Lauzon, où les gens résistaient.»

La rigueur de la démarche des experts de Québec et Lévis a convaincu le Peabody Essex Museum de procéder à un transfert de propriété. La pièce fait donc son entrée officielle dans la collection nationale. Après la micro-exposition qui a lieu de mercredi à samedi à la Maison Chevalier, les MCQ évalueront comment la conserver pour le mieux.

La micro-exposition La Corriveau, de la noirceur à la... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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La micro-exposition La Corriveau, de la noirceur à la lumière présente quatre documents d'archives qui ancrent la légende dans l'Histoire; notamment une copie de l'absolution de Joseph Corriveau (le père de la Corriveau, accusé lors d'un premier procès).

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Un registre des comptes où il est noté que le forgeron Richard Dee a été payé 5 livres (l'équivalent de 20 $ aujourd'hui) pour la fabrication de la cage est présenté dans La Corriveau, de la noirceur à la lumière.

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Micro-exposition à la Maison Chevalier

Le public pourra voir la cage pendant la micro-exposition La Corriveau, de la noirceur à la lumière, qui se tiendra à la Maison historique Chevalier de mercredi à dimanche. Le lieu n'est pas anodin, l'édifice étant contemporain des événements ayant mené à la pendaison de la tristement célèbre Lévisienne. La pièce centrale est évidemment la cage, ou plutôt le gibet - une sorte d'armature qui enserrait le cadavre de la pendue - qui repose maintenant dans un cercueil transparent. On y devine la silhouette de la femme condamnée pour le meurtre de son second mari, Louis-Étienne Dodier. On pourra aussi voir quatre documents d'archives qui ancrent la légende dans l'Histoire; une copie certifiée du contrat de mariage datant du 20 juillet 1761, une copie de l'absolution de Joseph Corriveau (le père de la Corriveau, accusé lors d'un premier procès), un registre des comptes où il est noté que le forgeron Richard Dee a été payé 5 livres (l'équivalent de 20 $ aujourd'hui) pour la fabrication du gibet et une copie de l'ordre d'inhumer le corps, après 40 jours d'exposition. Des visites animées auront lieu de 10h à 17h. Plus d'info au mcq.org

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