Les 30 ans de L'OEil de poisson: synthèse pyramidale

Les oeuvres de Samuel Roy-Bois sont placées en... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Les oeuvres de Samuel Roy-Bois sont placées en hauteur, certaines à l'envers, d'autres empilées : l'ensemble s'apparente à un ciel étoilé, où certaines constellations sont plus visibles que d'autres.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Rendre hommage aux 30 ans d'existence de L'OEil de poisson n'était pas une mince affaire. Samuel Roy-Bois a toutefois trouvé une manière originale d'utiliser la carte blanche que lui a donnée le centre, en greffant les oeuvres prêtées par plus de 170 artistes à une structure architecturale bien particulière.

Des deux par quatre peints en blanc recréent les divisions de l'ancien local du centre d'artiste, qui logeait sur le boulevard Charest avant la création de la coopérative Méduse, qui fête ses 20 ans cette année. «J'ai mesuré l'extérieur du bâtiment, mais l'intérieur a été refait. J'ai parlé avec Claude Bélanger [cofondateur de L'OEil de poisson, maintenant directeur de la Manif d'art] et je suis allé dans les archives de L'OEil. J'ai déduit les volumes par triangulation», indique Samuel Roy-Bois. L'ancien lieu et le lieu actuel s'emboîtent donc, comme si le passé étreignait le présent. Le tout a à la fois un côté poétique et un côté brut. «Pour moi, c'est important qu'il y ait une certaine évidence dans la manière dont les choses sont assemblées. Je peins mes matériaux avant de les couper, pour garder une trace supplémentaire», explique-t-il en montrant les vis, les traces de doigts et les coupes apparentes. Sangles jaunes et étaux s'arriment aux pièces de bois, comme une ponctuation.

Les quelque 170 oeuvres sont placées en hauteur, ce qui oblige le visiteur à lever la tête, comme le salon à l'envers qu'avait conçu l'artiste pour l'exposition La maison, qui faisait partie de la programmation des 25 ans de L'OEil. «Je cherchais une sensation de clarté; lorsqu'on regarde le bas de galerie, il n'y a que des verticales blanches, mais le haut est plus chaotique», souligne l'artiste. Dans la petite galerie, il y a même des solives, ce qui complique la tâche du regardeur, qui ne peut apercevoir que des parties des oeuvres.

Une conversation

Le but de l'installation n'est pas, justement, de constituer une exposition collective et rétrospective classique, où tout aurait été placé à la hauteur du regard. Certaines oeuvres sont à l'envers, d'autres empilées, l'ensemble s'apparente à un ciel étoilé, où certaines constellations sont plus visibles que d'autres. «Je voulais qu'il y ait une conversation entre le système de présentation et les oeuvres. Ça crée un concert de discours, plusieurs voix qui parlent ensemble, par-dessus les autres ou se contredisent, image Samuel Bois-Roy. J'ai essayé de créer des phrases, comme si les oeuvres étaient des mots.»

L'artiste est né à Québec, a obtenu son bac à l'Université Laval avant d'obtenir une maîtrise à Concordia et de s'établir à Vancouver, où il crée et enseigne à l'Université de la Colombie-Britannique. L'environnement construit et le rôle joué par l'architecture dans notre rapport au monde sont au coeur de son travail, qui brouille les frontières entre l'art et la vie.

Pour rassembler le corpus d'oeuvres, il s'est inspiré de la technique de vente pyramidale, en choisissant deux artistes (Claude Bélanger et Geneviève Chevalier) qui devaient en inviter deux autres, et ainsi de suite. «J'ouvrais des paquets et c'était vraiment comme une surprise. Chaque fois je me disais : "Ok, qu'est-ce que je fais avec ça?" Il y a des oeuvres que j'adore, d'autres que je trouve plates, mais j'avais besoin de perdre le contrôle et d'avoir accès à une multitude de démarches», raconte-t-il. Il n'y avait ni contrainte de médium, de taille ou de matériau. Les oeuvres vidéo sont diffusées sur des téléphones ou des tablettes électroniques, les sculptures ont été assemblées selon les instructions ou l'inspiration du moment et les toiles sont sens dessus dessous.

Tout montrer et tout voir en même temps est symptomatique de notre époque numérique. «Mes étudiants ont accès aux oeuvres de 100 000 artistes en même temps. Ça change le rapport qu'on a avec la création. Ils ont vraiment l'impression que tout a été fait, c'est difficile pour eux de trouver leur place et de faire différent. C'est étourdissant et excitant en même temps», note-t-il. À l'image de bien des expositions présentées à L'OEil de poisson pendant les trois dernières décennies.

L'exposition La pyramide, de Samuel Bois-Roy, se tiendra au 580, côte d'Abraham du 11 septembre au 11 octobre. Un vernissage - festif, évidemment - aura lieu le 11 septembre dès 18h30, en même temps que les vernissages des autres centres d'artistes et organismes de Méduse.

En bref

11e Nuit des galeries

Encore cette année, les promeneurs pourront découvrir les galeries du quartier Petit Champlain, de la place Royale et du Vieux-Port tout en contentant leurs papilles. Cocktails, dégustations, animations lumineuses, musique jazz et swing et bien sûr découvertes et rencontres sont au menu de la randonnée artistique qui se déroule principalement dans les rues Sault-au-Matelot, Saint-Pierre et Saint-Paul. Trente-cinq galeries (comparativement à 27 l'an dernier) prennent part à cette 11e édition. L'exposition Égypte magique, au Musée de la civilisation, sera accessible gratuitement ce soir-là. Le samedi 19 septembre de 18h à 23h. Info : nuitdesgaleries.com 

La Foire en art actuel en octobre

Au printemps dernier, le C. A. de la Foire en arts actuel a perdu ses quatre fondatrices et organisatrices, Marie-Pier April, Gabrielle Bouchard, Jeanne Couture et Fnoune Taha, prises par de nouveaux défis professionnels à la suite (voire grâce) au succès de cette entreprise. Amateurs d'art et collectionneurs, soyez toutefois sans crainte, la Foire vivra bel et bien une troisième mouture, du 22 au 25 octobre, toujours dans les locaux de L'OEil de poisson, dans Méduse. La commissaire invitée, Anne-Sophie Blanchet, y présentera les oeuvres d'une quinzaine d'artistes québécois, reconnus et émergents, qui seront dévoilés bientôt. Les paris sont ouverts.

Deux fois Lebargy

Julien Lebargy, dont l'exposition Age of Innocence, à la galerie Art'chipel, nous avait fait une très bonne impression l'an dernier, expose deux fois plutôt qu'une pour la rentrée. Il présente L'âge d'or et toutes ces conneries du passé à l'Espace Parenthèses du Cégep de Sainte-Foy jusqu'au 11 septembre. Le solo regroupe huit sculptures grand format dans la continuité de ce qu'il avait présenté à Lévis, où bottes de pluie jaunes, enfants, tank, références littéraires et historiques se répondaient. Jusqu'au 4 octobre, il présente aussi Et vous l'existence?, avec Marie-Claude Drolet, à la Clarté-Dieu, au 220, Grande Allée Est. Plus de détails à www.julienlebargy.com

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer