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Dialogue avec l'histoire: les experts optaient pour la restauration

Le rapport le Centre de conservation du Québec... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le rapport le Centre de conservation du Québec ne mentionne nulle part de raser l'oeuvre de la place de Paris. Les experts s'entendaient pour la démanteler et l'entreposer en vue d'une restauration.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les experts mandatés par la Ville de Québec pour dresser le bilan de santé de l'oeuvre Dialogue avec l'histoire l'ont trouvée bien mal en point, mais n'ont jamais proposé sa démolition, selon des rapports obtenus par Le Soleil.

Nous avons demandé et reçu, en vertu de la Loi sur l'accès aux documents publics, les avis préparés par les restaurateurs du Centre de conservation du Québec (CCQ) et l'architecte Richard Trempe. Ceux-ci ont inspecté le monument installé place de Paris en novembre 2014, alors que s'amorçaient des travaux de restauration, aussitôt stoppés en raison de dommages insoupçonnés.

La vingtaine de pages de documents confirment que l'oeuvre d'art signée Jean-Pierre Raynaud, détruite le 17 juin, était «en très mauvais état» et dangereuse.

L'eau s'était infiltrée partout dans la structure, au point où il y avait présence d'algues. La moitié des plaques posées à la verticale présentaient un problème d'adhérence. Sans attaches métalliques, elles tenaient en place uniquement grâce aux scellants. Des scellants détériorés et par ailleurs trop rigides, qui empêchaient tout mouvement avec le gel et le dégel et provoquaient des cassures.

«Aucune intervention partielle ne pourra à notre avis corriger l'état de dégradation et la mauvaise fixation des plaques en place, ni les faiblesses originales», écrit l'architecte Trempe. «Nous recommandons que l'ensemble soit temporairement sécurisé», est-il souligné - littéralement - dans son rapport.

Pour ce faire, le Centre de conservation avançait deux solutions, soit installer des sangles de nylon blanches sur chaque rangée de plaques afin de les maintenir en place ou alors construire une boîte de protection en contre-plaqué peint en blanc.

La Ville de Québec a finalement opté pour une clôture métallique, érigée dès novembre, puis pour la démolition à coups de pelle mécanique à la mi-juin.

Nulle part, dans les avis d'experts, il n'est fait mention de la possibilité de raser l'oeuvre d'art public, critiquée depuis son apparition dans le Vieux-Port en 1987.

Démanteler, puis entreposer

Le Centre de conservation a plutôt proposé de la démanteler et l'entreposer en vue d'une reconstruction. Cette seule opération, fort complexe, aurait coûté 85 000 $. Il aurait fallu détacher et numéroter les 100 plaques de marbre, mais aussi les baguettes de granit noir (150) qui les séparaient. Pour les protéger, 22 caisses devaient être fabriquées sur mesure. Avec un poids de 600 livres chacune, impossible de les empiler, ce qui compliquait l'entreposage.

Richard Trempe envisageait aussi la réhabilitation de Dialogue avec l'histoire «en lui assurant une durabilité et une performance tenant compte de notre climat, en y intégrant une cavité murale drainée et aérée derrière le marbre, des recouvrements avec membranes d'étanchéité en dessous des plaques et enfin un système d'attaches mécaniques entre les plaques et le fond d'appui conçues pour permettre un certain mouvement».

Le 15 juin, la Ville de Québec a annoncé le démantèlement du «cube blanc», affirmant par communiqué que «la reconstruction de l'oeuvre sera examinée lors du réaménagement urbain de la place de Paris et de la future place Dalhousie, d'ici 2017». Une semaine plus tard, le maire Régis Labeaume admettait que son administration n'avait pas l'intention de la faire revivre, à moins de pressions de la Ville de Paris, donatrice de l'oeuvre.

M. Labeaume établissait alors les coûts d'une reconstruction à 200 000 $. L'estimation apparaît prudente. Seulement pour remplacer le marbre, la facture atteignait 175 000 $. Les documents nous apprennent en effet que le marbre de Thassos, matériau d'origine importé de Grèce, coûte aujourd'hui 1750 $ la plaque. L'oeuvre en nécessitait une centaine.

En prévision de la restauration qui n'a jamais eu lieu, le Centre de conservation du Québec avait testé un autre type de marbre, de la même couleur, mais moins cher, provenant du Colorado. Il s'est toutefois avéré friable et n'aurait manifestement pas pu résister aux hivers québécois.

Le calcul n'inclut pas les baguettes de granit noir, ni les matériaux et la main-d'oeuvre pour construire le prisme. Si bien que la facture aurait facilement dépassé les 200 000 $.

Même s'il n'est pas question de démolition dans les documents consultés par Le Soleil, le porte-parole de la Ville de Québec, Sylvain Gagné, a fait valoir jeudi que le choix de la «déconstruction» s'est fait sur la base des informations qu'ils contiennent. «Tous les éléments de réponse sont dans le rapport du CCQ», a-t-il résumé.

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