Exposition Carli et Petrucci: trésors de plâtre

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Deux exemplaires de la Croix de Saint-Damien (vers 1896) attribuée à Alexandre Carli. Celle de gauche a été offerte à l'archevêque de Montréal, alors que celle de droite est destinée à un curé.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Se pencher sur l'histoire de la statuaire de plâtre au Québec s'apparente à ouvrir une boîte de Pandore. Un exercice laborieux, mais fascinant, auquel s'est attelé le collectionneur montréalais Marc Alain Tremblay, qui présente le fruit de ses recherches à l'église de Deschambault jusqu'à la fin septembre.

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La Vierge bleue de Gaetano Baccerini, conçue vers 1840, est la plus vieille statue de plâtre retrouvée par Marc Alain Tremblay.

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À 15 ans, Pierre Petrucci a aidé son... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 1.1

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À 15 ans, Pierre Petrucci a aidé son père à faire le masque mortuaire du frère André.

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L'exposition Les statuaires de plâtre Carli et Petrucci, Biographies et florilèges 1848-1972 est la première de trois expositions estivales consacrées à ce savoir-faire. On y présente les précurseurs. «La suivante sera consacrée aux grands statuaires de Montréal, et la dernière à ceux de Québec, Barsetti, Rigali, Angers et Prévost», prévoit le collectionneur, qui tient aussi à rappeler que des sculpteurs estimés comme Suzor-Côté ou Alfred Laliberté ne moulaient pas leurs oeuvres qu'en bronze, mais aussi en plâtre.

L'arrivée des statues de plâtre, produites en série par de petites entreprises, a été vue comme annonciatrice du déclin de la sculpture au Québec. «Dans ce temps-là, les églises ouvraient au lieu de fermer, donc les artisans du bois ne fournissaient plus. Les Italiens sont arrivés avec une représentation bien faite, au tiers du prix, plus rapide à faire», raconte Marc Alain Tremblay.

Il a commencé sa collection il y a 12 ans, avec un Saint-Antoine de Padoue de l'atelier T. Carli. «Il avait un visage, un air apaisé, qui m'a touché. Je me suis demandé comment quelqu'un, avec ses pouces, pouvait donner tant d'émotion à un petit bonhomme de plâtre», raconte le collectionneur, qui possède maintenant 1200 statues. Un peu plus de 130 petits formats (pour des raisons évidentes de transport, de poids et d'espace, mais aussi parce que ce sont les plus beaux) sont présentés dans l'exposition de Deschambault.

Le plus vieil objet est une Vierge bleue, conçue vers 1840 par l'artisan Gaetano Baccerini. «Celle-ci était emmurée dans une maison de Patriotes, à Saint-Eustache. Le propriétaire défonce la cheminée centrale et trouve ça. Je l'ai eue en 57 morceaux bien comptés», raconte M. Tremblay, qui procure du travail à plein temps à un restaurateur. Il a aussi toute une équipe de «pickers» qui s'applique à lui dénicher des objets rares.

Différentes stations, insérées dans les fenêtres de la nef, permettent de présenter le travail des ateliers Catelli-Carli (1872-1878), T. Carli (1878-1923), Petrucci & Frères (1910-1923), T. Carli-Petrucci (1923-1965) et Petrucci-Carli (1926-1972) et de certains artistes d'exception. Statues profanes et statues canadiennes-françaises complètent le portrait. «On a une iconographie qui nous est propre, avec Notre-Dame des écoles, ou Notre-Dame des érables», indique M. Tremblay.

Parmi les objets admirables, on peut voir deux versions d'une croix de Saint-Damien faite par Alexandre Carli. «L'une a un fini d'évêque, qui prend deux jours à peindre, et l'autre est une version de curé [avec une simple patine], qui prend trois heures à faire», fait remarquer le collectionneur.

Celui-ci est particulièrement fasciné par un Sacré-Coeur du cultivateur et un Saint-Joseph de l'ouvrier. «C'est plein d'abnégation. L'homme est à genoux, il donne tout ce qu'il a», note-t-il.

En s'alliant l'aide de différents musées, M. Tremblay espère sensibiliser les dirigeants de l'Église à la préservation de son patrimoine de plâtre. «Ils sont dépositaires des statues, mais ce sont nos grands-parents qui les ont achetées. Ils les jettent de peur que des antiquaires se fassent de l'argent sur leur dos», déplore-t-il.

L'exposition se poursuit jusqu'à la fin septembre à l'église de Deschambault. Une activité spéciale, en présence du collectionneur et de Pierre Petrucci, se tiendra jeudi de 13h30 à 15h30.

Sacré-Coeur du cultivateur et Saint-Joseph de l'ouvrier, de... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Sacré-Coeur du cultivateur et Saint-Joseph de l'ouvrier, de l'atelier Petrucci Frères 

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Mémoires d'un statuaire

Comme son père et son grand-père avant lui, Pierre Petrucci a été un statuaire et un homme d'affaires aguerri. À 95 ans, il a encore bien en tête les histoires qui ont marqué sa carrière et sa vie hors du commun.

Le récit du périple de ses aïeux, qui ont quitté l'Italie pour New York, puis Boston, avant de se diriger vers Mont-réal - pour suivre une suggestion faite par Suzor-Côté, rencontré à l'exposition universelle de Paris en 1900 -, a de quoi tenir en haleine. Tout comme la succession de fusions, d'achats et de manoeuvres d'affaires qui ont permis à la famille de se faire un nom. «À la fin des années 50, on a acheté la faillite de Prévost, à Québec», note M. Petrucci. Sa famille a aussi été la première à introduire des modèles profanes en plâtre, reproduisant les oeuvres d'art des musées dans son catalogue.

Même avant de recevoir son diplôme de l'École des beaux-arts de Montréal, Pierre Petrucci suppliait son père de le laisser prendre part aux activités de l'entreprise familiale, qui faisait des statues, bien sûr, mais aussi des masques mortuaires - l'empreinte du visage d'un mort célèbre qui permettait plus tard de lui faire un monument. «J'avais 15 ans quand le frère André est mort et j'ai supplié mon père de m'emmener. J'étais chargé de l'eau, alors j'ai demandé aux soeurs, qui m'en ont donné. Mais le masque ne séchait pas», raconte M. Petrucci. On a presque crié au miracle et l'anomalie a été soulignée dans les journaux de l'époque.

Leur immense statue de bronze du Sacré-Coeur de Montmartre, installée au sommet de la maison provinciale des Frères du Sacré-Coeur à Rosemère, a aussi fait les manchettes. «La plus grande statue de bronze modelée et coulée au Canada», indiquait La Presse le 29 juillet 1958, faisait 22 pieds de haut et pesait 12 000 livres. Elle a dû être démantelée en 1970 parce que son poids menaçait de faire tomber l'édifice.

Si un grand nombre des statues des Petrucci ont été détruites, on peut encore voir, notamment, leur Notre-Dame de Lourdes de 11 pieds, coulée en aluminium, à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus. 

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