L'art actuel prend le large dans le Kamouraska

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Fernande Forest, série Le paysage ancré dans le regard, au quai de Kamouraska

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

Le Soleil a entrepris un mini-road trip sur la route 132 pour aller visiter quelques expositions d'art actuel dans le Kamouraska et prendre le pouls des résidences qui se déroulent le long de la rive sud, loin du bitume urbain, entre le fleuve Saint-Laurent et les champs d'herbes folles. Prochains arrêts : Kamouraska, La Pocatière, Saint-Pacôme et Saint-Jean-Port-Joli.

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Ève Cadieux, série Des Restes II. La série est un inventaire d'objets désuets dont les propriétaires n'arrivent pas à se départir.

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La Marche Assi d'Annabelle Fouquet

7e Rencontre photographique du Kamouraska: des deux côtés de la caméra

Après avoir exploré les thèmes de l'attachement au territoire et des univers fabriqués à partir d'images modifiées, Baptiste Grison s'est intéressé à la part de l'autre dans le travail du photographe pour son troisième commissariat de la Rencontre photographique du Kamouraska. Les approches collaboratives, l'interaction et le partage sont au coeur des pratiques des six artistes sélectionnés cette année.

«Ils ont besoin d'établir une relation de confiance avec leurs sujets en amont de leur travail photographique, indique M. Grison. Certains ont une approche plus anthropologique et se présentent comme photographes, mais non comme artistes, alors que d'autres ont une approche plus concep-tuelle et se voient comme des artistes», ajoute celui qui a lui-même fait de la photographie de presse, de la photographie commerciale et de l'art contemporain.

Les projets présentés sont presque tous inédits. Jacinthe Robillard cible des groupes en apparence homogènes et s'applique à faire ressortir l'unicité des individus qui le composent. Pour son projet L'émergence, présenté au premier étage du Centre d'art de Kamouraska, elle a passé un an dans un collège privé de Montréal, parmi les élèves en uniforme. «Elle se cache derrière un panneau, comme un chasseur à l'affût, ne laissant paraître que l'objectif de son appareil», raconte le commissaire. Les sujets sont invités à suivre les consignes inscrites sur le panneau (penser à un sentiment précis ou résoudre un problème intellectuel, par exemple), ce qui anime leur regard et leur fait oublier la photographe.

L'artiste de Montréal signe aussi le triptyque P.E.'s, à l'extérieur, un antiportrait, ou portrait périphérique, d'un pêcheur qui lui a fait promettre de ne jamais diffuser son image. Le visiteur est ainsi invité à imaginer l'homme, à partir de prises de vue de son terrain.

Ève Cadieux expose Des restes II, la poursuite d'une démarche amorcée il y a une quinzaine d'années. La série est un inventaire d'objets désuets dont les propriétaires n'arrivent pas à se départir. Chaque cliché a comme titre le prénom et l'initiale du nom de famille du propriétaire de ce «reste» affectif, vestige d'une époque révolue.

La photographe de Québec sert de trait d'union entre les portraits de Robillard et ceux de Catherine Tremblay. Cette dernière a photographié des habitants du Kamouraska, a recueilli leurs histoires liées au panorama local, puis a assemblé humains et paysages dans des montages dignes du studio de photographie Sears. «On doute tout de suite. Il y a quelque chose qui cloche dans l'éclairage», souligne M. Grison.

De la pub à l'art

Jérôme Guibord, qui travaille pour diverses agences publicitaires, se lance dans un premier projet plus artistique avec Les Saint-d'en-arrière, d'après une expression locale qui désigne les villages éloignés des berges, «derrière» la route 132. «Il repère un endroit méconnu sur une carte puis prend la route, va rencontrer les gens. C'est un type charmant, qui a beaucoup d'entregent, alors il est bien accueilli et il n'a qu'à se laisser guider», indique le commissaire, qui croit que le mélange de portraits, de bâtiments et de scènes quotidiennes n'est que l'amorce d'un projet qui deviendra bien plus vaste.

Pour réaliser La Marche Assi, la Française Annabelle Fouquet, étudiante en anthropologie à l'Université Laval, s'est intégrée aux femmes innues de Mani Uteman, qui ont marché 900 km jusqu'à Montréal.

Alors qu'elle-même documentait la marche en couleurs, la photographe a remis trois appareils argentiques à de jeunes Innus pour qu'ils collectent, en noir et blanc, des images à leur guise. La juxtaposition des deux types de clichés, ponctuée par des extraits de journal écrits à la main sur les murs, trace un portrait dur et saisissant d'un groupe éprouvé mais résolu.

Une installation signée Fernande Forest a aussi été intégrée au quai de Kamouraska. L'artiste de Rimouski a photographié les yeux des promeneurs et y a superposé des images de la vue sur le fleuve. Chaque photographie a été logée dans la balustrade qui ceinture le quai, vis-à-vis le point de vue correspondant. Le tout, empreint de subtilité et de poésie, s'intègre en douceur au paysage.

Au fil des ans, la Rencontre photographique de Kamouraska a gagné en cohérence et en renommée. La mouture 2014, Faire des mondes, était d'ailleurs en lice pour remporter le prix Meilleure manifestation publique au dernier Gala des arts visuels. L'événement se poursuit jusqu'au 7 septembre.

Info : www.kamouraska.org

Fonderie polaire, de Mathieu Gotti, sur le site... (Photo Vrille art actuel) - image 3.0

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Fonderie polaire, de Mathieu Gotti, sur le site de la Maison touristique régionale du Bas- Saint-Laurent à La Pocatière. 

Photo Vrille art actuel

Installation Micro-bruits d'Ilana Pichin, au parc municipal de... (Photo Vrille Art actuel) - image 3.1

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Installation Micro-bruits d'Ilana Pichin, au parc municipal de Saint-Bruno-de-Kamouraska. 

Photo Vrille Art actuel

Vrille art actuel: réflexions nomades

Alors que Mathieu Gotti a installé une fonderie mobile au bord du fleuve, une maison montée comme un cadavre exquis se dresse dans une salle de Musée à La Pocatière, des oiseaux au plumage de lettrés s'ébattent au-dessus d'un cours d'eau à Saint-Bruno et des toiles animales et tribales sont exposées à Saint-André.

Ces quatre projets éclectiques et nomades ont en commun d'être chapeautés par Vrille art actuel. Le centre d'artiste a laissé derrière lui son ancien nom, La tortue bleue, pour aller à la rencontre du public sur le territoire, dans des lieux qui varient selon les projets.

Installation Y aller et venir de Michèle Lorrain au... (Photo Vrille art actuel) - image 4.0

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Installation Y aller et venir de Michèle Lorrain au Musée François-Pilote

Photo Vrille art actuel

Le cosmos dans sa maison

L'installation Y aller et venir (un bout de phrase empruntée à Marguerite Duras) de Michèle Lorrain s'est construite morceau par morceau, dans différents contextes de création. Une pièce fermée, ornée de points rouges, a été présentée chez Circa, Vaste et vagues et Est-Nord-Est. À l'intérieur, un planétaire. «Il y a plusieurs jeux d'échelle. Ici, c'est comme avoir le cosmos dans sa maison», note Michèle Lorrain.

La pièce centrale, faite de miroirs ronds et de mots en motifs de blocs de construction, a été présentée à Art souterrain, à Montréal. Pour l'exposition au musée François-Pilote, une cour intérieure, faite de murs de styromousse ajourés a été ajoutée. On peut y voir des séquences vidéo montrant un nid préfabriqué, installé en forêt et où une mésange a élu domicile. «Lorsqu'on sait qu'un objet est habité, on ne le voit pas de la même façon», note l'artiste. «Habiter, ce n'est pas que se loger, c'est une façon d'être au monde.»

Plumage sonore

Marquée par tous les sons d'oiseaux qu'elle entendait dans le Kamouraska, Ilana Pichon a décidé de mener diverses explorations sonores avec des groupes de citoyens. Les sons obtenus ont été mis en lettres, puis en forme, jusqu'à devenir un motif que l'artiste a imprimé sur des silhouettes d'oiseaux qu'elle a ensuite suspendues au-dessus d'une rivière, à Saint-Bruno. L'installation s'intitule Micro-bruits.

Vrille mobile

Songeant à la montée des eaux et à la fonte des glaciers, Mathieu Gotti a réalisé que les pingouins, les ours polaires et les autres animaux arctiques se retrouveraient bientôt sans terre ferme où poser leurs pieds. Il leur a donc imaginé des palliatifs ludiques, comme des aides flottantes et une embarcation faite de structures humaines abandonnées.

En fondant des canettes d'aluminium, il a trouvé sa matière première, puis a fait ses objets miniatures avec une ancienne technique, en utilisant des moules de sable humide. «Aujourd'hui, tout est fait en Chine. Je trouvais ça intéressant de créer une fonderie avec des objets récupérés», note l'artiste, qui a élu domicile sur la grève de La Pocatière, le temps d'une résidence dans la Vrille mobile, une roulotte prêtée par le centre d'artistes.

Une antenne de la biennale Orange, qui lie art et production agricole, est présentée pour une première fois dans le Kamouraska. On peut voir Vrai ou fauve, qui rassemble des oeuvres d'Anne Massicotte et de Baudoin Wart, à la Maison culturelle Armand-Vaillancourt. Brutes, animales, voire tribales, les toiles et sculptures colorées incarnent assez bien cette idée d'une faim dévorante, en lien avec la thématique Les viscéraux.  

Info : vrille.ca

Athanasios Kanakis... - image 5.0

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Athanasios Kanakis

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Christian Messier

Est-Nord-Est: labo bucolique

Est-Nord-Est est un laboratoire bucolique, où les artistes bénéficient d'un espace d'exploration et de travail loin de leur quotidien. Quatre artistes visuels y ont des projets en gestation cet été.

Même s'il n'y a pas de thématique qui chapeaute les résidences esti­vales, les questions de perception semblent être au coeur des préoccupations de Sandra Volny, Jihee Min, Christian Messier et Athanasios Kanakis.

Volny, une artiste d'origine française qui vit maintenant à Montréal, s'intéresse à l'idée du «corps sonar» et aux récits qui concernent la conscience auditive. Elle a, par exemple, réalisé un documentaire sur une famille de chanteurs non voyants de Montréal. Elle s'est aussi rendue au Chili, auprès de pêcheurs qui n'utilisent que leur ouïe et leur mémoire auditive pour se déplacer le long de la côte de nuit et par temps brumeux. À Saint-Jean-Port-Joli, elle compte travailler avec les longueurs d'onde des marées, tout en utilisant un instrument de la NASA qui permet d'entendre le son du Soleil.

Jihee Min, établie à North York, en Ontario, commence chacune de ses résidences par un autoportrait, puis suit diverses pistes d'exploration. Le passage d'une volée d'oiseaux lui a inspiré un prototype de mains de papier, qui claquent comme des ailes. L'artiste compte également combiner des références coréennes et québécoises dans un costume jaune, pour une performance en nature dont elle prévoit garder une trace photographique.

Le Québécois Christian Messier travaille sur son projet de doctorat. «J'essaie de trouver comment l'humour peut fonctionner avec les codes de la communication non verbale», résume-t-il. S'intéressant à un large spectre de figures humaines, allant des personnages des mauvais films de peur à ceux d'Ivan le Terrible d'Eisenstein, il compte réaliser différentes esquisses pour «tester» ses théories.

Le Grec Athanasios Kanakis, établi à Berlin, mène quant à lui une exploration spatiale où divers éléments sont mis en relation. «Mon approche n'est pas formelle, je cherche plutôt les métaphores, l'histoire derrière ces objets aux propriétés poétiques», indique-t-il. Lors de notre passage la semaine derrière, il avait déjà fait une maquette, qu'il comptait réaliser à plus grande échelle pour remplir tout l'espace de son atelier.

Il y aura une soirée porte ouverte le jeudi 20 août pour présenter le travail des artistes. 

Info : www.estnordest.org  

L'hiver en été d'Émilie Rondeau... (Photo Pilar Macias) - image 6.0

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L'hiver en été d'Émilie Rondeau

Photo Pilar Macias

Mystère et boule de neige à Saint-Pâcome

Émilie Rondeau a approché la station de plein air de Saint-Pacôme pour investir l'une de leurs pentes de ski et y a tracé un dessin géant avec des plastiques agricoles.

«La station n'a pas ouvert l'an dernier, et j'essayais de voir comment je pouvais attirer une attention positive sur cette situation-là», indique l'artiste.

L'ancien nom du lieu, la côte des Chats, lui a inspiré le minois d'un félin au bas de la pente, et la rivière Ouelle, un saumon. Celui-ci, toutefois, a été dévoré...

Une scène de crime ludique - et logique, lorsque l'on sait que Saint-Pacôme se présente comme la capitale du roman policier. L'oeuvre, nommée L'hiver en été, est bien visible de l'autoroute 20.

L'artiste avait signé La chambre aux merveilles au Musée national des beaux-arts du Québec en 2013.

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