Biennale du lin de Portneuf: tendre des fils invisibles

Collectif M&M (Mathieu Fecteau et Mathieu Gotti), Saint-Léonard... (Photo Denis Baribault)

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Collectif M&M (Mathieu Fecteau et Mathieu Gotti), Saint-Léonard de Portneuf, Cultiver le territoire, 2015 (machine)

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, dit l'adage. Les commissaires de la sixième Biennale internationale du lin de Portneuf ont puisé à cette idée de répétition patiente, en y ajoutant une interrogation sur la valeur de ce temps investi dans la beauté et dans la création de sens, pour forger le thème Métier et mérite (Work and Worth).

Ni Haifeng, Pays-Bas, Para-Production, 2015... (Photo Denis Baribault) - image 1.0

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Ni Haifeng, Pays-Bas, Para-Production, 2015

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Héloïse Audy, Sutton, Où vont les mots perdus,... (Photo Denis Baribault) - image 1.1

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Héloïse Audy, Sutton, Où vont les mots perdus, (rances), 2015

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Les orchestratrices, Lalie Douglas et Barbara Wisnoski, ont toutes deux participé à des éditions précédentes de la Biennale : la première a présenté un paysage de lin brodé en 2007, la seconde une murale textile intitulée Ruisseau et acquise par le Musée de la civilisation en 2013.

Il y a longtemps qu'elles réfléchissent aux idées de filiation, de répétition, de fil du temps, de mailles, de paysages organiques, de rhizomes. Toutes des idées qui semblent converger dans les oeuvres déli-cates, absurdes ou poétiques qu'elles ont rassemblées.

L'exposition Sud, sous-titrée Magie ou métier?, se déploie à Deschambault-Grondines. Au grenier du presbytère, Karilee Fuglem a créé un fleuve suspendu, dansant au milieu de la lumière diffuse. Elle s'est inspirée d'histoires rapaillées, parallèles à la grande histoire, où le fleuve était toujours présent, comme un fil conducteur.

À l'étage, les traces de 100 jours d'expérimentation graphique de Nathalie Lavoie se déclinent en dessins et schémas, accompagnés de la liste des contraintes qu'elle s'est imposées. Les matières premières de ce délicat équilibre de pensée structurée et d'ouverture aux hasards sont les graines et des fleurs de lin.

Valérie Bédard a quant à elle tissé des microportraits en jacquard de ses amis créateurs, baptisés Les refondateurs. «Une vision optimiste du retour des jeunes en région», note Barbara Wisnoski. Les cadres en métal rappellent la forme des maisons, des granges et des églises des alentours.

La Société des archives affec-tives du Québec révèle la poésie des artefacts avec Survivance (semence et poussière). Une photo mystérieuse non identifiée, une citation sur la dernière gerbe de lin et des flopées de plants séchés constituent «des références qui, mises ensemble, deviennent des histoires à lire», indique Mme Douglas. Au rez-de-chaussée, l'Ontarien Kai Chan a suspendu des milliers de fils de lin blanc et de coton bleu pour écrire «je t'aime» au plafond. L'installation est à la fois monumentale et diaphane, brouillant les sens.

L'église est elle aussi habitée par des oeuvres à la fois sensibles et audacieuses. Mariane Tremblay y présente le vidéo d'une performance où un masque de fils lui laisse des traces sur la peau. Pour son installation Champ de bataille, elle invite les visiteurs à racler les tissus tendus pour révéler différentes strates de couleurs. L'Argentine Ivana Brenner a quant à elle multiplié les masses de pâte à l'huile de lin, que son père utilisait pour calfeutrer les bateaux, sur toute la hauteur de la cage d'escalier. En y ajoutant des insertions de céramique dorée, elle pose la question des matériaux pauvres et précieux, tout en citant les dorures de l'église elle-même. Dans l'un des transepts, l'Américain John Paul Morabito a tissé pendant sept jours une couverture arc-en-ciel dont les couleurs dépendaient de ce que filaient les visiteurs sur des bobines. «De loin, il ressemblait un peu à un organiste», note Mme Wisnoski.

Carole Baillargeon, Deschambault, Victimes de coupures (détail), 2015... (Photo Denis Baribault) - image 2.0

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Carole Baillargeon, Deschambault, Victimes de coupures (détail), 2015

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Société des archives affectives (Véronique Laperrière M. et... (Photo Denis Baribault) - image 2.1

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Société des archives affectives (Véronique Laperrière M. et Fiona Annis), Montréal, Survivance (semence et poussière), 2015 (détail)

Photo Denis Baribault

Au moulin

Au Moulin de La Chevrotière, une collection d'anciens outils étouffés par des pelotes de fils, comme de petites poupées vaudou, s'intitule Victimes de coupure et est signée par Carole Baillargeon. Meghan Price a créé une pile de linge parfaite, aux motifs noirs et blanc qui correspondent à différentes couches dans le sol, liant ainsi le temps des tâches domestiques et le temps géologique. En face, une courtepointe faite de motifs pixelisés et signée Mitch Mitchell semble lui répondre.

Susana Mejia, de la Colombie, a produit des teintures naturelles à partir de plantes amazoniennes, créant une palette de couleurs surprenantes sur papier, et complètement éclatées sur des fils qui pendent comme des cheveux fous. Fiona Kinsella fait des sculptures blanches à partir de peinture à l'huile de lin, exposées sur des socles comme des masses dansantes et étrangement attirantes, qui prendront des années à sécher. 

Au Nord

L'exposition Nord, Faire valoir, se tient à Saint-Raymond. Une partie du déambulatoire de l'église est occupée par Para-production, un volcan de retailles de tissus venant entre autres de la Caserne du lin, récemment fermée, rassemblées en une immense tapisserie par des bénévoles. L'oeuvre polymorphe signée Ni Haifeng vient d'être acquise par un musée de Hong Kong. 

Le visiteur attentif retrouvera les traces de différentes performances réalisées lors du vernissage. Comme l'activation de la délirante machine Cultiver le territoire du collectif M et M, dans une vidéo présentée dans la chapelle Thiboutot, ou le décor de la vidéo performance Screening, du Belge Wannes Goetschalkx, qui construit sa surface de projection, superposant les murs écrans, les actions et les réalités au sous-sol du Moulin.

Trois mots presque oubliés, liés à des métiers ancestraux, ont aussi été cachés dans le paysage par Héloïse Audy. L'artiste s'est entretenue avec un charbonnier, un ancien draveur et une fileuse de lin pour créer «ces petits monuments» presque invisibles.

Les 23 artistes rassemblés ont en commun de flirter avec l'invisible, ou de donner corps aux idées les plus folles, aux bribes d'archives les plus ténues, au travail le plus fin et le plus friable. Le tout est à visiter lentement, sans contrainte d'horaire, pour savourer pleinement ces oeuvres actuelles, qui font le pont entre mémoire et avenir.

La Biennale se poursuit jusqu'au 27 septembre. Info : biennaledulin.com

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