Andrea Mortson: les ouvriers du drame

Les toiles d'Andrea Mortson sont enveloppées d'une lumière... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Les toiles d'Andrea Mortson sont enveloppées d'une lumière lunaire, bleutée et surréelle.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Devant une scène de film où le vent se déchaîne grâce aux efforts d'un machiniste qui s'agite hors champ, Andrea Mortson s'émerveille de deviner un ouvrier du drame. La peintre s'applique justement à nous faire deviner ce qu'il y a en périphérie de ses mises en scène étranges et colorées, exposées ces jours-ci à la Galerie 3.

Design Secrets of a Tele-Present Entity... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.0

Agrandir

Design Secrets of a Tele-Present Entity

Le Soleil, Erick Labbé

1123 in the Shade... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.1

Agrandir

1123 in the Shade

Le Soleil, Erick Labbé

Souvenirs enfouis, futur rêvé, passé transformé et présent sublimé nourrissent les toiles d'Andrea Mortson. Sous son pinceau, les projections qu'elle faisait, adolescente, à propos de l'avenir, deviennent des embryons multicolores logés dans un bosquet devant une maison unifamiliale. «J'ai deux garçons qui sont des adolescents maintenant, alors ce qu'ils vivent et mes souvenirs de ma propre adolescence se mélangent», indique-t-elle. La toile en question, Section Eater, est placée tout au fond de la galerie, si bien qu'elle semble avoir engendré toutes les autres sur les murs perpendiculaires.

Les personnages y deviennent plus développés, installés dans des compositions qui s'appuient sur les mêmes échelles de plan qu'au cinéma; comme un plan poitrine avec regard direct à la caméra ou un plan d'ensemble aux pourtours sombres, qui enveloppe une scène de jeu en forêt d'une aura inquiétante.

L'artiste fait partie de la petite communauté de Sackville, au Nouveau-Brunswick, à une trentaine de minutes de route de Moncton. «Il y a beaucoup d'artistes, des peintres, des musiciens», note-t-elle. «À ma manière, je veux en quelque sorte documenter ce milieu.»

Dans Night Ramp, elle a représenté sa cour arrière, où la famille a installé une rampe de planche à roulettes au milieu des arbres. «Le soir, éclairé par des projecteurs, ça donne l'impression qu'il s'agit d'une scène, où l'activité et le jeu sont en vedette», indique Mortson.

Sans être glauques, ses toiles sont enveloppées d'une lumière lunaire, bleutée et surréelle. «Nocturama [le titre de l'exposition] porte cette idée de la lumière artificielle, de l'activité nocturne», souligne-t-elle. Il y a aussi cette idée de la reproduction fidèle, mais factice, d'une modélisation du réel, comme dans les dioramas des musées d'histoire naturelle. 

Personnages inventés

Sa communauté, ses amis et ses personnages inventés y sont mis en scène dans un univers où nature et formes abstraites se superposent. «Chaque peinture se développe de manière très organique. J'aime vraiment cette tension entre l'idée initiale, parfois quelques mots ou une simple esquisse, et ce qui émerge après», explique Mortson.

L'artiste a délaissé l'autoportrait pour utiliser des modèles. Une amie, la batteuse du groupe punk Kappa Chow, apparaît dans plusieurs compositions, dont The Drummer Was Late, inspirée d'un party d'Halloween. La musicienne y apparaît en arrière-fond, vêtue d'une combinaison blanche comme celles utilisées sur les sites contaminés, et irradie comme un fantôme, tandis qu'en avant-plan, Graeme Patterson, un autre artiste représenté par la Galerie 3, y apparaît déguisé en Alice Cooper.

Dans 1123 in the Shade, l'amie au visage lisse comme un masque porte une montre de poche, arrêtée à 11h23, en guise de pendentif. «C'est une toile à propos du temps, d'un sentiment de nostalgie», note Mortson, qui nous invite là encore à deviner ce qui se cache dans l'ombre du tableau.

L'artiste évoque Le Casanova de Federico Fellini et The Neon Bible de Terence Davies, d'après John Kennedy Toole, avec les yeux brillants. Plus que leur esthétique, elle aime leurs imperfections techniques, les moments qui en révèlent la mécanique. «On sait qu'il y a un manipulateur derrière, comme l'artiste derrière la toile», explique-t-elle.

Colour Matching for the Future, par exemple, montre une demoiselle gracile, presque une fée, tout près d'un arc-en-ciel. «Un symbole très commun, mais qui est tout de même un des symboles récurrents utilisés dans la peinture canadienne à une certaine époque», souligne l'artiste, qui récupère cet archétype pour évoquer un avenir où les règles chromatiques ne tiendraient plus, où l'ordre du réel serait tout autre.

Andrea Mortson a fait partie des expositions Le projet peinture : un instantané de la peinture au Canada à la Galerie de l'UQAM et Oh, Canada au Massachusetts Museum of Contemporary Art. Quatre oeuvres de sa plus récente exposition, Signs &Symbols, ont été acquises par des musées.

Nocturama, d'Andrea Mortson, se poursuit jusqu'au 21 juin à la Galerie 3, au 247, rue Saint-Vallier Est.

Info : 581 700-0130

François Chevalier propose des bataillons de fourmis décimées... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

Agrandir

François Chevalier propose des bataillons de fourmis décimées et éparpillées.

Le Soleil, Pascal Ratthé

François Chevalier: galaxies de fourmis

En parcourant des yeux les photographies et les dessins de François Chevalier exposés chez Lacerte, les paroles de la chanson Les fourmis de Jean Leloup nous reviennent en tête. Des milliers d'envahisseurs flottent maintenant au paradis et Chevalier a su transformer les images du charnier en constellations.

L'artiste de Québec revient aux insectes après un intermède consacré au Grand méchant loup, où ses dessins frénétiques devenaient vidéo rythmée et amalgame de colle, d'encre, de fusain et de peinture à l'huile.

Au gré des manipulations de l'artiste, la colonie s'est désagrégée, les corps se sont morcelés, d'où le titre de l'exposition, Poussière de fourmis. Aux demoiselles ailées parfaitement centrées de ses expositions précédentes, Chevalier oppose des bataillons de fourmis décimées et éparpillées.

«Elles sont à l'endroit et à l'envers, on ne sait plus si c'est dans l'eau ou dans le ciel, dans l'infiniment grand ou l'infiniment petit. Il y en a partout sur la Terre, même en Arctique», note-t-il. Des photographies faites en macro - dont certaines en couleurs, qui laissent voir des tons de bruns et d'ocre - ont découlé des images, brûlées et gravées, faites à partir de détails agrandis. À la blague, Chevalier appelle ses fusains «ses grottes de Lascaux», alors que ses dessins-minute tracés à l'encre, alignés en rangées, créent une installation bédéesque. 

Au gré des reproductions et des zooms, une certaine correspondance se crée entre les fourmis-constellations et la condition humaine. Si on peut se sentir à certains moments bousculés, noyés et entraînés par des forces plus grandes que soi, il y a aussi des segments plus légers, où on a l'impression de danser en apesanteur. Et ces ballets sont étrangement émouvants.

L'exposition se poursuit jusqu'au 21 juin au 1, côte Dinan. Info : 418 692-1566

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer