BGL en format géant à la Biennale de Venise

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Le trio BGL: Sébastien Giguère, Jasmin Bilodeau et Nicolas Laverdière

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(Québec) Ils l'appellent «la crevette». Vu d'en haut, le pavillon du Canada à la Biennale de Venise semble s'enrouler sur lui-même, ce qui a inspiré à BGL une installation aux allures de labyrinthe psychique et de tirelire géante. L'oeuvre est multiple et délirante, à l'image du trio : on entre d'abord dans ce qui ressemble à s'y méprendre à un dépanneur du quartier Saint-Roch, puis on traverse un loft en chantier et un atelier débordant de cannes de peinture, pour aboutir sur une terrasse que les artistes ont greffée au pavillon. Jasmin Bilodeau (B) et Sébastien Giguère (G) nous ont offert une visite guidée virtuelle avant l'heure, un après-midi d'hiver, pendant que Nicolas Laverdière (L) supervisait l'installation d'un projet d'art public à Montréal-Nord. Prêts? Allons-y!

Les visiteurs qui voudront entrer dans le pavillon... (Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto) - image 2.0

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Les visiteurs qui voudront entrer dans le pavillon du Canada se buteront à la façade reconstituée d'un dépanneur. 

Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto

Leurre au dépanneur

Lorsque les visiteurs voudront entrer dans le pavillon du Canada, ils se buteront à la façade reconstituée d'un dépanneur. Ce commerce de proximité typiquement québécois (a dû préciser la commissaire Marie Fraser dans le catalogue à l'intention du public international) importé à Venise a été reconstitué à partir d'étagères, de mobilier et d'affiches rassemblés dans plusieurs dépanneurs de Québec qui mettaient la clé sous la porte. «Il y en avait tellement autour de nous que c'est peut-être ça qui nous a donné l'idée», indique Jasmin B.

Jouant comme souvent avec l'idée du leurre et du quotidien, BGL ajoute une certaine distorsion du réel grâce à des jeux visuels tout en subtilité. «Plus on s'avance, plus les étiquettes deviennent floues et déformées. On appelle ça "l'effet soûl"», souligne B. Derrière le comptoir de la caisse enregistreuse, un rideau de bambou mène au loft en rénovation de l'hypothétique propriétaire. Le personnage indéfini, qui a guidé la création, est à la fois commerçant, rénovateur, artiste et inventeur (ou bricoleur, à tout le moins)... un peu à l'image de «BGL», l'entité et l'acronyme des trois créateurs. 

Le visiteur se faufilera dans un grand loft... (© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto) - image 3.0

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Le visiteur se faufilera dans un grand loft presque vide, en rénovation. Une étagère (style IKEA, faite de multiples cases cubiques) contiendra quelques objets en terracotta. 

© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto

Histoires de loft

Passé les étalages d'étiquettes criardes, les piles de produits de consommation et la légère twilight zone, le visiteur se faufilera dans un grand loft presque vide, en rénovation. Une étagère (style IKEA, faite de multiples cases cubiques) contiendra quelques objets en terracotta. «On prend des objets du quotidien et on les trempe dans la peinture couleur de terre glaise. Ça donne l'effet d'être en contact avec un objet qui vient d'être produit», explique Sébastien G. Il y aura un mélange hétéroclite de statues de divinités, comme Shiva et Ganesh, et d'éléments de la nature, comme des animaux et des champignons géants. «Certaines deviendront des lampes ou des horloges», ajoute B.

La source de ce délire artistique est la découverte d'une statue de Ganesh par le trio, lors d'une baignade dans le lac Ontario. «Les Hindous ne jettent pas les sculptures de leurs dieux, ils les redonnent à la nature», explique B. Ganesh trône depuis ce temps dans leur atelier du quartier Saint-Sauveur. «Il nous a porté chance. On a gagné deux gros concours et on a été choisi pour Venise depuis qu'on l'a», raconte G. À défaut d'avoir véritablement la foi, le trio s'amuse des hasards rocambolesques qui jalonnent son parcours. 

Avant de poursuivre la visite guidée de Canadassimo, penchons-nous sur le titre : «C'est un mélange de références italiennes et canadiennes», indique Sébastien G. Le CanadAssimo (plutôt que CanadIssimo) a une consonance un peu cheap, un brin factice, comme la promesse d'une saveur typiquement italienne sur un repas surgelé, une idée qui sied bien au projet remettant en question consommation, économie, étiquettes et apparences.

BGL a fait construire une rallonge au petit... (© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto) - image 6.0

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BGL a fait construire une rallonge au petit pavillon du Canada, augmentant sa superficie du tiers environ.

© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto

Montagnes russes en terrasse

Pour sortir du loft, le visiteur aura le choix d'emprunter une porte dérobée dans la bibliothèque ou un escalier qui mène à une terrasse. Pour aménager celle-ci, BGL a fait construire une rallonge au petit pavillon du Canada, augmentant sa superficie du tiers environ.

«On invite les gens à mettre des pièces de monnaie dans un dédale un peu bricolé. La pièce dévale, roule, tourne et tombe dans un petit terracotta, puis remonte dans un petit convoyeur, et redescend en tintant dans les panneaux apposés sur les vitres», explique B.

Les pièces de métal parcourent ainsi chacune des parties de l'installation en produisant des sons, qui seront multipliés par le nombre de pièces qui seront en circulation en même temps. Les panneaux ont été faits à La Chambre blanche, un centre d'artistes de Québec.

«C'est très beau, assure B. Il y a quelque chose du temps qui passe, un peu comme un sablier. C'est assez intrigant.» 

Le dédale fait en colombages d'aluminium traverse la terrasse, comme une montagne russe, une nouvelle référence à l'univers des parcs d'attractions pour le trio. «Ça parle du jeu. L'invention de l'argent est quand même une invention humaine pour jouer à faire plus d'argent et construire notre civilisation. Le pavillon devient une grosse tirelire», souligne B. «C'est un peu comme un mini système économique», ajoute G.

L'atelier déborde de cannes (de conserve, et non... (© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto) - image 7.0

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L'atelier déborde de cannes (de conserve, et non de pots) de peinture de toutes les couleurs dégoulinant joyeusement dans un capharnaüm créatif.

© Ivan Binet, avec l'aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry, Montréal, et de la Diaz Contemporary, Toronto

L'atelier qui déborde

La porte dérobée de la bibliothèque mène à l'atelier du personnage fictif, antre débordant de cannes (de conserve, et non de pots) de peinture de toutes les couleurs dégoulinant joyeusement dans un capharnaüm créatif. L'oeuvre vendue par le Musée des beaux-arts du Canada qui sert à financer la participation du pays à la Biennale de Venise est comme une fenêtre sur cet atelier.

Espace intime, un peu caché, cet antre de l'art a un côté improbable et excessif. «Il [le personnage fictif] a une passion un peu maladive pour le dégoulinage», note G, ajoutant qu'il y a une certaine similitude avec l'atelier de BGL. Une visite à leur petit atelier du quartier Saint-Sauveur nous a confirmé que l'analogie est valable... Le lieu, bien que chaleureux, poêle à bois en prime, est passablement encombré, et les créateurs doivent louer d'autres espaces lorsqu'ils assemblent leurs volumineuses installations.

La Biennale de Venise en bref

Tous les deux ans depuis 125 ans, la Biennale di Venezia organise une exposition internationale d'art contemporain grandiose. Dans les Giardini (de grands jardins), près de 70 pavillons nationaux sont occupés par des artistes, qui deviennent en quelque sorte des ambassadeurs de leur pays. Ceux qui n'ont pas de pavillon occupent d'autres lieux, comme l'Arsenale (un chantier naval entouré de 3 km de murales), les palais, les églises et les galeries d'art vénitiennes. Une multitude de prix, les Lions d'or, y sont décernés. On compte une cinquantaine d'événements collatéraux officiels et un certain nombre de manifestations off. Le nombre de visiteurs frôle le demi-million. La 56e Biennale se tiendra du 9 mai au 22 novembre 2015, sous la direction artistique d'Ozwui Enwezor. Le trio de Québec BGL a été choisi pour y représenter le Canada et signe l'installation Canadassimo, un parcours qui métamorphose complètement le petit édifice inauguré en 1958, qui semble bien humble entre les majestueux pavillons britanniques et allemands.

Nombre record de Québécois

Outre BGL, émissaire artistique officiel du Canada à la Biennale de Venise, plusieurs Québécois présenteront leurs oeuvres ou documenteront les démarches de leurs confrères dans la cité des eaux. Ils seront, en fait, en nombre record cette année. La Galerie de l'UQAM envoie Jean-Pierre Aubé, qui captera les ondes électroacoustiques du lieu pour ensuite en faire des projections qui animeront les façades des immeubles. Frédéric Lavoie archivera le tout en vidéo. Simon Bilodeau et Guillaume Lachapelle (Art Mûr) feront partie d'une exposition collective au Palazzo Bembo. BGL aura sa garde rapprochée, puisque Alexandre Berthier et Mélanie Bédard (qui réaliseront un documentaire sur leur aventure vénitienne) ainsi que la commissaire Marie Fraser sont du voyage. Comme tout ce beau monde, la revue esse arts + opinions a elle aussi reçu une aide du Conseil des arts et des lettres du Québec. Son soutien totalise 138 700 $, soit quatre fois plus qu'il y a deux ans.

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