André-Philippe Côté: la caricature buissonnière

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André-Philippe Côté a commencé à peindre les hommes oiseaux, un style de peinture plus figuratif, plus près du dessin. Mais c'est avec les salles d'attente qu'il a développé une technique où le trait de crayon est presque absent.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) André-Philippe Côté, le caricaturiste du Soleil, a un trait de crayon inimitable. Mais ce qu'on sait moins, c'est que depuis une quinzaine d'années, il fait la caricature buissonnière et troque, dans l'intimité de son atelier, le crayon pour le pinceau. Enfin prêt à s'exposer publiquement, André-Philippe Côté, le peintre, sort de sa cachette en grand, avec la publication de L'autre Côté, une monographie aux Éditions Alto, et deux expositions parallèles.

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André-Philippe Côté a développé un style fascinant, à des lieux du trait de caricature qu'on lui connaît, mais souvent, encore, avec une petite pointe d'humour.

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C'est aussi en se donnant certaines contraintes, de thèmes, de formats et de couleurs, qu'André-Philippe Côté a finalement pu laisser émerger sa créativité.

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«Je souffre un peu du syndrome de l'imposteur», avoue le caricaturiste, qui fait la joie des lecteurs du Soleil depuis 1997. Quand on feuillette la monographie qui paraît mardi, on le rassure : André-Philippe Côté a développé un style fascinant, à des lieux du trait de caricature qu'on lui connaît, mais souvent, encore, avec une petite pointe d'humour. «Ça fait partie de ma façon de voir le monde. Au début, pour moi, la peinture était quelque chose de grave et de sérieux, mais tranquillement j'ai laissé tomber cette barrière-là, je me suis mis à faire de la peinture comme je suis, et comme je travaille en caricature depuis des années, c'est ce que je suis», constate l'artiste.

André-Philippe Côté confie que la peinture a toujours été sa passion première. «Quand j'étais jeune, je voulais vraiment devenir peintre, c'était le seul métier que je connaissais des arts», raconte-t-il. Après une découverte fulgurante de l'art moderne au secondaire, grâce à un enseignant, il tente sa chance en arts plastiques au Cégep de Sainte-Foy. En vain. «Ça a été très dur. À l'époque, la mode était au géométrique et au rigoureux, et moi, j'étais un dessinateur. Je ne me reconnaissais pas dans ce qu'ils enseignaient, et eux ils rejetaient le type d'oeuvres que j'appréciais. Finalement, j'ai laissé tomber, je me suis retrouvé seul avec ma pratique. Le hasard a fait que j'avais des amis qui faisaient de la bande dessinée, et ça m'a orienté tranquillement vers le domaine», poursuit-il. 

Visiblement, cette orientation vers le dessin lui a profité, au fil d'une riche carrière. Or, la peinture a toujours été là, en filigrane, au fil des voyages et des lectures sur l'histoire de l'art, qui continuaient de la passionner. Il y a une quinzaine d'années, quand les enfants se sont faits plus vieux et les temps, plus libres, le dessinateur a décidé de renouer avec ses anciennes amours. 

«Lenteur» à apprivoiser

Le passage du crayon au pinceau n'a toutefois pas été un long fleuve tranquille. «Ça a été très difficile», opine-t-il. «Quand on travaille en caricature, on a un sujet déterminé par l'actualité, un format et une durée de temps déterminés aussi. On travaille dans un système de contrainte serré, et j'aime ça. C'est comme un sport extrême. Quand tu arrives en peinture, tu peux faire ce que tu veux, mais c'est dur de trouver ce que tu veux», lance-t-il, sourire en coin. 

Il lui a fallu apprivoiser une certaine «lenteur» qui vient avec l'acte de peindre. C'est aussi en se donnant certaines contraintes, de thèmes, de formats et de couleurs, qu'il a finalement pu laisser émerger sa créativité. «Pour moi, la création ne peut pas se faire sans contrainte. Quand j'étais jeune, on opposait contrainte et création. [...] Pour moi, au contraire, les contraintes évitent de se poser des questions d'ordre matériel pour permettre de vraiment plonger dans les questions plus essentielles, sur ce qu'on veut dire. C'est là, le moment de création pure», expose-t-il.

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Attente bleue

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«L'homme oiseau, c'est un peu ça : la... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.1

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«L'homme oiseau, c'est un peu ça : la tête d'oiseau, c'est notre esprit qui peut voler, mais qui est limité par sa condition humaine», propose André-Philippe Côté.

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Des hommes oiseaux, des baigneurs... et des salles d'attente

L'univers pictural d'André-Philippe Côté est présenté, dans sa monographie, sous quatre grandes sections thématiques : Des oiseaux et des hommes, Des gens, Des attentes et Des baigneurs. D'un bout à l'autre du spectre, on retrace aussi l'évolution de son travail de peintre. «J'ai commencé par les hommes oiseaux. On voit que c'est une peinture plus figurative, plus près du dessin. Et les peintures des salles d'attente, c'est peint presque sans dessin, c'est plus près de ce que je veux vraiment faire», analyse-t-il. 

Ces étranges hommes à têtes d'oiseau, arborant souvent des mains disproportionnées, sont un peu pour André-Philippe Côté une métaphore de la condition humaine. «On a le cerveau pour imaginer plein de choses, comme voyager dans l'espace, mais en même temps on est complètement déterminés par un espace de vie très court. On est construits de deux oppositions très dures à concilier. Une capacité à voyager dans l'univers du rêve, et devoir quand même se lever tous les matins pour aller déjeuner. L'homme oiseau, c'est un peu ça : la tête d'oiseau, c'est notre esprit qui peut voler, mais qui est limité par sa condition humaine», propose-t-il. 

Sa série la plus récente, sur les salles d'attente, propose un travail encore plus intuitif, où les corps des personnages sont sublimés par leur état, leur maladie. Une série plus lourde, inspirée par ces endroits où tous sont réunis par des conditions tristes, mais incapables de communiquer. «Je voulais essayer de peindre chaque personnage de façon différente, pour illustrer le fait que même s'ils sont réunis, ils sont complètement isolés dans leur douleur, dans leur souffrance, dans leur situation terrestre. Je voulais rendre visibles les choses qu'on pressent en regardant les autres», raconte André-Philippe Côté. 

S'il ne peut parler d'influences particulières d'artistes, «parce que j'en aime beaucoup trop», il avoue s'identifier à la méthode de travail de Picasso, «un personnage qui n'hésitait pas à changer sa façon de peindre d'une façon radicale». Il affectionne aussi beaucoup les expressionnistes allemands. «J'aime les peintures qui parlent de l'humain, qui renvoient une image de la condition humaine», conclut-il.

=> Vous voulez y aller?

  • Quoi : exposition des tableaux d'André-Philippe Côté
  • Où et quand : dans le hall du Salon du livre de Québec, du 8 au 12 avril, et au 185, rue Saint-Paul, jusqu'au 19 avril
  • Info : ap-cote.com

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