Forêt noire: la beauté sous les cendres

L'incendie a réduit 600 km de la forêt... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

L'incendie a réduit 600 km de la forêt d'épinettes noires en cendres et le village de Baie-Johan-Beetz a bien failli y passer. L'oeuvre de Chantal Harvey reflètent bien la désolation sur tout le territoire brûlé, gris et métallique, qui paraissait dessiné au crayon plomb.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Devant le triptyque Forêt noire de Chantal Harvey, l'archive émouvante d'un incendie de forêt qui a failli avaler le village de Baie-Johan-Beetz en juillet 2013, on se sent émerveillé et ému. L'oeuvre, d'une profonde beauté, contient à la fois le monstre et le miracle qui ont marqué la petite communauté nordique.

Chantal Harvey a habité à Montréal et à Québec quelques années à la fois, mais l'appel du Nord, d'où elle est originaire, a toujours été plus fort que tout. Pour une résidence à Sept-Îles avec Panache art actuel, sur le thème du Nord magnétique, elle pensait rendre hommage à la mer immense et brillante, qui lui manque lorsqu'elle est loin. Puis il y a eu l'incendie, qui a réduit 600 km de la forêt d'épinettes noires en cendres.

«Le feu brûlait depuis une semaine et était presque rendu aux portes du village, raconte l'artiste. On a perdu l'électricité et on a été évacués en pleine nuit.» À cette époque, le conjoint de Chantal Harvey était maire. Elle l'a vu multiplier les appels et les rencontres pour convaincre les gouvernements d'agir et d'envoyer la SOPFEU éteindre le feu... sans succès.

«Ça faisait une semaine qu'on appelait pour dire qu'il y avait un feu dans le Nord, que le Nord était en train de brûler et que personne ne faisait rien. Le soir, avant l'évacuation, un petit avion était venu survoler le village et on était sûrs qu'ils viendraient éteindre. L'avion a fait un tour et est reparti, la nuit est tombée et on s'est senti abandonnés. Un village de 90 personnes devant un monstre», se souvient Mme Harvey.

Souffle de l'incendie

L'artiste se souvient encore du souffle de l'incendie, bien perceptible, alors qu'elle quittait le village, avec bien peu d'espoir de revoir sa maison. «Cette nuit-là, on était sûr que le village brûlait.»

Le lendemain, la nouvelle que le village était intact a sonné comme un miracle. Inexplicablement, même si les aiguilles calcinées jonchaient le sol, tels des tisons éteints, aucune maison n'avait subi le moindre dommage.

La résidence à Sept-Îles, quelques semaines après le drame, a été une occasion de faire une catharsis, de transformer le traumatisme en quelque chose de beau, en trace indélébile. L'artiste graveuse a cherché les papiers les plus fins, avec en tête l'image des grandes épinettes noires consumées comme des allumettes, «la forêt qui brûlait comme du papier, justement», indique-t-elle.

Comme manière de représenter ce qu'elle et ses concitoyens avaient vécu, le triptyque s'est imposé : le feu dévorant, la terre jonchée de cendres et un arbre au milieu du désastre étaient des images fortes.

Retour à la vie

La première fois qu'elle a pu entrer dans la forêt calcinée, plusieurs jours après l'évacuation, elle a pris une photographie de la forêt en cendres et d'un arbre seul sur le sentier, debout, comme le symbole de l'infinie solitude du village devant l'incendie. Ce territoire brûlé, gris et métallique, paraissait dessiné au crayon plomb, note Mme Harvey. «On voyait tout le relief du sol, la roche. C'était rythmé, graphique, comme des images d'ondes sonores.»

Au milieu de tout ce noir et ce gris, des pousses vertes, couvées par les cendres chaudes, étaient toutefois déjà visibles. La forêt renaît lentement de ses cendres, la vie reprend ses droits.

Les habitants du village, eux, ont mille histoires à raconter, qui ont été recueillies par l'auteure Anne-Marie Tanguay  et rassemblées dans le livre On n'y a vu que du feu! et des cendres.

On peut voir Forêt noire de Chantal Harvey chez Engramme, au 510, côte d'Abraham, Québec, jusqu'au 15 février.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer