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L'exposition de Julien Lebargy à la galerie L'Art'chipel... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'exposition de Julien Lebargy à la galerie L'Art'chipel charme par son apparence inoffensive, mais en regardant attentivement les titres et la disposition des éléments, un second discours apparaît.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Deux expositions solos étonnantes sont en cours dans le Vieux-Lévis. Malgré des approches très différentes, toutes deux jouent sur les notions de simulacre et de perception, de conditionnements et de conventions, en laissant un certain espace à la poésie et au ravissement.

Tout en haut du cap, à la galerie L'Art'chipel, Julien Lebargy a investi l'espace avec des bottes de pluie jaune soleil, des dessins d'enfants et des jouets plus grands que nature. Le tout nous charme par son apparence inoffensive, mais, en regardant attentivement les titres, qui filent des références à Prévert et à quelques batailles célèbres, et la disposition des éléments, un second discours apparaît.

Le canon du tank, par exemple, pointe à l'endroit exact où aurait dû se trouver un enfant, dont il ne reste plus que les bottes vides, ramenées au rang de bibelot de céramique, que l'on peut aligner joliment sur une étagère au même titre que n'importe quel accessoire décoratif...

L'enfance, dont on trouve les symboles flottants sur des tableaux ronds et brumeux, comme s'ils émergeaient d'un rêve, semble s'être évanouie, écrasée par la marche de l'histoire. Tricycle, avion de chasse et camionnette se livrent à une étrange opération autour d'un enfant de bois qui regarde fixement une balle entre ses mains.

Nous ne sommes pas étonnés d'apprendre qu'avant de s'initier à la lutherie, Julien Lebargy a obtenu une maîtrise en civilisation, littérature et linguistique. Plutôt que de poursuivre son travail intellectuel, celui-ci a décidé de tout quitter pour apprendre à travailler de ses mains.

«Je viens d'une banlieue de Paris où ce n'est pas nécessairement très rose tous les jours. À Québec, j'ai découvert une ville sécuritaire et confortable où je n'avais plus besoin d'avoir peur, où je pouvais juste vivre et faire ce que j'aime», raconte le jeune artiste.

Sa sculpture est en taille directe, «à la Jean-Robert Drouillard», son tank est un assemblage «presque textile» de feuilles d'acier... Lebargy accumule les techniques, comme il accumule les références. Le titre de l'exposition, The Age of Innocence, est emprunté au roman du même nom d'Edith Wharton paru en 1920. The Age of Wisdom et The Age of Foolishness, qu'on trouve aussi parmi les titres des oeuvres, sont deux formules tirées de l'introduction de The Tale of Two Cities de Charles Dickens, nous laisse entrevoir un monde de tous les possibles remplis de contractions.

Il espérait que les objets peints aient un peu le même effet sur le visiteur que la madeleine qui ramène le protagoniste de Du côté de chez Swann, de Proust, dans son passé. La littérature, tout comme l'histoire, a un pouvoir d'évocation bien utile en art.

Pendant qu'il faisait ses dessins, tracés en couleurs sur des plans d'architecte, il a réinventé le monde comme un enfant. Lorsque sa narration s'arrêtait, le dessin était terminé. Il laissait reposer quelques jours, puis tentait d'y associer un fait historique. «J'ai gardé les cinq dessins où les comparaisons étaient les plus fulgurantes», indique-t-il.

Le résultat est riche et plein de finesse. L'espace zen, occupé en partie par un comptoir et quelques tables, invite à la flânerie. Le lieu et l'artiste, qui présente ici son premier solo, sont définitivement à découvrir.

The Age of Innocence de Julien Lebargy, jusqu'au 22 novembre au 7, rue Saint-Louis, Lévis. Info: artchipelgalerie.com

***

Dans l'exigu local de concierge imaginé par Mathieu... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Dans l'exigu local de concierge imaginé par Mathieu Cardin, des images semi-érotiques et des outils s'empilent autour d'un robinet qui coule. «Mon intention était de créer un espace personnel, peut-être difficile à franchir pour le spectateur», explique l'artiste.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

L'envers du décor

Pendant ce temps, près de la traverse, à REGART, Mathieu Cardin se joue du vrai et du faux, et s'applique à construire d'heureux simulacres qui questionnent nos conditionnements en tant que spectateurs et regardeurs.

Il y a longtemps que l'artiste de Montréal s'intéresse aux fluctuations du tangible. Après les projets Reality sucks et Le simulacre est vrai, il propose ici Le simulacre est encore vrai (une phrase tirée de l'introduction de Simulacres et simulation, de Jean Boudriard, qui commence justement son livre en citant un faux extrait de la Bible). Vous aurez compris que nous entrons dans un mode de pensée labyrinthique, non linéaire, qui invite aux détours et aux volte-face.

L'installation de Cardin nous propose justement un parcours rempli d'impasses. Après l'antichambre sertie de tableaux austères et de gazon de plastique, nous entrons dans ce qui ressemble à s'y méprendre à un local de concierge. Des images semi-érotiques et les outils s'empilent autour d'un robinet qui coule, marquant chaque seconde d'attente dans cet espace exigu. «Mon intention était de créer un espace personnel, peut-être difficile à franchir pour le spectateur, qui pourrait ne pas penser que c'est un endroit où il est invité», explique Cardin.

Il faut se glisser dans un casier pour en sortir et, de l'autre côté du décor, découvrir un autre décor inaccessible, ainsi que des images construites plan par plan dans l'espace par un fascinant jeu de miroirs.

Le but: nous amener à voir un autre point de vue que celui qui nous est imposé, résume Cardin. «Lorsqu'on est capable de s'extraire du point de vue, on peut avoir une perception différente de la situation.»

Déconstruire les conditionnements sociaux qui nous empêchent de circuler derrière le comptoir d'une boutique, de nous glisser en coulisses d'un spectacle ou de franchir une porte où il est indiqué «employés seulement» a cela d'utile que le processus nous amène ailleurs, et retourne notre vision du monde comme un gant.

Le simulacre est encore vrai de Mathieu Cardin, jusqu'au 30 novembre au 5956, rue St-Laurent, Lévis, en face de la traverse. Info: www.centreregart.org

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