Haïti, in extremis au Musée de la civilisation: crée ou meurs

  • Avec son oeuvre «Kwa Bawon», l’artiste Maksaens Denis synthétise des images de la vie haïtienne (rites vodou, agitation politique, manifestations pacifiques, etc.) dans un hommage aux Haïtiens dont les problèmes sont trop souvent oubliés. Présentées dans des moniteurs disposés en croix, les images honorent Bawon Samdi, chef du kafou (carrefour) entre le monde des vivants et celui des morts. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Avec son oeuvre «Kwa Bawon», l’artiste Maksaens Denis synthétise des images de la vie haïtienne (rites vodou, agitation politique, manifestations pacifiques, etc.) dans un hommage aux Haïtiens dont les problèmes sont trop souvent oubliés. Présentées dans des moniteurs disposés en croix, les images honorent Bawon Samdi, chef du kafou (carrefour) entre le monde des vivants et celui des morts.

    Le Soleil, Patrice Laroche

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  • Jean Claude Saintilus. «Sans titre», 2009,  techniques mixtes. Un crâne surmonte un téléviseur des années 80 ayant appartenu à la grand-mère de l'artiste. Ce téléviseur symbolise la lumière de son âme. Cette oeuvre évoque également Grann Brijit, mère de tous les Gede. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Jean Claude Saintilus. «Sans titre», 2009, techniques mixtes. Un crâne surmonte un téléviseur des années 80 ayant appartenu à la grand-mère de l'artiste. Ce téléviseur symbolise la lumière de son âme. Cette oeuvre évoque également Grann Brijit, mère de tous les Gede.

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  • Didier Civil. «Triptyque de Gede», 2006, acrylique sur toile. Dans ce triptyque, Gede se manifeste dans les corps de ses sèvitè (adeptes féminines). Le regard absent des sèvitè et du lwa, debout entre les tombes d’un cimetière, exprime une indifférence à l’égard des observateurs. Ce détachement n’existait pas dans les représentations antérieures de Gede. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Didier Civil. «Triptyque de Gede», 2006, acrylique sur toile. Dans ce triptyque, Gede se manifeste dans les corps de ses sèvitè (adeptes féminines). Le regard absent des sèvitè et du lwa, debout entre les tombes d’un cimetière, exprime une indifférence à l’égard des observateurs. Ce détachement n’existait pas dans les représentations antérieures de Gede.

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  • André Eugène. «Military Glory», 2010.
Techniques mixtes. Quand il se manifeste dans le corps d’un vodouisant, Gede se plaît à ridiculiser les figures d’autorité, comme les militaires. Peu importe l’armée dans laquelle ce soldat a servi, avec ses orbites garnies d’ampoules de Noël et son pénis brandi, il a l’air dément. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    André Eugène. «Military Glory», 2010. Techniques mixtes. Quand il se manifeste dans le corps d’un vodouisant, Gede se plaît à ridiculiser les figures d’autorité, comme les militaires. Peu importe l’armée dans laquelle ce soldat a servi, avec ses orbites garnies d’ampoules de Noël et son pénis brandi, il a l’air dément.

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  • Guerly Lauren. «Danbala», 2011, techniques mixtes. Lauren réunit un crâne gede-esque et un serpent symbolisant Danbala, figure paternelle vodou de la création. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Guerly Lauren. «Danbala», 2011, techniques mixtes. Lauren réunit un crâne gede-esque et un serpent symbolisant Danbala, figure paternelle vodou de la création.

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  • Frantz Jacques, dit Guyodo. «Sans titre», 2005. Métal, techniques mixtes. La peinture argentée qui recouvre cette sculpture lui donne un aspect neuf qui contraste avec la désuétude des matériaux recyclés qui la composent. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Frantz Jacques, dit Guyodo. «Sans titre», 2005. Métal, techniques mixtes. La peinture argentée qui recouvre cette sculpture lui donne un aspect neuf qui contraste avec la désuétude des matériaux recyclés qui la composent.

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  • Artiste inconnu. Drapeau inspiré d’une chromolithographie de saint Gérard Majella, vers 2000. Perles de verre, paillettes, textile. Les représentations d’esprits Gede empruntent une imagerie très variée. Parmi elles se distinguent les portraits de saint Gérard Majella, figure charismatique, crucifix à la main, flanqué d’un cercueil et d’un crâne. À l’instar de Gede, saint Gérard est aussi le patron des femmes enceintes. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Artiste inconnu. Drapeau inspiré d’une chromolithographie de saint Gérard Majella, vers 2000. Perles de verre, paillettes, textile. Les représentations d’esprits Gede empruntent une imagerie très variée. Parmi elles se distinguent les portraits de saint Gérard Majella, figure charismatique, crucifix à la main, flanqué d’un cercueil et d’un crâne. À l’instar de Gede, saint Gérard est aussi le patron des femmes enceintes.

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  • Jean Hérard Celeur. «Triptyque sculptural» (détail), 2006, métal, techniques mixtes. Les trois Gede rappellent, bien que partiellement, les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Des crânes recouverts de boue séchée surmontent trois cadres de moto. Ce personnage brandit son pénis surdimensionné, tel un lance-missile. L’ensemble illustre «la triple tragédie du sida, de l’oppression politique et de la pauvreté». (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Jean Hérard Celeur. «Triptyque sculptural» (détail), 2006, métal, techniques mixtes. Les trois Gede rappellent, bien que partiellement, les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Des crânes recouverts de boue séchée surmontent trois cadres de moto. Ce personnage brandit son pénis surdimensionné, tel un lance-missile. L’ensemble illustre «la triple tragédie du sida, de l’oppression politique et de la pauvreté».

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  • Georges Liautaud. Croix funéraires et crucifix, 1950-2000. Métal. La croix symbolise le carrefour entre le monde des vivants et celui des morts. Ces croix de cimetière et ces crucifix sont l’œuvre de Georges Liautaud, sculpteur sur métal le plus réputé d’Haïti et forgeron de métier. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Georges Liautaud. Croix funéraires et crucifix, 1950-2000. Métal. La croix symbolise le carrefour entre le monde des vivants et celui des morts. Ces croix de cimetière et ces crucifix sont l’œuvre de Georges Liautaud, sculpteur sur métal le plus réputé d’Haïti et forgeron de métier.

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  • Pierrot Barra. «Trois cercueils», avant 1994. Bois, feutre, métal, plastique, ruban. Prêtre vodou, Barra entreprend sa carrière artistique en confectionnant des drapeaux rituels. À la fin des années 1980, il crée des assemblages fantaisistes inspirés du vodou, comme ces cercueils d’autel. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Pierrot Barra. «Trois cercueils», avant 1994. Bois, feutre, métal, plastique, ruban. Prêtre vodou, Barra entreprend sa carrière artistique en confectionnant des drapeaux rituels. À la fin des années 1980, il crée des assemblages fantaisistes inspirés du vodou, comme ces cercueils d’autel.

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  • Myrlande Constant. «Haiti madi 12 janvye 2010», 2012. Textile, perles de verre, paillettes. Illustration de l’étendue tragique du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Des membres de la famille Gede, habitués à commander la mort avec bonne humeur, se retrouvent soudainement désemparés devant l’ampleur de la tâche. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Myrlande Constant. «Haiti madi 12 janvye 2010», 2012. Textile, perles de verre, paillettes. Illustration de l’étendue tragique du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Des membres de la famille Gede, habitués à commander la mort avec bonne humeur, se retrouvent soudainement désemparés devant l’ampleur de la tâche.

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(Québec) Dans les pays riches, l'art est perçu plus souvent comme un luxe que comme une nécessité. Alors qu'en Haïti, l'art devient carrément une question de vie ou de mort. Tu crées ou tu crèves. Pas étonnant que les artistes s'y expriment avec autant d'originalité, d'énergie et de détermination.

Haïti, in extremis - Mort et vie dans l'art haïtien du XXIe siècle, qui ouvre ses portes aujourd'hui au Musée de la civilisation, réunit la crème des oeuvres réalisées par des artistes haïtiens au cours de la dernière décennie. Il s'agit d'une adaptation d'une exposition du Fowler Museum de l'Université de Californie à Los Angeles.

On y retrouve une centaine de pièces, sculptures, toiles, installations et photographies et autres objets de toutes sortes. Plusieurs des artistes représentés s'illustrent déjà sur la scène mondiale, notamment Edouard Duval-Carrié, Maksens Denis ou André Eugène.

Toutes ces oeuvres portent la marque des tragédies qui se sont abattues sur la perle des Antilles depuis le début du XXIe siècle.

Paradoxalement, il existe un lien étroit entre l'effondrement dont a souffert la société haïtienne et le merveilleux épanouissement de la créativité qu'on y constate, fait remarquer le professeur Donald J. Cosentino, conservateur du Fowler Museum et sommité dans le domaine de la culture populaire noire. «Pires sont les catastrophes, plus impressionnante est l'expression artistique», note-t-il.

Cette affirmation trouve un écho puissant dans Haiti madi 12 janvye 2010, un tableau épique géant de l'artiste Myrlande Constant qui orne l'entrée de la salle. La scène reproduite au moyen de milliers de perles de verre rappelle le séisme qui a entraîné la mort de quelque 250 000 personnes. On y fait connaissance avec les membres du clan Gede, ces esprits divins qui manifesteront leur présence tout au long de la visite. Bawon Samdi (Baron Samedi), le plus puissant de ces esprits porteurs d'espoir, apparaît coiffé de son chapeau noir, mais le désarroi qu'exprime son air déconfit tranche avec son habituelle bonne humeur. Gran Brijit (Maman Brigitte) n'a pas meilleure mine. C'est comme si les dieux vaudou eux-mêmes se sentaient dépassés par l'étendue de la catastrophe.

Les figures de la vie et de la mort sont omniprésentes. Tout au cours de l'exposition, on peut les voir s'enlacer, dans une sorte de danse à la fois macabre et colorée. L'aménagement physique des lieux, en forme de tourbillon, accentue l'impression de mouvement.

Pièces fascinantes

Au coeur de ce vortex, on a placé le Triptyque sculptural de Jean Hérard Celeur. Il s'agit de trois pièces fascinantes fabriquées à l'aide de crânes humains et de matériaux de récupération hétéroclites, sortes de créatures d'outre-tombe affublées les unes comme les autres d'un phallus surdimensionné qu'elles exhibent sans pudeur.

Visiter Haïti, in extremis permet de balayer certains stéréotypes tenaces. Ainsi, oubliez le fameux rituel des aiguilles enfoncées dans la poupée. «Il s'agit probablement d'une invention hollywoodienne», pense le professeur Cosentino. Il n'empêche. Dans la religion vaudou, les objets de culte sont plus saugrenus les uns que les autres. Une section de l'exposition, placée un peu en retrait, rassemble toute une série de croix noircies décorées de figurines et de chaînes, de têtes de taureaux à trois cornes, et autres artefacts tout aussi troublants. Dans la mesure où on les considère comme sacrés, ces objets possèdent paraît-il un pouvoir énorme. Leur puissance est telle qu'on ne les utilisera qu'avec la plus grande prudence, et seulement dans le cadre de cérémonies réservées aux initiés.

Haïti, in extremis accueille également des oeuvres d'artistes d'origine haïtienne installés au Québec dont Marie-Hélène Cauvin, Patrick Gantier dit Killy et Manuel Mathieu.

>> VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : Haïti, in extremis - Mort et vie dans l'art haïtien du XXIe siècle

Où : Musée de la civilisation

Quand : jusqu'au 17 août 2014

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Techniques mixtes. Quand il se manifeste dans le corps d’un vodouisant, Gede se plaît à ridiculiser les figures d’autorité, comme les militaires. Peu importe l’armée dans laquelle ce soldat a servi, avec ses orbites garnies d’ampoules de Noël et son pénis brandi, il a l’air dément. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Artiste inconnu. Drapeau inspiré d’une chromolithographie de saint Gérard Majella, vers 2000. Perles de verre, paillettes, textile. Les représentations d’esprits Gede empruntent une imagerie très variée. Parmi elles se distinguent les portraits de saint Gérard Majella, figure charismatique, crucifix à la main, flanqué d’un cercueil et d’un crâne. À l’instar de Gede, saint Gérard est aussi le patron des femmes enceintes.

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    Jean Hérard Celeur. «Triptyque sculptural» (détail), 2006, métal, techniques mixtes. Les trois Gede rappellent, bien que partiellement, les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Des crânes recouverts de boue séchée surmontent trois cadres de moto. Ce personnage brandit son pénis surdimensionné, tel un lance-missile. L’ensemble illustre «la triple tragédie du sida, de l’oppression politique et de la pauvreté».

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    Georges Liautaud. Croix funéraires et crucifix, 1950-2000. Métal. La croix symbolise le carrefour entre le monde des vivants et celui des morts. Ces croix de cimetière et ces crucifix sont l’œuvre de Georges Liautaud, sculpteur sur métal le plus réputé d’Haïti et forgeron de métier. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Georges Liautaud. Croix funéraires et crucifix, 1950-2000. Métal. La croix symbolise le carrefour entre le monde des vivants et celui des morts. Ces croix de cimetière et ces crucifix sont l’œuvre de Georges Liautaud, sculpteur sur métal le plus réputé d’Haïti et forgeron de métier.

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    Pierrot Barra. «Trois cercueils», avant 1994. Bois, feutre, métal, plastique, ruban. Prêtre vodou, Barra entreprend sa carrière artistique en confectionnant des drapeaux rituels. À la fin des années 1980, il crée des assemblages fantaisistes inspirés du vodou, comme ces cercueils d’autel. (Le Soleil, Patrice Laroche)

    Le Soleil, Patrice Laroche

    Pierrot Barra. «Trois cercueils», avant 1994. Bois, feutre, métal, plastique, ruban. Prêtre vodou, Barra entreprend sa carrière artistique en confectionnant des drapeaux rituels. À la fin des années 1980, il crée des assemblages fantaisistes inspirés du vodou, comme ces cercueils d’autel.

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    Myrlande Constant. «Haiti madi 12 janvye 2010», 2012. Textile, perles de verre, paillettes. Illustration de l’étendue tragique du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Des membres de la famille Gede, habitués à commander la mort avec bonne humeur, se retrouvent soudainement désemparés devant l’ampleur de la tâche. (Le Soleil, Patrice Laroche)

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    Myrlande Constant. «Haiti madi 12 janvye 2010», 2012. Textile, perles de verre, paillettes. Illustration de l’étendue tragique du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Des membres de la famille Gede, habitués à commander la mort avec bonne humeur, se retrouvent soudainement désemparés devant l’ampleur de la tâche.