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Symposium de Baie-Saint-Paul: à la suite du monde

Giorgia Volpe crochète les rubans de vieux enregistrements... (Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale)

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Giorgia Volpe crochète les rubans de vieux enregistrements de Jacques Languirand et de Lara Fabian pour «sauvegarder la mémoire de l'inconscient collectif».

Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale

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Josianne Desloges
Josianne Desloges

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Les artistes voyagent sans cesse entre le social et l'intime, entre la mémoire et l'avenir en marche. Mus par la même énergie, les 12 artistes qui créent devant public pendant un mois au 31e Symposium d'art contemporain de Baie-Saint-Paul se distinguent cette année par leur générosité, dévoilant allégrement leurs idées et leurs oeuvres aux visiteurs curieux de découvrir leur univers.

«Agir fait que le monde n'est pas fini», disait Paul Ricoeur, dont la phrase a inspiré le thème de cette année. «Les artistes sont toujours en mouvement, génèrent le changement, déploient leurs visions du monde», ajoute Serge Murphy, le commissaire du Symposium.

Installés comme l'an dernier dans les structures à ouverture variable du duo ARCHITECTURAMA, les artistes du Symposium font de leurs ateliers des espaces de rencontre qui mènent à des versions poétiques, ironiques ou oniriques de réalités politiques et sociales bien réelles.

Matt Shane peint, par exemple, un paysage qui recouvre entièrement les murs de son atelier, auquel il veut intégrer des éléments typiques de Baie-Saint-Paul, et qui évolue chaque jour. «C'est un processus très libre, qui fait que mes actions sont documentées par ma peinture», explique l'artiste de Vancouver. «C'est presque effrayant aussi, ça pourrait nous avaler.»

Azadeh Tajpour a sélectionné des images des soulèvements politiques en Iran et des drones américains en Afghanistan sur YouTube, a surexposé les images pour n'en garder qu'une trace, qu'elle reproduit ensuite en peinture ou au fusain. «C'est une métaphore de comment nous percevons la politique», explique-t-elle, «un espace de contemplation qui nous offre une pause pour penser».

Le projet de Philippe Allard consiste à construire... (Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale) - image 2.0

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Le projet de Philippe Allard consiste à construire une rosace de 19 pieds de diamètre avec des caisses de lait qu'il posera sur l'église de Baie-Saint-Paul.

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Euroma Awashish, qui expose aussi à Wendake cet été, se fait porte-parole de son peuple et de sa génération en continuant sa série d'installations maculée de peinture rouge, de plumes d'outardes, de doré et d'os, sur le thème de la guérison.

Tous les trois ou quatre jours, Karine Payette crée un tableau meublé différent en utilisant un faux plancher, des meubles, des plantes en plastique, des cadres, des fléchettes, donnant l'impression que les meubles sont avalés par un trou noir ou renversés par une force invisible. «C'est comme si quelqu'un déplaçait sans cesse les meubles de son appartement sans s'apercevoir que son malaise est plus profond. Ce sont des représentations de l'idée de tourner en rond», indique celle qui a aussi suspendu des meubles, comme une épée de Damoclès, au centre de l'aréna.

Mathieu Latulippe travaille quant à lui sur l'idée du paradis perdu et met en question notre manière d'habiter la planète. «Avec une touche d'humour tragicomique», note-t-il, il remplace les façades grandioses de Monument Valley au Colorado et de Petra en Jordanie, taillées à flanc de montagne, par un bungalow tout ce qu'il y a de plus banal sur une maquette en construction.

Matt Shane peint un paysage qui recouvre entièrement... (Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale) - image 3.0

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Matt Shane peint un paysage qui recouvre entièrement les murs de son atelier, auquel il veut intégrer des éléments typiques de Baie-Saint-Paul.

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Assemblages improbables

Autres assemblages improbables, les oeuvres de tissu de Marjolaine Bourgeois, de Moncton, lient des monotypes et des motifs de matières naturelles sur des tableaux-courtepointe. «Un mélange de travail traditionnel et d'imagerie contemporaine éclatée et surréaliste», souligne Serge Murphy.

Pierre Durette assemble plutôt des tableaux qui empruntent à différentes entreprises visant à collecter des symboles de l'humanité. Pensons aux plaques de Pioneer envoyées dans l'espace dans les années 70 et au «grenier de l'humanité», où sont entreposées des graines de céréales sans OGM. «C'est une sorte de nomenclature-collection», propulsée par l'idée foisonnante de l'autel vaudou.

Autre autel, organique celui-là, que l'installation de Kai Chan. «Des fils de couleur sont rattachés à l'image [très floue] d'un pénis en érection et à de petits objets trouvés ou donnés. C'est comme un totem à la vie de tous les jours», analyse le commissaire.

Le sculpteur, vidéaste et performeur Dominique Angel construit un monument en hommage aux avant-gardes, et pose la question «Que faire maintenant?» «Pour moi le travail in situ, c'est de la fiction», indique le Français, qui produira aussi une vidéo à partir de son expérience au Symposium.

Pierre Durette assemble plutôt des tableaux qui empruntent... (Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale) - image 4.0

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Pierre Durette assemble plutôt des tableaux qui empruntent à différentes entreprises visant à collecter des symboles de l'humanité.

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Philippe Allard construira une rosace de 19 pieds de diamètre avec des caisses de lait qu'il posera sur l'église de Baie-Saint-Paul. Intéressé par le contraste entre le matériau pauvre et la noblesse de la technique du vitrail, il a aussi des préoccupations écologiques et fera un clin d'oeil au septième continent, cet imposant amas de plastique qui vogue dans le Pacifique Nord.

Plus privée, Barbara Claus explore la notion d'obsolescence en essayant d'archiver la disparition de ses dessins à la craie et à l'eau. Au fil de la résidence, elle creusera le mur de son atelier fermé pour rejoindre l'aire publique.

Giorgia Volpe ouvre quant à elle son espace déjanté, où elle crochète des rubans de pellicules, dans le but de «sauvegarder la mémoire de l'inconscient collectif». Mixant de vieux enregistrements de Jacques Languirand, de Lara Fabian et de Stoney Eagle, l'artiste de Québec ouvre une bulle, fait sourire, déstabilise et fait réfléchir à la fois.

L'éventail de références, d'idées et de techniques exploitées dans cette 31e présentation est un terreau fertile pour la discussion. Capteurs de rêve, d'images et d'idées, les artistes posent d'intéressantes lunettes sur notre monde, et le symposium nous le démontre gaiement.

Le Symposium est ouvert au public du mercredi au dimanche de 12h à 17h jusqu'au 1er septembre.

Kai Chan et son oeuvre... (Simon-Charles Couture-Labelle, collaboration spéciale) - image 5.0

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Kai Chan et son oeuvre

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Herbes folles

- Itinéraire

Prendre le train du Massif de Charlevoix au bas de la chute Montmorency. Arrivée à l'hôtel La Ferme, à deux coins de rue de l'aréna de Baie-Saint-Paul (11, rue Forget). On peut faire l'aller-retour dans la même journée et avoir deux heures pour visiter le symposium.

- Plaisirs bucoliques

La voie ferrée longe les battures et suit une haute paroi de roc ou file à travers champs, offrant des points de vue magnifiques sur Charlevoix.

Piétons, cyclistes et kayakistes ont plusieurs options d'activités à Baie-Saint-Paul, tout comme les amateurs d'art, d'artisanats et d'antiquités.

- À l'agenda

- Jusqu'à demain, Angora tricote un grand marsouin blanc au symposium

- Le dessinateur de presse et auteur Clément de Gaulejac donnera une conférence jeudi à 16h30

- Performance de Sophie Castonguay le 31 août à 16h30

- L'exposition Marc Séguin : la foi du collectionneur est présentée jusqu'au 14 octobre au Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul. L'occasion de découvrir une figure singulière et affirmée de l'art actuel.

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