The Decemberists et la dictature bienveillante

Colin Meloy, Nate Query, Jenny Conlee, John Moen... (Fournie par le Festival d'été)

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Colin Meloy, Nate Query, Jenny Conlee, John Moen et Chris Funk des Decemberists

Fournie par le Festival d'été

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(Québec) Les Decemberists ont beau être devenus, au fil des ans, des incontournables de la scène indépendante, ils ne s'étaient encore jamais arrêtés à Québec. La troupe de Portland, en Oregon, compte reprendre le temps perdu jeudi, en participant au Festival d'été: les musiciens ont mis sur pied un spectacle qui couvre les différentes époques de leur répertoire, de manière à satisfaire les néophytes et les fans de la première heure.

Sous la gouverne de leur leader, le chanteur et guitariste Colin Meloy, les Decemberists ont gravi un à un les échelons du milieu folk rock. De ses débuts sur une petite étiquette de disques, en 2002, la troupe est passée chez Capitol Records quatre ans plus tard et a su conquérir les tympans du public et de la critique, non sans flirter avec le progressif et même l'opéra-rock. Sur le récent What a Terrible World, What a Beautiful World, le quintette s'est servi de ses assises folk pour parfois mieux rebondir là où on ne l'attendait pas. Colin Meloy a répondu à nos questions.

Q Vous êtes celui qui écrit tout, paroles et musique, et vous êtes bien sûr chanteur. Cela dit, The Decemberists est un groupe, pas un projet solo. Quelle est la dynamique dans le quintette?

R On appelle ça une dictature bienveillante! Je crois que tout le monde est à l'aise dans son rôle dans le groupe, à titre de musicien. Alors le matériel vient de moi, mais je crois que personne dans le band n'a d'intérêt pour apporter des compositions. Tout le monde a d'autres projets parallèles, de son côté. Ç'a passablement toujours été cette dynamique où j'écris une chanson, je la développe de mon côté, avec une guitare et quelques idées et on se retrouve ensemble et chacun apporte sa propre sensibilité. Ça devient souvent quelque chose de différent de ce que j'envisageais au départ, mais c'est ce qu'est la collaboration : un processus naturel.

Q What a Terrible, What a Wonderful World est un album varié. Certaines pièces ne sont que guitare-voix, d'autres plus orchestrées. Était-ce voulu ainsi ou est-ce dû au fait qu'il a été écrit sur une plus longue période que les albums précédents?

R Entre la pause qu'on a prise après King is Dead [2011] et l'enregistrement du nouvel album, il s'est écoulé trois ans. Ça m'a donné la chance d'arriver avec beaucoup de matériel et l'idée était de tout enregistrer, ou du moins ce qui était passable, pour peaufiner ensuite. Donc l'album a été le meilleur de ce qu'on a pu amasser durant cette période.

Q Après une quinzaine d'années d'activité, est-ce difficile de choisir en toute liberté ce que vous faites, étant donné qu'il y a les attentes des fans? Vous en traitez sur la pièce The Singer Addresses His Audience...

R J'avais écrit tellement de matériel durant la période où on était en semi-retraite qu'en réfléchissant, vous prenez un peu de recul sur les choses que vous faites. [...] Il y a cette voix, qui commente, provenant de ma propre expérience à titre de chanteur et de musicien, et la relation entre l'artiste de scène et les fans. Pour moi, c'était une occasion d'explorer ça.

Q Les deux derniers albums du groupe tendent à être plus personnels, alors que les autres traitaient souvent d'événements historiques, de personnages ou d'éléments de folklore. Comment expliquez-vous ça?

R C'est arrivé naturellement. Je me suis éloigné de ces chansons avec des narrations particulières. J'écrivais des chansons sur d'autres personnes ou d'autres sujets car je n'ai jamais trouvé ma propre vie suffisamment intéressante pour écrire dessus. Peut-être qu'en vieillissant, j'ai un autre point de vue sur le monde. J'ai désormais différentes expériences de vie, dont le fait d'avoir une famille, il y a donc des éléments sur lesquels je peux réfléchir dans mes chansons. Je crois que c'est une combinaison de tout ça.

Q L'album The Crane Wife avait des teintes progressives et The Hazards of Love, qui a suivi, était un opéra rock, carburant sur des guitares parfois lourdes. Depuis, vous êtes retournés à vos racines folk et à des pièces plus concises. En avez-vous terminé du matériel plus ambitieux ou expérimental?

R Non, je ne crois pas. Il y a tellement de choses qui se passent dans le groupe ou de mon côté, on suit simplement notre erre d'aller. Et tant qu'on sent que ça demeure authentique, quelque chose avec lequel on est profondément en amour, alors c'est ce que l'on fait. On n'arrive pas avec une idée précise, qu'on choisit ensemble, démocratiquement, [...] on fonctionne davantage au jour le jour.

Q Comment le bouzouki s'est retrouvé dans votre univers et est même devenu une sonorité incontournable sur certaines de vos pièces?

R Parfois, vous devez sortir de votre zone de confort. Quand j'ai écrit The Crane Wife, j'ai pensé que ce serait intéressant d'écrire à partir d'un autre instrument et j'étais au courant du bouzouki depuis un certain temps, car c'était un instrument incontournable du folk revival, en Angleterre, dans les années 60. Ç'avait été importé de Grèce et incorporé dans la musique irlandaise, donc ça s'est étendu à partir de là et ça s'est retrouvé dans diverses formations. Il y a quelque chose de particulier dans sa sonorité, qui carillonne de manière complémentaire au chant. J'ai mis la main sur un bouzouki par hasard et immédiatement, des chansons me sont venues, même si, au départ, je ne savais que deux accords! 

Q Ça fait une douzaine d'années que vous ne vivez que de votre art, donc tout provient, en quelque part, de votre tête. Est-ce qu'il y a des moments angoissants où l'inspiration vous fait défaut?

R Je suis préoccupé comme n'importe quel artiste, mais je ne crois pas que l'âme est un puits qui se vide. Je crois que c'est plutôt quelque chose qui se remplit continuellement. Ce n'est que question de trouver l'espace que vous avez laissé inexploré ou qui semble inaccessible. Au fur et à mesure que vous creusez, il y a du matériel qui ressort. Tant que votre art est authentique, que vous parlez avec votre vraie voix, en vieillissant, je crois qu'il n'y a pas de fin à ça. Ça peut parfois être plus difficile à trouver et ça peut être plus difficile d'apprécier ça pour le public, mais si vous restez fidèle à vous-même, vous pouvez prendre des risques.

Q Vous vivez sur une ferme, désormais, à Portland. Vous devez prendre soin de la ferme, des différents projets de carrière, de la famille... Comment conciliez-vous tout ça?

R Ce sont différentes parties de la vie. Ma vie est consacrée au travail, à la vie de parent et je suis heureux avec ça. Ça veut dire parfois moins de déplacements, moins de vie sociale, mais je suis quelqu'un d'assez tranquille, assez introverti. Nous retirer sur la ferme, qui est une belle propriété, nous donne beaucoup d'inspiration. Prendre soin des enfants et travailler, écrire des livres, ça ressemble à une vie idéale pour moi.

Vous voulez y aller?

  • Qui: The Decemberists
  • Quand: 14 juillet, 21h20
  • Où: parc de la Francophonie
  • Accès: laissez-passer
  • Info: infofestival.com

De la scène aux Chroniques de Wildwood

En marge des Decemberists, Colin Meloy mène, depuis 2011, une carrière d'écrivain auréolée de succès. Avec sa femme, l'illustratrice Carson Ellis, il a créé les Chroniques de Wildwood, une série jeunesse qui compte déjà trois tomes et qui a été traduite en plusieurs langues, dont le français.

Les amateurs des Decemberists sont familiers avec la griffe de Carson Ellis, qui a été impliquée dans diverses pochettes ou produits dérivés du groupe.

«J'adorais écrire des histoires quand j'étais enfant, raconte Colin Meloy. Mon premier amour était d'écrire des nouvelles et puis j'ai découvert la musique par la suite. J'étais allé à l'école pour apprendre à écrire, donc c'était toujours présent en moi, ce n'était qu'une question de temps pour que ça refasse surface et l'occasion s'est présentée avec Carson. Nous travaillions sur du matériel lié au groupe, mais désormais nous sommes en étroite collaboration là-dessus, pour créer cette histoire et ce monde. J'y prends beaucoup de plaisir et j'ai un autre livre en chantier. C'est quelque chose que je compte faire en parallèle de la musique pour le reste de ma vie.»

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