Duran Duran: éternelles années 80

Roger Taylor, Nick Rhodes, John Taylor et Simon Le Bon... (Stéphanie Pistel)

Agrandir

Roger Taylor, Nick Rhodes, John Taylor et Simon Le Bon

Stéphanie Pistel

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Festival d'été

Arts

Festival d'été

Qu'il s'agisse de la programmation, des artistes qui viendront et des performances qu'ils offriront, vivez le Festival d'été de Québec au jour le jour avec l'équipe du Soleil. Ce rendez-vous culminera du 7 et 17 juillet 2016. »

(Québec) Les années 80 leur collent à la peau, mais les gars de Duran Duran ont tout fait pour ne pas rester coincés dans le passé, que ce soit dans la décennie 90, où ils ont réussi à se faufiler dans le top 10, ou dans les années 2000, où la formation originale s'est réunie. Forte de son récent album Paper Gods, la troupe s'arrête à Québec pour la première fois le 15 juillet, sur les plaines d'Abraham.

Dans le combiné, le bassiste et cofondateur de Duran Duran, John Taylor, n'évite aucune question. Mieux, il y répond dans le détail, s'émerveillant des bons coups de sa formation, analysant les mauvais. Il admet que ses complices et lui ont été «gâtés pourris» durant la décennie 80 et se dit très reconnaissant de pouvoir encore pratiquer le métier qu'il aime.

Vrai qu'à leurs débuts, tout semblait réussir à ceux qu'on a surnommés les «Fab Five» : Simon Le Bon (chant), Nick Rhodes (claviers), ainsi qu'Andy (guitares), Roger (batterie) et John Taylor (basse). S'il y a eu des périodes moins faciles, les Britanniques que plusieurs ont voulu réduire à un simple boy band ont su s'inscrire dans le temps à renfort de succès, bien sûr, de vidéoclips novateurs et de musiques de film. Laissons la parole à John Taylor qui n'a, rappelons-le, aucun lien familial avec ses deux compagnons d'armes, dont il partage le patronyme.

Q Duran Duran est de nouveau entouré d'un halo de réussite; or vous avez dû nager passablement à contre-courant dans les années 90, non?

R Oui, absolument. On s'est à peine rendu à la fin des années 80... Puis on a fait paraître Ordinary World [en 1992] et ç'a été «oh mon dieu, on a un pied dans notre deuxième décennie!» Ç'a peut-être été le hit le plus important qu'on n'a jamais eu. Ça nous a donné de l'oxygène, car il y avait cette étiquette «Duran Duran, groupe des années 80» et on était sur la pente glissante. [...] En 1983, on est devenu si gros si rapidement, on était hors contrôle, comme l'aurait été n'importe qui. Je défie qui que ce soit de partir d'où nous sommes partis et de ne pas devenir fou. On a tout tenu pour acquis et on a presque tout perdu. C'était comme si on nous avait dit : «Ok, vous ne voulez pas respecter ce cadeau, alors que diriez-vous qu'on vous le reprenne?» Et on a hurlé : «Non, non, non, on le veut!» Puis on s'est fait dire : «Est-ce que vous le voulez vraiment? Prouvez-le!»

Q Certains groupes l'ont eu à la dure avant de connaître le succès. Donc pour vous, ç'a été le contraire?

R On n'avait pas tellement payé notre dû au départ. C'est comme si on s'était rencontré, puis la prochaine chose qu'on a su, on avait un contrat de disques et des succès autour du monde. C'est difficile de garder un sens de la perspective quand quelque chose comme ça se produit. Et à la fin des années 80 et en 90, on jouait dans de petites salles et on voyageait plus modestement. La tentation rendu là était d'arrêter. On a réussi à passer à travers ça, et à améliorer nos relations de manière à tirer le meilleur d'entre nous. 

Q Pourquoi avez-vous quitté le groupe en 1997? 

R Je pensais que c'était terminé, que je n'avais plus rien à dire ou à offrir et ç'a changé, après quelques années. [...] J'étais davantage préoccupé par moi-même. J'étais devenu sobre et je n'étais plus certain que je le demeurerais en restant dans le groupe. Je m'étais aussi divorcé de ma première femme et comme je ne voulais pas que ça se produise de nouveau, j'avais besoin de prendre racine quelque part. Je voulais rester à Los Angeles, je ne voulais pas aller avec les gars à Londres. Je n'appréciais plus le processus du travail. J'imagine que c'était dur pour les gars qui sont restés, mais je devais faire ce que j'ai fait. Et quand je suis revenu, ç'a payé : mon énergie était forte et consistante, parce que j'avais pris du recul et réalisé la valeur de ce que nous avions ensemble.

Q Quand vous avez rejoint Duran Duran en 2001, vous avez insisté pour que ce soit une réunion avec tous les membres originaux. Pourquoi?

R Quand ce groupe a démarré, il n'y aurait qu'un seul membre qui aurait été différent et nous n'aurions pas eu le succès que nous avons connu. Ç'a pris les cinq gars pour faire cette magie. Et je me suis dit pendant des années : «Il faut retrouver cette magie». Après que Roger et Andy eurent quitté, en 1985, j'ai passé les 10 années suivantes à rechercher cette chimie et je ne pouvais pas la trouver. Alors l'ultime idée a été de dire «ramenons les gars et la chimie reviendra». Mais ce n'était pas pareil. La chimie n'était plus là. On a réussi à faire une tournée et un album et puis Andy est parti. Il ne pouvait se raccrocher, il ne voulait pas faire partie d'un groupe à temps plein. Mais désormais, on accepte ce que l'on est. On a une extraordinaire chimie les quatre. Ce n'est pas les cinq, mais on a un guitariste anglais extraordinaire en Dom Brown, qui joue superbement.

Pendant les années d'or du groupe, entre 1983... (Archives Le Soleil) - image 2.0

Agrandir

Pendant les années d'or du groupe, entre 1983 et 1985, on avait surnommé les membres de Duran Duran les «Fab Five».

Archives Le Soleil

Q Qu'est-ce qu'il y a de spécial dans Duran Duran, qui vous a fait poursuivre et qui rejoint tant de gens après toutes ces années?

R Je crois qu'on a grandi à une époque où la musique nous parlait. On a été chanceux de s'épanouir, alors qu'on avait 16 ou 17 ans, en 1975, 76, 77, qui était une période amusante et dynamique pour la musique contemporaine en Grande-Bretagne. C'était les Sex Pistols et les Clash; c'était une énergie jeune, avec cette incroyable attitude, et on a été baptisé par ça, tandis que des influences comme celle de Bowie et des Beatles étaient dans notre ADN. [..] Ce qui nous a gardés ensemble, c'est l'idée qu'on puisse faire de grandes choses. J'ai pris mes distances, j'ai fait de la musique avec d'autres musiciens et chanteurs et je sais ce que c'est. C'est pourquoi je sais que Simon est le meilleur chanteur avec lequel j'ai travaillé. Idem avec Roger et Nick. Mais il faut garder nos relations saines, car on travaille continuellement ensemble et des milliers de décisions sont prises toutes les années et ça nous met à l'épreuve, puisque nous sommes continuellement en désaccord. Mais en gardant nos liens pour être le meilleur groupe possible, lorsque nous sommes sur scène, c'est cette bonne énergie que les gens voient et entendent de nous.

Une visite à la maison Jean Lapointe

Lorsque Duran Duran s'est produit à Montréal, le 11 avril dernier, John Taylor ne s'est pas contenté de donner un concert. Le musicien a fait un léger détour pour aller à la Maison Jean Lapointe et parler de sa lutte contre l'alcoolisme à différentes personnes aux prises avec des ennuis similaires aux siens.

«Maladie très particulière»

«L'alcoolisme est une maladie très particulière : ce n'est jamais vraiment guéri, précise-t-il. Mon expérience, c'est que vous guérissez de manière conditionnelle, selon la façon dont vous menez votre vie, et c'est un très grand défi de vivre sobrement de nos jours. On vit dans un monde qui est organisé particulièrement autour de l'alcool et, dans une moindre mesure, des drogues. Alors si vous voulez prendre la décision d'être sobre, vous allez être confronté à toutes sortes de défis. J'ai été chanceux, parce qu'il y a plein de gens formidables qui m'ont aidé au fil des ans. Alors c'est mon plaisir, vraiment, de donner au prochain et de partager mon expérience.» «Ç'a été un réel privilège d'aller à ces installations, à Montréal, de rencontrer Jean, sa fille et son fils. Je n'ai pas été là très longtemps, mais ç'a été une très belle expérience. Et puis il semble que vous recevez autant de la vie que ce que vous y mettez : c'était un horaire de fou, j'ai débarqué de l'avion, le groupe est allé à la salle de concert, je suis allé là. Alors, oui, c'était mouvementé, mais ç'a été tellement gratifiant, ça m'a tellement donné, que j'ai pu prendre cette énergie et l'amener sur scène. Je n'ai jamais été tellement une personne altruiste - je suis une personne assez nombriliste, le plus souvent - et je découvre en vieillissant que de faire des choses pour les autres, c'est gratifiant.»

Chronologie

1978

John Taylor et Nick Rhodes fondent Duran Duran à Birmingham, en Angleterre.

1980 

Arrivée du chanteur Simon Le Bon dans le groupe, auquel se sont aussi greffés Roger et Andy Taylor l'année précédente.

1981 

Parution du tout premier album avec le simple Girls on Film, qui s'illustre par son vidéoclip à teneur érotique.

1982 

Sortie de l'album Rio, qui mettra à contribution des vidéoclips étoffés dont Hungry Like the Wolf, la pièce-titre, et Save a Prayer.

1983 

Parution de l'album Seven and the Ragged Tiger, qui abrite de nombreux succès dont The Reflex et Union of the Snake.

1984 

Imposante tournée mondiale, tournage du documentaire Sing Blue Silver et du film-concert Arena.

1985 

Les membres du groupe se permettent des projets parallèles : The Power Station et Arcadia.

1986 

Départ officiel du guitariste Andy Taylor et du batteur Roger Taylor, parution de Notorious.

1997 

Départ du bassiste John Taylor.

2001 

Réunion des membres originaux.

2007 

Deuxième départ d'Andy Taylor.

2015 

Parution de Paper Gods, 14e album studio du groupe.

Nicolas Houle

Duran Duran en cinq chansons

Durant les années 80, tout ce que touchait Duran Duran semblait se transformer en or, mais il y avait bien sûr, derrière ces hits, beaucoup de travail. Le bassiste du groupe, John Taylor, nous raconte la genèse de quatre de ces succès d'hier, ainsi que du tout récent simple, Pressure Off.

Rio (1982)

«C'était une chanson aux allures de manifeste. C'était fait pour avoir tout ce que le Duran Duran de la première mouture défendait : ça devait être funky, rapide, engageant et c'est devenu la pièce-titre du deuxième album. C'est une chanson qui est associée à nous pour toujours. Le langage vidéo est primordial : c'est probablement le vidéoclip le plus iconique qu'on a fait, sur un yacht, vous savez, c'était fou!»

The Reflex (1984)

«On a écrit cette chanson en studio à Montserrat et je crois que c'est l'archétype du succès pop des années 80. Les paroles sont très sombres et très ésotériques. Ç'a été remixé par Nile Rodgers. On savait que c'était un hit sur l'enregistrement original, mais Nile Rodgers l'a pris, l'a transformé et ç'a été directement un numéro un. Et on a fait une grande vidéo.»

A View to a Kill (1985)

«James Bond! Juste de faire partie de la franchise de James Bond pendant un an était fantastique. C'était bien aussi pour la rencontre avec [le compositeur] John Barry - j'étais fan de son travail depuis que j'étais enfant. Bernard Edwards est venu coréaliser. Ç'a été une chanson difficile à faire. Ç'a pris beaucoup de travail pour qu'elle soit réussie, mais ç'a valu le coup. Je suis très fier de cette chanson.»

Notorious (1986)

«On était tous allés voir Prince, à Londres, et Nick [Rhodes] demandait à Nile [Rodgers] quels étaient ces accords que Prince affectionnait, qui étaient en mineur septième. Nile lui expliquait ce qu'étaient ces accords et, parallèlement, on avait cette chanson, Notorious, qui était comme un work in progress. Cette pièce a été la version Duran Duran 2.0, un nouveau son, un nouveau style pour le groupe après que Roger et Andy sont partis et après le Live Aid.»

Pressure Off (2015)

«C'était assurément une tentative pour écrire une pièce qui parlerait de notre histoire, mais qui s'intégrerait aussi dans la scène musicale actuelle. On a travaillé fort sur cette pièce. On avait Mark Ronson à la réalisation, Nile [Rodgers] qui jouait de la guitare - c'était fantastique d'être réuni avec lui en studio. Et c'est un des trucs les plus funky que j'ai joués depuis longtemps. Et Janelle Monáe est venue chanter là-dessus. On sentait ça comme un album moderne, avec un bon vidéoclip et c'est l'un des points forts dans cette tournée.»

Vous voulez y aller?

Qui : Duran Duran

Quand : 15 juillet, à 21h30

Où : plaines d'Abraham

Accès : laissez-passer

Info : infofestival.com

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer