Les Rolling Stones: au coeur de la tourmente

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Les Rolling Stones fouleront les plaines d'Abraham le 15 juillet.

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Festival d'été

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Festival d'été

Qu'il s'agisse de la programmation, des artistes qui viendront et des performances qu'ils offriront, vivez le Festival d'été de Québec au jour le jour avec l'équipe du Soleil. Ce rendez-vous culminera du 9 au 19 juillet 2015. »

(Québec) La récente réédition de Sticky Fingers sert de prétexte à la tournée qui amènera les Rolling Stones sur les plaines d'Abraham, mercredi. Lorsque l'album sort en 1971, le quintette britannique, qui s'autoproclame le plus grand groupe de rock'n'roll du monde, est au sommet de son art - le disque arrive après Let It Bleed (1969) et précède Exile On Main St. (1972), trois jalons primordiaux de l'histoire du rock. Avec le recul, on a toutefois oublié à quel point les Stones menaçaient l'ordre établi. Retour sur une période trouble et agitée.

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Mick Jagger

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Ron Wood

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Dès les débuts d'Elvis Presley, la musique populaire se révèle d'une nature sulfureuse et subversive pour les plus vieux. Une tradition qui s'est poursuivie avec le punk (les Sex Pistols), le métal (Ozzy), le rap (NWA et Eminem), mais qui s'essouffle de nos jours (à part dans les pays scandinaves). Sauf qu'à l'époque des Stones, tout ça était relativement nouveau et une partie des boomers était en révolte ouverte contre leurs parents vieux jeu, qui paniquaient de plus en plus...

C'est lors de l'année de l'amour, en 1967, que les Stones vont comprendre que leur attitude défiante, leur mépris de la morale bourgeoise et leur vulgarité assumée horripilent au plus haut point les bien-pensants - c'était le but, d'ailleurs. Les gars sont ambitieux - surtout le chanteur Mick Jagger - et leur nouvelle prospérité dérange. Ceci expliquant cela, la police débarque, avec les médias, chez le guitariste Keith Richards, d'abord, puis chez l'autre joueur de six cordes Brian Jones le jour où Richards et Jagger doivent se défendre en cour des accusations découlant de la descente policière. 

Le cycle des arrestations ne fait que commencer. À cette époque, la consommation de drogues de Richards, et celle de Jagger, dans une moindre mesure, est de notoriété publique. Plusieurs chansons qui se retrouveront sur Sticky Fingers y font d'ailleurs référence, mais surtout métaphoriquement. 

Le style de vie et l'exemple sur la «jeunesse» qui en découle sont perçus comme une situation à corriger. Ironiquement, les Stones sont victimes de leur succès et de leur image de mauvais garnements. Car ils ne font pas dans le chant de révolte comme Dylan et tant d'autres. Les Stones chantent le sexe, la drogue et l'hédonisme, propulsés par la meilleure bête de scène du rock (avec Presley) en Jagger, les dialogues guitaristiques exemplaires entre Richards et Jones ainsi que le solide soutien rythmique du batteur Charlie Watts et du bassiste Bill Wyman.

Mais la guerre du Viêtnam bat son plein, les hippies poussent partout et bientôt Mai 68 va faire tache d'huile. Les événements inspireront d'ailleurs Street Fighting Man à Jagger et à Richards, la chanson la plus politique et subversive de leur histoire, parue sur Beggars Banquet (1968) avec Sympathy for the Devil et Stray Cat Blues.

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Keith Richards et, en arrière-plan, Charlie Watts

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Maturité musicale

C'est, pour utiliser un cliché usé à la corde, l'album qui marque le début de la maturité musicale, celui où les Stones définissent les contours personnalisés de leur rock trempé dans le blues et mâtiné de country. Beggars «a amené les Stones à un niveau différent», comme le dit Richards. Il marque aussi le début de la collaboration du groupe avec Jimmy Miller derrière la console et d'une très prolifique et créative période. Le groupe se lance dans les expérimentations musicales. Mais les excès (et la guigne) commencent à exiger leur dû.

C'est dans ce contexte sociopolitique chargé que les Stones entrent en studio pour enregistrer Let It Bleed. Usé par sa consommation, Brian Jones n'est plus que l'ombre de lui-même. Il n'apparaît que sur deux chansons. Ce sera son chant du cygne, il décédera quelque six mois avant la sortie. Le disque est plus noir, plus cru que ses prédécesseurs. «Aucun disque rock, avant ou après, n'a su si complètement capturer le sens d'effroi palpable qui surplombait son ère», écrit le biographe Stephen Davis. 

En effet : le disque qui contient les classiques Gimme ShelterMidnight Rambler et You Can't Always Get You Want sort le lendemain du concert meurtrier d'Altamont (voir encadré en page A4), le 5 décembre 1969. Il marque la fin d'une époque, mais aussi un renouveau pour les Stones. C'est avec les évènements bien en tête que la bande entre en studio pour Sticky Fingers, ce qui explique sa tension très élevée. Ça, et la présence du nouveau guitariste Mick Taylor. «Quelques-unes des compositions de Sticky Fingers prenaient racine dans le fait que je savais que Taylor allait sortir quelque chose de super», explique Keith Richards dans Life, son autobiographie. Sans parler du jeu de Bobby Keys au saxophone.

Mick Jagger y a écrit ses plus brillants textes. Les plus ambigus aussi, comme Brown Sugar dont le double sens évoque autant le sexe interracial que l'héroïne. Ce que le groupe perd en spontanéité - l'enregistrement dure près d'un an -, il le gagne en grâce (Wild HorsesSister MorphineMoonlight Mile). L'album arbore une fameuse photo phallique, gracieuseté d'Andy Warhol.

La période est difficile pour les Stones, qui viennent de se rendre compte qu'ils ont cédé tous les droits de leur musique à leur gérant Allen Klein et que, par conséquent, ils sont totalement fauchés. C'est la mise sur pied de Rolling Stones Records et le fameux exil fiscal en France, qui donnera naissance à Exile on Main St., «probablement ce que nous avons fait de mieux», selon Richards.

Ce qui est tout de même incroyable, compte tenu des circonstances dans lesquelles cet album double mythique a été produit. En fait, s'il y a une preuve que la beauté peut naître du chaos et de la décadence, c'est bien Exile..., la quintessence du rock métissé avec la musique noire. 

En 1971, les cinq membres des Stones vivent dispersés sur la Côte d'Azur. Richards y loue la villa Nellcôte, au cap Ferrat, à Nice, et transforme son sous-sol en studio de fortune. Les sessions d'enregistrement, quand elles ont lieu, sont bordéliques : Richards traîne comme un boulet sa forte dépendance à l'héroïne et la maison est toujours remplie «d'amis». Les musiciens arrivent rarement à être ensemble au même moment. Jagger prendra les choses en main quelques mois plus tard, à Los Angeles, où il réenregistre toutes les voix et travaille les arrangements, y ajoutant notamment une touche gospel.

Exile on Main St. démontre que la somme peut être plus grande que l'ensemble de ses parties, mais aussi que les Rolling Stones entraient dans une nouvelle ère qui sera plus marquée par les différends personnels et créatifs entre Jagger et Richards que par la musique ordinaire qui viendra avec cette dynamique. 

Il y a longtemps que les gars des Stones ne représentent plus une menace pour l'establishment - riches comme Crésus, ils sont devenus une part intégrante de l'establishment - et que leur musique ne carbure plus au désir dévorant de faire leur place. 

Il y a eu quelques albums ensuite (Some GirlsUndercover, l'inespéré A Bigger Bang) qui ont rappelé que les Rolling Stones ont été le plus grand groupe de rock'n'roll du monde. Et quand ils montent sur scène, certains soirs, il arrive qu'ils le redeviennent. Ces moments hors du temps sont tout simplement magiques, des réminiscences d'une époque révolue.

Sources : «Life» de Keith Richards; «The Rolling Stone History of Rock'n'Roll»; AllMusic; «Old Gods Almost Dead: the 40 Year Odyssey of the Rolling Stones» de Stephen Davis

Les Rolling Stones le 22 août 1979 ... (Photothèque La Presse) - image 3.0

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Les Rolling Stones le 22 août 1979 

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Brian Jones en 1965... (Photothèque La Presse) - image 3.1

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Brian Jones en 1965

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Survivre aux tragédies

Après 50 années d'excès, de débauche et de flirt avec la grande faucheuse, on s'étonne encore que les Rolling Stones ne soient pas un champ de ruines. Mais la mort a toujours rôdé dans l'entourage du groupe, qui en a une connaissance intime, à commencer par le décès mystérieux du guitariste Brian Jones. Petit portrait des tragédies qui ont marqué l'histoire du célèbre groupe.

> Brian Jones, 1969

Dans les faits, Brian Jones n'était plus un membre du groupe qu'il a fondé en 1962 lorsqu'il fut retrouvé, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1969, au fond de sa piscine. Le multi-instrumentiste a apporté une contribution majeure à la définition du son et de l'identité musicale du groupe. Mais ses problèmes de consommation et de comportement l'ont peu à peu éloigné alors que son propre intérêt diminuait. Après l'enregistrement de Let It Bleed, où il n'a contribué qu'à deux chansons, les Stones engagent un nouveau guitariste, Mick Taylor, et montrent la porte à Jones. Deux jours après sa mort, le groupe donne un concert gratuit, prévu de longue date, à Hyde Park. La performance est dédiée à sa mémoire. En 1995, dans une entrevue, Mick Jagger reconnaît que Jones n'a peut-être pas été traité correctement, mais il ne se sent pas coupable de sa mort.

> Altamont, 1969

Le concert gratuit d'Altamont, en Californie, est passé à l'histoire comme «le pire jour de l'histoire du rock». Il est tristement célèbre en raison de l'extrême violence qui y a régné et de l'homicide de Meredith Hunter, survenu pendant la performance des Stones. Hunter, fortement intoxiqué, a sorti une arme de son manteau. Un Hells Angels l'empêche de s'en servir et le poignarde. Bien qu'aucun membre du groupe n'en ait été directement témoin, ils en ressortent profondément traumatisés. Pour Keith Richards, et pour bien d'autres, cette nuit noire marque la fin de l'utopie hippie et l'entrée dans une période très agitée, marquée par l'opposition à la guerre du Viêtnam.

> Ian Stewart, 1985

Ian Stewart jouait un rôle tellement considérable pour le groupe qu'il était de facto le sixième Rolling Stones. Le pianiste faisait d'ailleurs partie de la formation jusqu'à ce que le gérant de l'époque lui demande de se tasser, en 1963. L'Écossais continuera d'être présent sur les enregistrements, à participer aux tournées (plus tard) et agira comme gérant de tournée jusqu'à son décès, d'une crise cardiaque, à 47 ans. «Je continue pour lui. Pour moi, les Rolling Stones sont son groupe. Sans ses connaissances et son sens de l'organisation... nous ne serions nulle part», écrit Richards dans Life, son autobiographie. D'une nature placide et stable, Stewart incarnait le point d'ancrage dans l'océan agité des Stones. Il était aussi profondément aimé par le groupe qui ajoutera, à la fin de l'album Dirty Work (1985), un extrait de 30 secondes de Stewart jouant Key to the Highway, un standard du blues popularisé, entre autres, par Eric Clapton.

Mick Jagger et L'Wren Scott en 2012... (Archives AP) - image 4.0

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Mick Jagger et L'Wren Scott en 2012

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> L'Wren Scott, 2014

La compagne de Mick Jagger depuis 2001 est retrouvée morte dans son appartement new-yorkais le 17 mars 2014. Scott, une créatrice de mode, s'est suicidée. La nouvelle dévaste le chanteur : «Je tente toujours de comprendre comment mon amour et meilleure amie a pu mettre fin à sa vie de façon aussi tragique. Nous avons passé de merveilleuses années ensemble et nous nous étions bâti une vie magnifique», écrit-il sur son site Web. Jagger est diagnostiqué comme souffrant du syndrome de stress post-traumatique. Le groupe est forcé de reporter sa tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande, qui devait débuter deux jours après la triste nouvelle.

En 1977... (Archives AFP) - image 5.0

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En 1977

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Mick Jagger et Keith Richards à New York... (Archives AFP) - image 5.1

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Mick Jagger et Keith Richards à New York en 2005

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Les deux visages opposés des Stones

Lennon-McCartney. Perry-Tyler. Cuddy-Keelor, etc. L'histoire du rock est parsemée de duos créatifs. Mais aucun n'a autant de pertinence et, surtout, d'endurance que la paire formée par Mick Jagger et Keith Richards. Les deux rockeurs ont écrit presque au complet l'immense catalogue des Rolling Stones, ne partageant, ici et là, qu'une poignée de crédits. Ils se sont surnommés les Glimmer Twins, utilisant leur nom d'artiste pour produire les albums de leur groupe à partir de It's Only Rock'n'Roll (1974). Pourtant, il n'y a pas plus dissemblable que ces (faux) frères jumeaux, nés à cinq mois d'intervalle en 1943 et qui partagent une relation amour-haine très tumultueuse.

LE «DISCO KID»

Le surnom dont Keith Richards affuble Mick Jagger a un aspect réducteur, mais il résume assez bien la personnalité du chanteur, qui aime bien que tous les projecteurs soient braqués sur lui et qui prend tous les moyens pour y arriver, autant en spectacle que dans sa vie très publique. Flamboyante bête de scène, au style souvent imité mais jamais égalé, Jagger est celui qui aime la musique pop et les chansons à succès qui font sonner les tiroirs-caisses.

Depuis les débuts des Stones en 1962, Mick Jagger n'aura de cesse de réinventer le rôle de chanteur rock, avec sa voix et ses mouvements caractéristiques, auxquels la formation Maroon 5 a rendu hommage dans lachansonà succèsMoves Like Jagger. Sa pulsion animale, son énergie infatigable et son look androgyne séduisent les femmes, tout en mettant mal à l'aise les hommes - d'autant qu'il incarne au fur et à mesure que les années s'écoulent la figure de l'éternelle jeunesse...

Doué pour l'écriture, ses chansons reposent sur les doubles sens, la réinvention des figures convenues et un appétit insatiable pour le sexe. Il sera d'ailleurs un mari et amant volage à la vie amoureuse très tumultueuse (il a sept enfants), reflet de son image de sex-symbol affirmé et assumé.

Les femmes à profusion et l'immense popularité de son groupe ne réussissent toutefois pas à le contenter. Jagger en veut toujours plus pour lui. Il sera aussi acteur (dès 1968) et producteur, et cherchera sans cesse le succès, en endisquant solo cinq fois ainsi qu'avec le supergroupe SuperHeavy, en 2011, formé de Damian Marley, Joss Stone, Dave Stewart et A. R. Rahman. Mais, ironiquement, il ne sera jamais aussi populaire qu'avec les Stones.

Il passe graduellement de figure de la contreculture à celle de membre du jet set mondial. L'ambition dévorante de Mick Jagger peut d'ailleurs être cristallisée dans son ennoblissement en 2003, qui allait à l'encontre de ses convictions originales anti-establishment.

LE RÉSILIENT

Keith Richards n'a pas une personnalité aussi flamboyante que son comparse de toujours (seul le batteur Charlie Watts les accompagne depuis le début), mais le coeur et l'âme musicale des Rolling Stones, c'est lui. Guitariste inventif, innovateur et terriblement doué, plusieurs de ses riffs sont passés à l'histoire de la musique. Ses réglages d'accord ouverts ont forgé le son gras caractéristique du groupe. Mais sa personnalité rebelle et anticonformiste a aussi une profonde résonance dans l'imaginaire occidental.

Héroïnomane notoire et candide à propos de sa consommation, Richards traîne une réputation sans cesse amplifiée par les médias. Il s'est pourtant désintoxiqué après sa fameuse arrestation à Toronto en 1977 - il fume encore régulièrement de la marijuana, ce qui n'est pas grand-chose compte tenu de son historique de consommation. Son corps ravagé offre toutefois une image saisissante des dommages causés par les outrages.

Celui dont l'inimitable look de pirate moderne a été une inspiration pour le comédien Johnny Depp (Pirates des Caraïbes) n'en est pas moins un résilient, qui a surmonté sa dépendance, enduré Jagger pendant 50 ans et survécu à sa chute d'un arbre sur la tête, en 2006.

Richards ne déteste pas l'argent pour autant - il a plusieurs résidences dont une à Parrot Cay, dans les îles Turques-et-Caïques, où il côtoie Paul McCartney. Mais pour le guitariste, l'afflux de revenus était intéressant dans la mesure où il permettait aux Stones d'avoir les moyens de leurs (grandes) ambitions.

En fait, il n'y a que trois choses qui comptent vraiment pour lui : la musique, les livres (lecteur avide, il a rêvé d'être libraire) et la famille. Contrairement à Jagger, Richards est un modèle de stabilité. Il a eu trois enfants avec sa première compagne, l'actrice Anita Pallenberg, de 1967 à 1979, et deux autres avec le modèle Patti Hansen, sa femme depuis 1983.

Qui l'aurait cru... Le sacré bonhomme sort d'ailleurs un troisième album solo en septembre, Crosseyed Heart, son premier depuis... 1992!

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