Briser le cycle de la violence

À Waseskun, la guérison passe par la spiritualité... (fournie par l'Office national du film)

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À Waseskun, la guérison passe par la spiritualité et par une réappropriation de l'identité.

fournie par l'Office national du film

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(Québec) Un festival, c'est aussi la chance de voir des films qui ont peu ou pas de diffusion en salle. C'est notamment le cas de Waseskun, documentaire-choc sur une prison différente qui aide des autochtones dans le respect de leurs traditions. Ces hommes tentent d'y briser le cycle de la violence qui, pour la plupart, a pris naissance dans les mauvais traitements et le racisme institutionnalisé au Canada. Steve Patry aimerait bien que son long métrage sur la question ait un impact.

«Je ne suis pas un expert. C'est l'être humain qui m'intéresse», explique le réalisateur de 38 ans, venu du milieu communautaire, en entrevue au Soleil. Son premier long métrage, De prison en prison, lui a valu une nomination aux ex-Jutra en 2015. Mais il a aussi permis de rencontrer un détenu qui lui a parlé de Waseskun.

«J'ai été happé par ce lieu improbable, une prison ouverte où il n'y a pas de gardiens, entouré d'arbres et complètement inconnu. J'ai trouvé qu'il y avait un potentiel extraordinaire. La direction et les détenus m'ont accueilli à bras ouverts.»

Mais tout de même avec une certaine méfiance. Ce n'est qu'après plusieurs séjours de quatre jours chaque mois qu'on lui donne accès aux cercles de partage. Il y découvre des hommes qui veulent surmonter leurs traumatismes et leurs démons par la parole. «On y voit le respect et l'écoute des autres gars.»

Steve Patry y trouve alors son vrai sujet, inspiré de la phrase d'une aidante : «Ce sont les hommes blessés qui blessent d'autre monde.» Pas pour rien qu'on parle d'un «centre de guérison» pour cet établissement de réinsertion. À Waseskun, la guérison passe par la spiritualité et par une réappropriation de l'identité et de la culture ancestrale.

N'empêche. «Comment tu fais pour briser ce cycle de violence? C'est la plus grosse décision de leur vie. C'est bien plus facile de fuir. On sent qu'il y a une volonté et un courage, qu'ils vont peut-être y arriver.»

Explorer les blessures

Le réalisateur se met à explorer les blessures subies par ces hommes, liées directement ou indirectement au sort qu'on leur a fait subir dans les pensionnats et par la colonisation, la négation de leur identité.

«Les Premières Nations ont leur part de responsabilité, mais ils n'ont pas tous les torts. [...] Moi, ça m'a fait réfléchir. Je voyais des gars qui faisaient des efforts, qui voulaient s'en sortir. Mais nous, comme société? Il y a du racisme encore et [des injustices qui perdurent]. Si on veut les aider, il faut briser ce cycle de violence qu'on perpétue. J'espère que le film, sans appuyer, peut amener les gens à réfléchir là-dessus. Nous aussi, on a une part de responsabilités.»

Dimanche, le film a été présenté en première au Festival de cinéma de la ville de Québec, devant une salle presque comble et le sera à nouveau mercredi. Les discussions qui ont suivi sont une preuve, croit-il, que ce documentaire fait vibrer une corde sensible.

Évidemment, le réalisateur désire toucher un plus large public que celui des festivals. Il a beau avoir une facture très cinématographique, «le sujet attire les gens». Steve Patry est donc heureux que Waseskun soit produit et distribué par l'ONF.

Une tournée en région est prévue, surtout dans les villes du Québec où les deux communautés se côtoient. Le réalisateur sait bien qu'il s'agit d'un sujet sensible. «On va l'accompagner dans les communautés plus à risque.»

Il aimerait bien que son film «dur, sans jugement ni complaisance» fasse oeuvre de sensibilisation jusqu'au plus haut niveau. «J'aimerais ça que Justin Trudeau le voie.»

Parce que, constate-t-il, il y a un «mouvement» depuis la commission de vérité et réconciliation vers une meilleure reconnaissance de la problématique autochtone au Canada. Mélanie Carrier et Olivier Higgins en font partie avec leur documentaire Québékoisie (2013). Gord Downie, le chanteur des Tragically Hip, lancera en octobre un disque solo, un roman graphique et un film d'animation, tous inspirés du drame des pensionnats pour autochtones.

Si Waseskun «peut participer à cette dynamique, même si ce n'était pas l'intention, ça va me faire plaisir».

Waseskun, au Cabaret du FCVQ, mercredi, 10h

À voir aujourd'hui au FCVQ

  • Peter and the Farm (Tony Stone) MNBAQ, 21h30
Un des coups de coeur d'Olivier Bilodeau, le directeur de la programmation, que ce documentaire en compétition. Le Peter en question est sur un ancien hippie, fermier au Vermont, aux prises avec ses désillusions et son alcoolisme. Un portrait troublant.

  • D'encre et de sang, Alexis Fortier Gauthier, Maxim Rheault et Francis Fortin MNBAQ, 19h
Un autre film de la compétition, mais québécois celui-là. Récit d'un libraire qui trouve le manuscrit d'un auteur connu quand celui-ci décède accidentellement devant établissement et de la quête de justice qui en résulte...

  • Microbe et gasoil (Michel Gondry) Le cabaret, 10h
Un inédit au Québec et pas des moindres : le dernier Gondry, le cinéaste inventif de Du soleil plein la tête. Ce road-movie autour de deux gamins qui construisent une maison-voiture et partent à l'aventure a reçu un accueil chaleureux du critique et du public lors de sa sortie en France, l'an passé.

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