Guibord s'en va-t-en guerre: faire rire et réfléchir

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Le réalisateur Philippe Falardeau entouré de deux des acteurs de Guibord s'en va-t-en guerre, Irdens Exantus et Patrick Huard.

La Presse, Bernard Brault

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Festival de cinéma de Québec

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Festival de cinéma de Québec

Le Festival de cinéma de la Ville de Québec se déroule du 16 au 27 septembre 2015. »

(Québec) Guibord s'en va-t-en guerre arrive à point nommé, en plein pendant la campagne électorale fédérale. La satire politique de Philippe Falardeau, bien reçue aux festivals de Locarno et de Toronto, pose un regard décapant sur la «débâcle» de notre système démocratique, mais avec beaucoup d'humour. Le Soleil s'est entretenu avec le réalisateur de 47 ans sur la présence du clone de Stephen Harper dans le film, de Joé Juneau comme source d'inspiration et de son prochain long métrage américain, The Bleeder, avec Liev Schreiber et Noami Watts.

Q    Au Festival de Toronto (TIFF), tu as indiqué aux spectateurs que ton film illustre la débâcle du système électoral nord-américain. Dans quelle mesure?

R    On ne se rend pas compte qu'on est tous responsables de ce qui ne va pas bien dans notre système. Je ne peux pas dédouaner les politiciens : ils ont leurs responsabilités. On a un premier ministre qui se moque de la presse, se fout des institutions, les scandales... Reste qu'on envisage la politique seulement sous l'angle de nos intérêts personnels ou corporatifs. C'est un réflexe normal, mais la démocratie devient un terrain de compromis où l'intérêt général ne peut être résumé en une position qui va plaire à tout le monde. [...] La politique est donc devenue un terrain de jeu pour les lobbys. Notre film devient comme un laboratoire de recherche et développement : essayons de voir ce qui arrive quand un élu représente effectivement ses électeurs. Est-ce mieux? Avec l'humour, c'est sûr que je vais dans les gros traits, les exagérations... Mais le fond de vérité, c'est que la démocratie, c'est beaucoup plus complexe qu'on pense, qu'on s'est un peu désengagé et qu'on a fini par la prendre pour acquis, sans la remettre en question et se remettre en question.

Q    Le stagiaire de Guibord voit dans la démocratie un idéal à protéger, qui contraste avec la lucidité et le réalisme de son «patron». Pourquoi un Haïtien?

R    J'aimais mettre en scène cette opposition et le fait que [les Haïtiens] sont extrêmement politisés. Je trouvais ça drôle d'avoir un étranger qui connaît plus notre système, c'est pas impossible, toujours dans le registre de l'humour.

Q    Et pourquoi l'avoir appelé Souverain?

   J'essayais de trouver une façon de ne pas m'embourber avec la question nationale - qui vampirise tout. Tu ne peux avoir une opinion sur rien sans d'abord te positionner comme souverainiste ou fédéraliste. Ça nous empêche d'explorer d'autres choses. En le nommant Souverain, on a réglé la question : le clin d'oeil est là. Ça rappelle aux gens que la souveraineté, c'est le lieu de la légitimité du pouvoir. Il y a 300 ans, le souverain, c'était le roi. Aujourd'hui, c'est la population. Dans le film, c'est de ça qu'il est question. Le député [Guibord] veut consulter la population parce qu'il sait que la légitimité est là.

La femme de Guibord (Suzanne Clément) accompagne le... (Christal) - image 2.0

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La femme de Guibord (Suzanne Clément) accompagne le politicien dans son expérience de démocratie directe à travers sa circonscription.

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Q    Tu aurais pu choisir plusieurs sujets pour la question du vote - l'avortement, la peine de mort -, mais ton choix s'est arrêté sur l'entrée en guerre du Canada. Pourquoi?

R    L'avortement et la peine de mort sont les deux premiers sujets qui viennent à l'esprit. C'était d'actualité il y a 30 ans, mais plus maintenant. Même les conservateurs savent qu'on n'y reviendra pas. Ça semblait désuet. Par contre, il y a toujours une guerre quelque part. J'ai commencé à écrire il y a cinq ans. Finalement, la réalité m'a rattrapé puisque Harper a fait un vote au Parlement, il y a un an, pour envoyer le Canada en guerre contre l'État islamique. Je savais que c'était un enjeu qui se comprend, important, mais qui ne sera pas au coeur des discussions. Comme disait Hitchcock, c'est la raison qui enclenche le drame, mais qui en soi n'est pas importante pour la compréhension de l'histoire, le divertissement et l'humour.

Q    Parlant de Harper, tu t'en es inspiré en grossissant le trait pour ton premier ministre. Pourquoi lui?

   Il s'y prête bien parce que c'est un personnage plus complexe qu'on pense. Il est à la fois manipulateur, habile, intelligent, cultivé à sa manière, borné... Ça donne du relief au personnage. J'en fais quelqu'un de manipulateur, mais qui est aussi un père de famille qui s'amuse avec sa fille. C'est beaucoup plus intéressant qu'en faire Darth Vader. Je ne pouvais pas passer à côté. Il a refaçonné la politique canadienne. Ça aurait été une erreur d'en faire un politicien générique. L'occasion était bonne de faire un commentaire.

Q    À l'inverse, Guibord est un pragmatique, un peu à la remorque de sa femme?

R    En fait, ce n'est pas une potiche. Et je trouvais ça intéressant qu'elle soit proguerre. C'est une femme d'affaires, probablement plus à droite que lui. C'est un pragmatique, un rassembleur, un gars qui entretient de bonnes relations avec les autochtones. Je ne me suis pas inspiré d'un seul politicien [mais de plusieurs] et de Joé Juneau, qui est un ancien joueur de hockey qui a fait beaucoup pour les autochtones [du Nord]. Il y a beaucoup de caricature dans mon film, mais pas le personnage principal. Je voulais qu'il soit réaliste et crédible.

Q    Seras-tu sur le tapis rouge ce soir, au Festival de cinéma de la ville Québec, avec tes acteurs?

R    Malheureusement, il faut que je sois à New York. On est à quelques semaines de débuter le tournage [The Bleeder, son prochain long métrage américain, à propos du boxeur qui a inspiré le vrai Rocky].

Guibord s'en va-t-en guerre est présenté mercredi, à 20h, au Palais Montcalm. Il prend l'affiche le 2 octobre.

Toute une expérience!

Steve Guibord (Patrick Huard) est un politicien indépendant du Nord québécois qui se retrouve avec la balance du pouvoir alors que le Parlement doit décider s'il doit envoyer des troupes dans un pays étranger. Devant un dilemme cornélien et député pragmatique, il décide de mener une expérience de démocratie directe en parcourant son immense circonscription. Sa femme forte (Suzanne Clément), sa fille pacifiste (Clémence Dufresne-Deslières) et son stagiaire haïtien idéaliste (Irdens Exantus) l'accompagnent. Mais les enjeux locaux vont vite le rattraper...

Bande-annonce du film «Guibord s'en va-t-en guerre

À voir aujourd'hui au FCVQ

Les dollars de sable (Israel Cardenas, Laura Amalia Guzman)

Cabaret, 15h30

Une belle façon de renouveler le thème du papa gâteau (sugar daddy) alors qu'une femme d'âge mûr (Geraldine Chaplin) entretient depuis trois ans une jeune Dominicaine. Mais alors que le couple envisage de rentrer à Paris, un événement inattendu vient mettre en péril leurs plans...

***

Jacques a vu (Xavier Diskeuve)

Les Gros Becs, 19h

On peut compter sur un réalisateur belge pour proposer un vaudeville au ton décalé sur la religion. À savoir comment utiliser un fermier un peu simplet des Ardennes qui a une apparition dans la forêt pour contrer la construction d'un énorme centre de vacances...

***

Beepa Boys (Deepa Mehta)

Les Gros Becs, 15h30

La réalisatrice torontoise est la seule Canadienne à avoir obtenu une nomination aux Oscars pour un film en langue étrangère (­Water, 2005). Cette fois, elle propose une incursion dans les guerres de gangs à Vancouver, sous le turban d'un gangster sikh. Sa comédie vient d'être présentée au Festival de Toronto.

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