L'obsession de la réalité à la Polanski

Pour un cinéphile, l'attrait du dernier Roman Polanski... (AFP, Alberto PIZZOLI)

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Pour un cinéphile, l'attrait du dernier Roman Polanski est irrésistible. Surtout avec Emmanuelle Seigner et Eva Green en duo presque gémellaire dans D'après une histoire vraie, présenté en première mondiale hors compétition samedi.

AFP, Alberto PIZZOLI

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) CANNES / Alors, on fait quoi maintenant que les films de la compétition sont passés? On va en voir d'autres. J'avoue qu'il faut être un peu maniaque pour prendre le chemin d'une salle obscure, très tôt un samedi matin, alors qu'il fait un temps resplendissant (j'y suis même retourné en après-midi). La moyenne des ours se dirigerait plutôt vers la plage pour profiter du soleil et de la Méditerranée. Mais pour un cinéphile, l'attrait du dernier Roman Polanski est irrésistible. Surtout avec Emmanuelle Seigner et Eva Green en duo presque gémellaire.

Manifestement, je ne suis pas tout seul à souffrir de cette crampe mentale. Le grand théâtre Lumière était archi-plein pour D'après une histoire vraie, présenté en première mondiale hors compétition. Même chose pour la conférence de presse. Faut dire que le légendaire cinéaste de 83 ans, auteur d'oeuvres majeures et aussi différentes que Chinatown (1974) et Le pianiste (2002), donne un bon spectacle. Drôle, vif d'esprit et metteur en scène jusqu'au bout des doigts: il fallait le voir tenter de diriger les questions des journalistes vers ses acolytes.

Notamment l'auteure du roman, Prix Renaudot 2015, Delphine de Vigan, qui a confié s'être inspirée, entre autres, des excellents Locataire (1976) et Répulsion (1965)... de Polanski! Un livre taillé sur mesure, donc, pour le réalisateur. «Il y avait des éléments de mes premiers films et ça m'intéressait de revenir à ce cinéma. [...] Ici, c'est deux femmes qui s'opposent, c'était fascinant.» En plus, «c'est le côté suspense qui m'attirait. Je me sentais un peu sur mon terrain».

Il a pourtant confié l'adaptation au réalisateur Olivier Assayas. «Olivier a réussi à réduire du premier coup ce livre, sans rien en perdre», a indiqué Polanski. D'après une histoire vraie traite de l'obsession actuelle pour le «vécu». «Cette curiosité pour les histoires vraies, ça devient un argument commercial. Cette attente du public envers la réalité peut être terrifiante. Il y a un côté voyeur qui me heurte», a confié de Vigan.

Par un astucieux jeu de miroir, le personnage principal du roman s'appelle... Delphine. Emmanuelle Seigner incarne cette auteure en panne d'inspiration qui rencontre Elle (Eva Green), sa plus fervente admiratrice. La jeune femme va vite s'avérer indispensable, mais aussi une présence inquiétante, insistant pour que Delphine écrive son «livre secret» sur lequel Elle fantasme. L'auteure et sa doublure vont se livrer à une partie de chat et de souris, inversant les rôles, chacune poussant l'autre dans ses derniers retranchements.

D'après une histoire vraie n'est pas un grand cru de l'illustre cinéaste, même si sa réalisation s'avère toujours aussi élégante. Ce qui tient surtout du fait qu'il s'agit d'un scénario parfois bancal (il y a des ficelles un peu grosses), qui raconte une histoire maintes fois rabâchée sur la fine frontière entre la réalité et la fiction. 

L'élément le plus intéressant est cette relation ambiguë des deux femmes, basées sur la manipulation et la domination. En lisant le livre, Polanski a tout de suite pensé à Eva Green pour incarner Elle. «Il y a un aspect ambivalent à ce personnage. En ça, j'ai essayé de respecter le livre, soit ne pas définir à 100 % si le personnage est réel et laisser ça au public.»

L'actrice française de 36 ans ne veut pas trop en révéler non plus. «Mon personnage est un peu étrange et c'est ce qui m'a plu. Elle a quelque chose d'insaisissable, un côté lunatique et un peu dangereux. On se demande constamment si elle existe ou pas.»

Roman Polanski pense que son film peut susciter une réflexion sur la surinformation causée par les réseaux sociaux. «C'est quoi, une histoire vraie, de nos jours? On peut tout changer d'un simple geste, qui est amplifié des millions de fois autour du monde.» En conséquence, «il y a une soif de vérité».

*****

Je sais bien que personne ne perd le sommeil, au Québec, sur l'identité du gagnant de la Palme d'or. Mais ici, c'est un petit jeu de spéculation qui commence dès la première projection. Ça et les commentaires habituels sur la compétition, à savoir que c'est moins relevé que par les années passées.

Cette 70e édition se compare avantageusement aux quatre précédentes que j'ai couvertes. Seule différence, quand même majeure: il n'y a pas cette année un ou deux films qui laissent pantois, du genre à faire oublier la faiblesse des autres.

Mais de très bons films, il y en a eu plusieurs (des pas mal moins bons aussi, c'est vrai). Le jury ne manque pas de choix, même si les principaux candidats sont des films qui divisent: The Square de Ruben Östlund, Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos (ma Palme à moi) et Happy Ending de Michael Haneke (honnêtement, je ne crois pas que le réalisateur autrichien va repartir avec une troisième Palme d'or).

Ce qui pourrait permettre à un candidat de se faufiler en douce, comme Faute d'amour d'Andreï Zviaguintsev ou même 120 battements par minute de Robin Campillo, des films avec une dimension sociopolitique importante, comme les trois précédents, mais en moins pesant.

On peut raisonnablement penser que ces films vont se séparer la Palme d'or, le Grand Prix (l'équivalent de la médaille d'argent), le Prix du jury (la médaille de bronze), le Prix de la mise en scène et celui du scénario. Mais il ne faudrait pas perdre de vue Noah Baumbach (pour le scénario, peut-être), Lynne Ramsay (réalisation) et les frères Safdie.

L'un des deux derniers risque fort d'être couronné pour le meilleur acteur. Robert Pattinson a fait forte impression dans Good Time des Safdie, mais il aura fort à faire pour surclasser Joaquin Phoenix dans Your Were Never Really Here de Ramsey.

Côté féminin, Diane Kruger a marqué tous les esprits dans In the Fade de Fatih Akin. Mais il ne faut pas écarter d'emblée Nicole Kidman dans Les proies de Sofia Coppola.

On verra bien dimanche soir (à partir de 13h15 au Québec). Je vous tiens au courant.

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.

***

On a vu

  • Mise à mort du cerf sacré, Yorgos Lanthimos ****
  • Your Were Never Really Here, Lynne Ramsay ***1/2
  • Good time, Josh et Bennie Safdie ***1/2
  • The Meyerowitz Stories (New and Selected), Noah Baumbach ***1/2
  • L'amant double, François Ozon ***1/2
  • Happy Ending, Michael Haneke ***1/2
  • The Square, Ruben Östlund ***1/2
  • Faute d'amour, Andreï Zviaguintsev ***
  • Vers la lumière, Naomi Kawase ***
  • Les proies, Sofia Coppola ***
  • Une femme douce, Sergei Loznitsa **1/2
  • Okja, Bong Joon-ho **1/2
  • In the Fade, Fatih Akin **1/2
  • Le redoutable, Michel Hazanivicius **1/2
  • Wonderstruck, Todd Haynes **1/2
  • La lune de Jupiter, Kornél Mundruczó **1/2
  • 120 battements par minute, Robin Campillo **
  • Le jour d'après, Hong Sang-soo **
  • Rodin, Jacques Doillon *




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