La dernière étape dans le tapis

L'acteur Robert Pattinson est à Cannes pour présenter... (AFP, Anne-Christine Poujoulat)

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L'acteur Robert Pattinson est à Cannes pour présenter le thriller Good Time, un électrifiant suspense de Josh et Benny Safdie.

AFP, Anne-Christine Poujoulat

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Festival de Cannes

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

CANNES / Le bruit lancinant d'une sirène m'a réveillé, vendredi matin. Avec les attentats des dernières années en Europe, on devient un brin paranoïaque. L'espace d'un moment, j'ai imaginé le pire. Fausse alerte - un système d'alarme quelconque. La fatigue n'aide pas. L'air de rien, le Festival de Cannes entame la dernière étape le pied dans le tapis. En s'éclatant avec deux films de genre décapants, ceux de François Ozon et des frères Safdie.

Je suis arrivé il y a 10 jours et j'ai l'impression que c'était hier. Et, malgré quelques couacs, cette 70édition respecte ses promesses, notamment les drames d'Östlund (The Square) et de Lanthimos (Mise à mort du cerf sacré). Ces auteurs majeurs et d'autres ont présenté des films dérangeants, qui témoignent du monde actuel : migrants, déshumanisation, faillite morale, mais aussi espoir. Peut-être parce qu'il y a aussi beaucoup été question de famille... 

Bon, je n'ai pas été jeté à terre comme c'est déjà arrivé (il reste tout de même deux films vendredi). Parfois déstabilisé, comme avec le sulfureux L'amant double de François Ozon. Le cinéaste français propose un drame psychologique retors doublé d'un suspense haletant. En fait, il a réalisé le plus hitchcockien de ses films - qui le sont toujours un peu. Les références sont nombreuses, en particulier au chef-d'oeuvre Vertigo (1958).

Marine Vacth, la muse d'Ozon dans Jeune et jolie, en compétition en 2013, incarne Chloé. La jeune femme fragile tombe amoureuse de Paul (Jérémie Renier), son psychiatre plus vieux. Lorsqu'ils emménagent, elle découvre que son amoureux lui cache une partie de son passé qui implique un jumeau renié, Louis, lui aussi psy! Chloé décide d'entreprendre une thérapie avec ce dernier sous une fausse identité - un jeu très dangereux!

Le réalisateur de Swimming Pool (en compétition en 2003) brasse ses thèmes habituels : le double (et  les miroirs), la perversion sexuelle, les désordres psychologiques, le mensonge, le désir, la pulsion de mort... Mais jamais il n'avait autant donné libre cours à son amour du suspense. Avec 18 longs métrages, Ozon maîtrise à la perfection les codes pour induire une forte tension avec le montage et la trame sonore obsédante.

Mais il s'est aussi éclaté avec l'étrange voisine du couple, qu'on verrait bien dans un film de David Lynch, et la fixation de ses personnages sur les chats. Autrement dit, il joue avec le grotesque sans jamais tomber dans le ridicule.

L'amant double s'avère parfois prévisible. Et même si Ozon s'est librement inspiré d'un roman de Joyce Carol Oates, il a une grosse dette envers Alter ego (Dead Ringers, 1988) de David Cronenberg, en moins glauque. 

Renier, en jumeaux opposés, sans être aussi marquant que Jeremy Irons, se tire bien d'affaire, tout comme Vacth, étonnamment solide en femme instable.

L'amant double ne causera pas scandale comme d'autres longs métrages dans l'histoire du Festival. Par contre, il contribue à redonner ses lettres de noblesse aux films de genre à Cannes, une tendance amorcée il y a quelques années. Tant mieux.

***

À une certaine époque, réalisateurs et acteurs se promenaient librement dans les rues de Cannes. C'est révolu, mais on fait parfois des rencontres inattendues. Le lendemain de mon arrivée, j'ai croisé Philippe Falardeau avec lequel j'ai discuté avant de me sauver à ma projection. L'après-midi de la montée des marches de Redoutable, Michel Hazanavicius était attablé sur la terrasse d'un petit café. Mercredi, on a aperçu David Lynch qui déambulait (bien entouré). Jeudi soir, j'ai vu Tony Gatlif - plus évident : le réalisateur et sa douzaine de musiciens donnaient un concert sur la plage avant la projection de Djam, son plus récent film. Je suis retourné à l'hôtel, la tête pleine de notes et d'images dans la douce nuit cannoise.

***

La nuit de Connie (Robert Pattinson, méconnaissable héros des Twilight) s'avère autrement plus chaotique dans Good Time, l'électrifiant suspense de Josh et Benny Safdie. Les vedettes montantes du cinéma indépendant américain ont débarqué en compétition avec un retentissant film de genre - dans tous les sens du terme, un vrai film de gars.

Donc, Connie et son frère Nick (Benny Safdie) commettent un vol qui tourne mal. Ce dernier est capturé. L'aîné tente de réunir assez d'argent pour payer sa caution. Quand il échoue, il se met en tête de le faire évader. Une malchance en entraînant une autre, sur la base de décisions improvisées et mal avisées, notre perdant de première va passer une nuit d'enfer sur l'adrénaline. On pense à un amalgame de Mean Streets (1973) et d'After Hours (1985) de Scorsese, jusque dans le style et l'humour. Mais l'esthétique des Safdie est plus crue, sauvage.

Les frères Josh et Benny Safdie (en compagnie... (AFP, Valery Hache) - image 2.0

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Les frères Josh et Benny Safdie (en compagnie de Robert Pattinson, au centre) ont offert une conférence de presse débonnaire à Cannes.

AFP, Valery Hache

Dans une conférence de presse débonnaire, les Safdie ont expliqué que leurs films naissent de leurs personnages, fruit d'une véritable obsession très détaillée - pendant des mois, Pattinson et Safdie se sont échangé des courriels dans la peau des frères Nikas pour nourrir leur relation. Ils ont aussi «joué» anonymement dans la rue pour observer les réactions des quidams et les transposer dans l'exultant long métrage. Ce qui renforce son naturalisme.

Pattinson, qui offre possiblement la meilleure performance de sa carrière dans Good Time, a expliqué qu'il avait travaillé son look pour devenir complètement anonyme dans les rues de New York alors que les frères tournaient en style guérilla. Buddy Duress n'avait pas besoin d'une telle préparation pour se glisser dans la peau d'un truand : «Je suis un ex-criminel.» Sur le chemin de la réhabilitation pour faire quelque chose de «positif» de sa vie. Trois ans plus tard, «je suis à Cannes. Wow!»

En effet.

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.

On a vu

  • Good Time, Josh et Bennie Safdie *** ½
  • Les filles d'Avril (Un certain regard), Michel Franco ***
  • L'amant double, François Ozon *** 1/2

Lu

Pas grand-chose de bon en ce jeudi. Comme le marché de film se termine vendredi et que la majorité a déjà plié bagage, les magazines spécialisés (Variety, Hollywood Reporter, Screen, etc.) ont déjà cessé la publication de leur édition quotidienne cannoise. Ils sont une mine d'informations sur tout ce qui se passe ici, des transactions conclues pour le financement des longs métrages qui seront à l'affiche d'ici deux, trois ans jusqu'aux entrevues de fonds avec réalisateurs et acteurs présents au Festival, en passant par les inévitables pages mondaines et photos de robes à la montée des marches.

Entendu

Un vendeur ambulant m'interpeller pour me vendre un «hand-spinner» (3 euros, deux pour 5 euros). Ce gadget, une toupie qui tourne presque indéfiniment sur les doigts, ne fait pas seulement rage auprès des enfants québécois, semble-t-il. Il est tout de même fascinant que les fameuses différences culturelles s'estompent de plus en plus quand il s'agit de produits de consommation (malbouffe comprise). Heureusement, on peut tout de même trouver des produits typiquement locaux, notamment toutes les déclinaisons d'articles à la lavande. Y a quelqu'un qui veut que je lui ramène un savon?

Vu

Que le principe de la queue est un concept très relatif pour certains. Notamment une célèbre critique américaine qui est passée devant moi deux fois sans faire la file... Peu importe. Le Festival tire à sa fin et la sécurité a (enfin) trouvé son rythme de croisière. L'accès aux salles se fait de façon beaucoup plus fluide qu'il y a une semaine et les gens ne rechignent plus à l'idée que leurs sacs soient fouillés de fin en comble. Même si on confisque encore des choses surprenantes par excès de zèle. Comme un contenant miniature de désinfectant pour les mains. «C'est permis dans les avions!» «C'est inflammable, madame.» J'ai glissé à ma collègue qu'il valait mieux ne pas argumenter avec la sécurité...




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