Famille, je vous hais!

De droite à gauche: Adam Sandler, Dustin Hoffman, Emma... (PHOTO OLIVIER MORIN, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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De droite à gauche: Adam Sandler, Dustin Hoffman, Emma Thompson et Ben Stiller jouent dans le film The Meyerowitz Stories (New and Selected) de Noah Baumbach.

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) Formidable dimanche à Cannes avec l'entrée en scène remarquée et remarquable de Noah Baumbach et de Michael Haneke en compétition. Le premier y est pour la première fois alors que le second tente de remporter une troisième Palme d'or à sa septième présence. Ils ont en commun, toutefois, d'aborder le même sujet, de façon fort différente: les tensions intergénérationnelles.

Il y avait une cohue monstre et beaucoup d'excitation à la conférence de presse pour Meyerowitz Stories (New and Selected). Parce que Noah Baumbach est au sommet de son art avec cette comédie dramatique incisive, drôle et profondément humaine à propos d'une famille dysfonctionnelle. Malgré leurs tares, leur situation a une profonde résonnance chez chacun. C'est toutefois ses interprètes qui suscitaient tout ce buzz.

Le réalisateur indépendant américain (Frances Ha, While Where Young) a réuni une incroyable distribution autour de Dustin Hoffman, sa figure paternelle. Le légendaire acteur s'est inspiré de son père et de celui du réalisateur pour composer ce personnage égocentrique qui n'en a que pour sa carrière de sculpteur raté et son dernier fils, Matthew (Ben Stiller), au détriment de son fils aîné, (Adam Sandler, moustachu) et de sa fille (Elizabeth Marvel). Ajoutez au portrait Emma Thompson en belle-mère alcoolique!

Tout ce beau monde réuni, c'est autant de rires à l'écran qu'en chair et en os. Sandler et Stiller ont tout de même réussi à réunir assez de sérieux pour louanger Hoffman, beaucoup plus pince-sans-rire comme l'a constaté à ses dépens une journaliste suédoise.

Noah Baumbach a tout de même pu expliquer que son 11e long métrage met en lumière l'écart entre ce que nous voulions devenir et ce que nous sommes devenus. Et notre façon d'évaluer le succès social. Il le fait avec beaucoup de pertinence. Danny (Sandler) se voit comme un perdant parce qu'il ne travaille pas, il a pourtant été un père aimant et attentionné pour sa talentueuse jeune fille.

Le long métrage souligne justement à quel point l'éducation parentale contribue à nous définir. Chacun des trois enfants se bat contre leur lourd héritage paternel, dont son obsession pour les arts au détriment de tout le reste. Sa réalisation dépouillée et le jeu très naturel des acteurs, tous très bons, contribuent à faire de ce film un petit bijou de réalisme, chaleureusement applaudi.

Noah Baumbach est sans contredit l'un des meilleurs cinéastes américains actuels et un scénariste d'une finesse incroyable - en plus de ses films, il écrit parfois pour Wes Anderson. Meyerowitz Stories, avec son humour juif new-yorkais caustique et affectueux, évoque évidemment le Woody Allen première époque. Il en est le digne héritier.

* * *

Les tares familiales sont d'un tout autre ordre dans Happy Ending d'Haneke. Ici, ce n'est pas le patriarche suicidaire (Jean-Louis Trintignant, magistral) qui mène le bal, mais sa fille Anne (Isabelle Huppert) qui dirige l'entreprise familiale et le domaine d'une main de fer. C'est d'ailleurs la seule qui n'a pas des problèmes dans ce clan instable, aveugles aux troubles sociaux qui les entourent à Calais et dans le monde.

Le film s'ouvre avec séquences tournées par un cellulaire (la critique des réseaux sociaux est, tout au long, impitoyable) - celui d'Ève, 13 ans, qui déteste sa mère et déménage ensuite chez son père. C'est par cette fille un brin psychopathe que le spectateur entre chez les Laurent. Qui va vite constater que ça ne tourne pas rond. Dépression, adultère, manipulation, rien n'est à l'épreuve de ces grands bourgeois - un instantané de la faillite morale de toute une couche de la société.

Le long métrage du réalisateur autrichien est déstabilisant, comme toujours. Haneke ne porte pas de jugement, offrant en pâture aux spectateurs ses personnages à l'aide de longs plans-séquences, immobiles ou en mouvement. Il ne lui révèle pas tout non plus, le laissant supputer sur ce qui se passe pendant la tranche de vie offerte. Le film saisit les Laurent à un moment de leur vie tumultueuse et se conclut sur une fin ouverte qui laisse en suspens leur destin. Le Happy Ending du titre est très ironique.

Ce drame psychologique, son dixième long métrage à Cannes, est délicieusement pervers, mais pas du même calibre que ses deux Palmes d'or (Le ruban blanc, 2009, et Amour, 2012). Moi, j'adore son humour noir et le fait qu'il cherche à nous pousser dans nos derniers retranchements. Sa direction d'acteurs est impeccable, ce qui renforce l'impact du propos.

Ce que le juré va en penser importe peu. Haneke est encore et toujours un maître réalisateur.

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.




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