L'original de Winnipeg, la fausse bombe de Cannes

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Matthew Rankin

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) Quand Matthew Rankin a «fui» Winnipeg, il était loin de se douter qu'il serait en compétition à la Semaine de la critique à Cannes. Ou même cinéaste. L'homme de 36 ans a d'abord atterri à Montréal où il comprend rapidement que l'intérêt réside dans la langue. Il manie assez rapidement le français pour faire une maîtrise sur l'histoire du Québec à l'Université Laval! Puis «j'ai constaté que je n'étais pas un scientifique, mais un artiste».

Quand Matthew Rankin a «fui» Winnipeg, il était... (Collaboration spéciale Éric Moreault) - image 1.0

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Collaboration spéciale Éric Moreault

Ce n'est pas une grosse révélation: l'original a toujours tourné des images en dilettante. D'abord des oeuvres expérimentales «des bas-fonds» du cinéma indépendant où il attire l'attention de l'ONF. Qui lui donne l'occasion de réaliser Tesla: Lumière mondiale avec des moyens beaucoup plus considérables. Ce qui l'amène ici, où son court métrage d'animation sera présenté en première mondiale mardi.

En attendant, il est assis, coupe sage, lunettes métalliques discrètes et chemise bleu marin, à l'ombre de la terrasse du pavillon de la SODEC, sous un temps radieux en ce début d'après-midi. Tout le contraire de son extravagant court et de son sujet. «J'aime les excentriques, ça m'inspire.»

Celui du film, Nikola Tesla (1856-1943), est un célèbre inventeur, le père du courant électrique alternatif. Qui lance un ultime appel à l'aide à J.P. Morgan, son mécène de jadis - toute la narration est extraite de ses lettres (où le drôle de moineau confesse aussi son amour pour une oiselle!). Son projet: de l'énergie abordable pour toute la planète. 

«Je m'intéresse beaucoup aux utopies échouées du XXe siècle. On croyait qu'on pouvait surmonter tous les problèmes pour que l'expérience humaine soit plus juste et solidaire, explique le cinéaste dans un français fluide. Tesla représente cet esprit idéaliste.»

L'esthétique est à l'avenant, avec de l'animation de lumière et de la pixilation à la McLaren, «une influence majeure», mais aussi des citations du cinéma de l'expressionnisme allemand dans les images réelles de Tesla, incarné par un acteur. Original, on vous disait.

Rankin a complété, il y a trois semaines, le tournage de son premier long métrage de fiction sur la jeunesse de Mackenzie King. Le coeur du futur premier ministre canadien (1935-48) balance entre une Anglaise et une infirmière... de Québec! Les premiers amours du réalisateur ne sont jamais bien loin...

S'il repart les mains vides jeudi, il peut toujours se consoler puisque Tesla fait aussi partie de la sélection officielle du Festival d'Annecy, le Cannes de l'animation, qui se déroule dans trois semaines.

*****

Petite frayeur en début de soirée avant la projection du Redoutable. Les employés sont sortis à la hâte de l'Auditorium Debussy, puis le service de sécurité a ordonné aux journalistes qui attendaient pour entrer de reculer le plus loin possible, sans donner d'explications. On a su par communiqué, après la projection, qui a débuté 45 minutes plus tard que prévu, qu'il y avait «un doute sur un objet». Bravo pour le protocole de sécurité, mais pour la communication sur place, on repassera...

Revenons aux excentriques, Jean-Luc Godard en était tout un. Ce qui explique sûrement qu'il fut le phare de la Nouvelle vague du cinéma français à la fin des années 50, mais aussi un des plus grands réalisateurs du XXe siècle. C'est peut-être aussi pour ça qu'il a sacrifié son mariage avec Anne Wiazemsky pour des raisons politiques. Michel Hazanavicius a adapté le livre de cette dernière - mais ce n'est pas une biographie. C'est Godard vu par la lorgnette du réalisateur de L'artiste (2011). D'ailleurs, il faut souligner son courage de revenir au Festival après le massacre critique de The Search (2014).

Comme j'ai suivi un cours sur le God-art à Laval et que j'ai une affection particulière pour le cinéaste (pas le misanthrope), j'attendais avec impatience cette comédie. Car c'en est une, parfois très drôle. Elle débute en 1967 alors que le réalisateur du Mépris (Louis Garrel) vient de tourner La chinoise avec celle qui va devenir sa femme (Stacy Martin). Le long métrage maoïste est un échec total. Alors que se déroule les émeutes de mai 1968, Godard amorce une longue dérape où il réussit à s'aliéner tout le monde et son père.

Dans le film, Le redoutable est le nom d'un sous-marin. Mais c'est à un véritable naufrage auquel on assiste. Celui d'un homme qui vit une grave crise existentielle et entreprend une entreprise d'autodestruction, au risque d'entraîner vers le fond tous ceux qui l'entourent. Notamment sa femme qui manque d'air, étouffée par sa jalousie maladive. Dans sa vie amoureuse, Godard est, paradoxalement, un bourgeois réactionnaire.

L'exposé d'Hazanavicius est clair. Mais le film est tellement autoréférentiel, avec tous ses clins d'oeil aux films de Godard et à l'époque, qu'il risque de laisser les non-initiés fort perplexes à propos de cet homme pitoyable. Même s'il y a plusieurs bonnes idées comiques, notamment ce running gag avec ses lunettes qui sont constamment piétinées. Et Garrel compose un Godard plus vrai que nature. Encore faut-il connaître l'animal...

*****

Premier film français de la compétition, 120 battements par minute ne passera pas à l'histoire. Robin Campillo y trace le portrait d'un groupe d'activistes, dont il a fait partie, qui, au début des années 90, dénonce l'indifférence du gouvernement à l'égard du sida. Plus particulièrement, le destin de Nathan (Arnaud Valois) et de Sean (Nahuel Pérez Biscayart), dont la radicalité augmente alors qu'il se consume à petit feu. Les deux acteurs y sont merveilleux.

Avec un tel sujet, je me sens presque coupable que le film m'ait laissé indifférent. Mais jamais le réalisateur n'a réussi à m'émouvoir. Trop verbeux, long, didactique, convenu et prévisible. À part le rappel historique du malaise et de l'indifférence de l'époque, 120 BPM n'apporte rien d'original au sujet, déjà exploré dans des films autrement plus percutants, notamment Les nuits fauves de Cyril Collard (1992).

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.

***

ON A VU

  • 120 battements par minute, de Robin Campillo **
  • Le redoutable, de Michel Hazanivicius ***
***

LU

Dans Écran total que Cannes est aussi l'hôte de la deuxième édition de la Semaine du cinéma positif, qui se déroule jusqu'au 24 mai. Le festival est une initiative de l'écrivain Jacques Attali. «Nous y faisons de la pédagogie en projetant des films positifs et en y remettant des prix à des carrières positives» - à Charlie Chaplin l'an passé, à Frank Capra cette année. «Il nous est apparu intéressant de savoir si le cinéma pouvait être positif en tant que lanceur d'alerte sur les grands enjeux sociaux, démocratiques, politiques et écologiques du monde.» La semaine vise surtout les jeunes.

***

VU

D'interminables bouchons de circulation au centre-ville et des conducteurs sur le bord de la crise de nerfs. Plusieurs rues sont interdites à la circulation pour des raisons de sécurité, ce qui complique les déplacements. Même les véhicules autorisés y circulent à pas de tortue: on fait ouvrir tous les coffres. Ajoutez à ça une foule dense, composée autant de festivaliers que de curieux, qui ont priorité aux intersections sur les voitures, et ça commence à ressembler à du surplace même pour ceux qui sont en Lamborghini. De l'hôtel au Palais à pied: six minutes. En auto: l'éternité...

***

ENTENDU

L'accent chantant de la Provence à la caisse du Monoprix (plus ou moins l'équivalent d'un Sobey's grande surface). On a beau être sur la Côte d'Azur, c'est plutôt rare. Ce qui s'explique en bonne partie par tous ces jeunes, et moins jeunes, qui viennent travailler ici pendant le Festival et qui ne sont pas nécessairement de la région. Au Bunker, le surnom du Palais des festivals, alors, là, on se croirait aux Nations Unies. D'autant que les Asiatiques y débarquent plus nombreux chaque année. Mais, sinon, on a croisé Hongrois, Suédois, Italiens, Allemands, Espagnols, Indiens, Anglais, Canadiens et, bien sûr, quelques Américains...




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