L'hommage au cinéma

L'équipe de Wonderstruck: Michelle Williams, Todd Haynes, Julianne Moore,... (AP, Arthur Mola)

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L'équipe de Wonderstruck: Michelle Williams, Todd Haynes, Julianne Moore, Jaden Michael et Millicent Simmonds

AP, Arthur Mola

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Festival de Cannes

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Festival de Cannes

Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

CANNES / On me demande parfois ce que j'aime le plus au Festival de Cannes. Bien sûr, ce sentiment unique de découvrir un film qui procure une émotion telle que les mots manquent pour en décrire la magnitude. Mais c'est rare. Le moment que je préfère, donc, c'est la marche du matin à travers les rues étroites de la ville.

Rien ne surpasse ce moment, un peu avant 8h, où les habitants sont encore dans leur petit-déjeuner - la journée des Cannois commence plus tard qu'au Québec... Je prends un détour par la rue Hoche, qui m'évite le flot des festivaliers qui convergent vers le Palais. Je ne me lasse pas de l'architecture typique (même si, en mai, plusieurs édifices ont des volets clos parce que leurs propriétaires n'ont pas pris leurs quartiers d'été ou ont quitté la cohue). 

L'arrivée au Palais me sort de ma bulle. La file est longue, surtout avec les nouveaux portails de sécurité et les mesures plus strictes (Aurélien, mon sympathique concierge, demande si je me sens en sécurité - j'imagine...). Les fameuses marches... vites grimpées. Puis le plaisir sans cesse renouvelé d'entrer dans la plus belle salle de cinéma au monde - plus de 2000 places. Pas seulement dans son esthétique, mais aussi sur le plan technique. La projection se déroule dans les meilleures conditions possible.

Todd Haynes avait donc de quoi être ravi jeudi matin. Avant d'être une adaptation d'un roman graphique de Brian Selznick (Hugo Cabret), Wonderstruck est un hommage au cinéma. «J'ai voulu attirer l'attention sur toutes les dimensions cinématographiques : les images, la musique, le montage, etc.», a convenu l'Américain. Preuve qu'on n'a pas besoin des mots pour raconter une histoire au cinéma.

Wonderstruck suit les destinées d'un garçon et d'une fille de 12 ans qui fuguent vers New York, mais à 50 ans d'écart. On devine qu'il y a un autre lien que leur surdité... Le film monte en parallèle le récit, l'un en noir et blanc, qui récrée l'esthétique des films muets, et l'autre, en couleurs, celles des années 70. Les deux époques sont superbement recréées.

Le réalisateur de Carol n'a pas obtenu les récompenses espérées en 2015, et ce sera encore le cas. Après une première moitié prometteuse, son drame s'enlise dans le convenu et le mélo (comme souvent chez Haynes). La performance impeccable de Julianne Moore, dans un rôle secondaire, ne parvient pas à sauver ce ramassis de bons sentiments, qui accouche d'une souris. Leur quatrième collaboration est loin d'être aussi fructueuse que dans le magnifique Loin du paradis (2002). Wonderstruck risque fort de n'attirer ni les enfants ni leurs parents.

***

Jeanne Balibar et Mathieu Amalric... (AFP, Alberto Pizzoli) - image 2.0

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Jeanne Balibar et Mathieu Amalric

AFP, Alberto Pizzoli

Autre film, autre hommage au 7art, mais aussi à la chanson que le stupéfiant et audacieux Barbara de Mathieu Amalric. Je me fais un devoir, chaque année, d'aller voir le film d'ouverture d'Un certain regard. 

La section sert parfois d'antichambre aux cinéastes qui vont ensuite jouer en compétition, comme Xavier Dolan. Mais elle accueille souvent des réalisateurs qui, pour une raison ou une autre, et pas nécessairement bonne, ne concourent pas pour la Palme d'or. Comme Arnaud Desplechin, l'an passé, dont le film présenté en ouverture du Festival met en vedette un certain... Mathieu Amalric. Dont j'aime bien les mises en scène, jamais banales (La chambre bleue, 2014, aussi présenté à Un certain regard).

Cet antidrame biographique est un beau choc esthétique, une proposition qui ne va pas au bout de sa folie, mais qui a l'avantage de porter un certain regard, c'est le cas, sur la célèbre chanteuse, fabuleusement interprétée par Jeanne Balibar.

Amalric a puisé dans le sac de trucs de la Nouvelle vague pour cet amalgame un peu maniéré d'images d'archives, de répétitions (on voit l'actrice travailler son personnage, la voix, les paroles, les gestes, etc.) et du film en train de se faire. Amalric joue en effet Yves, un réalisateur fou de la chanteuse... et de l'interprète de Barbara dans le film qu'il tourne. Entre réalité et fantasme, tout se brouille et s'entrechoque. «Tu tournes un film sur Barbara ou sur toi», demande Balibar. «C'est la même chose», répond Yves/Mathieu.

Fascinant. Un très bon moment de cinéma.

***

Ce qui est aussi le cas, au début, de La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó, dont c'est le cinquième film en cinq à Cannes. Le suspense d'anticipation mystique du Hongrois n'a pourtant pas convaincu tout le monde, loin de là. La fin a été accueillie par des huées et quelques applaudissements. Et un certain soulagement pour ma part tellement le film creusait sa tombe.

Pourtant, ça commence avec un moment de bravoure cinématographique hallucinant à la Fils de Saul (Grand prix en 2015). Et il y en a plusieurs. Mundruczó multiplie les plans-séquences où la caméra, portée ou aérienne, virevolte sans jamais perdre le fil. On n'en dira pas autant du récit.

Au début, on était prêt à faire un acte de foi avec ce récit d'un médecin qui chute et cherche la rédemption auprès d'un jeune migrant qui lévite après avoir... ressuscité, atteint de trois balles. Les deux hommes sont poursuivis par le policier qui l'a abattu. Mais plus ça avance et plus le cinéaste insiste sur des paraboles religieuses plaquées, en plus d'avoir la main lourde sur notre inhumanité et sa finale, aussi peu crédible que les films d'action avec Vin Diesel. 

Bref, tout ça finit par être indigeste. J'étais pourtant prêt à être très indulgent devant une réalisation aussi accomplie. Ça n'a pas gâché ma bouffe, engloutie dans ma chambre, pour autant.

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.

On a vu

  • Wonderstruck, de Todd Haynes ** ½
  • Barbara (Un certain regard), de Mathieu Amalric *** 1/2
  • La Lune de Jupiter, de Kornél Mundruczo ** 1/2

LU

Un article du Hollywood Reporter qui confirme que les studios américains sont plus en plus frileux à présenter un film à Cannes. D'abord parce que, dans le tourbillon médiatique actuel, maintenir le «momentum» pendant neuf mois en vue des Oscars s'avère pratiquement impossible. On préfère maintenant les festivals de l'automne comme Venise ou Toronto. Et puis, il y a la critique assassine qui peut démolir un film s'il n'est pas à la hauteur. Gus van Sant et Sean Penn l'ont chèrement appris ces dernières années. Mais le festival demeure l'endroit de prédilection pour le cinéma indépendant, quelle que soit sa nationalité.

ENTENDU

«Ah zut! On a perdu Éric.» Non, il ne s'agit pas de moi, mais d'un alter ego recherché par deux mecs avec leur accréditation au cou. La foule est dense sur la Croisette, en particulier en face du Palais. Un moment de distraction peut-être fatal, surtout que la navigation est plus périlleuse que jamais avec tous ces zombies qui regardent leur sacré cellulaire. Et les longues files d'attente pour entrer en salles où certains journalistes n'hésitent pas à jouer du coude pour gagner quelques rangs. Ils éprouvent généralement de la difficulté à ma hauteur. Je ne suis pas du genre à me laisser piler sur les pieds, au propre comme au figuré.

VU

Que les gratteux ont repris du service. Non, il ne s'agit pas de festivaliers chiches. Le terme désigne plutôt les cinéphiles qui arpentent sans cesse le bitume du Palais, une affiche colorée ou griffonnée à la main, pour demander une invitation. Il y a les occasionnels comme ce trio de jeunes Asiatiques qui cherche un laissez-passer pour Okja de Bong Joon Ho. Puis les pros comme Elena, 75 ans, qui réussit généralement à voir tous les films de la compétition. Elle ne perd pas son temps avec un journaliste, qui n'a pas de billet. Elle cherche les professionnels qui ont des invitations à utiliser pour en obtenir autant l'année suivante et sont susceptibles de s'en délester. Voilà le truc...




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