Cannes est cinéma

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Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, président du jury, à son arrivée sur la Croisette, mardi.

AFP, Anne-Christine Poujoulat

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) «Mais qu'est-ce que vous allez écrire? me demande Aurélien, le sympathique concierge de l'hôtel. Vous devriez profiter du soleil.» Vrai que la température est magnifique : 25 degrés, un ciel bleu et un petit vent pour se rafraîchir les idées. Mais à 24 heures de la projection d'ouverture du 70e Festival de Cannes, la ville de la Côte d'Azur est déjà cinéma.

Je ressens toujours une émotion particulière en arrivant ici, mélange de stress, de décalage horaire, d'anticipation et de joie de revenir à La Mecque du cinéma mondial. Surtout que, cette fois, mon vol New York-Nice s'est déroulé sans histoire - pas de valise égarée ou de retard insurmontable. L'an passé, Julianne Moore était sur ce même vol, en première classe, évidemment. Pas cette fois. Quelques journalistes, constamment penchés sur leur cellulaire ou arborant un gilet de circonstance - celui de la 69édition du Festival, pour un, ou de Star Wars, pour l'autre. Question de goût.

J'avais cru reconnaître Jessica Chastain à l'embarquement - elle fait partie du jury présidé par Pedro Almodovar. Ben oui. Petite commotion à la sortie de l'aéroport, pas plus grand que celui de Québec, où plein de photographes ont mitraillé la rouquine actrice, qu'on pourra voir dans le premier film en anglais de Xavier Dolan (qui n'est pas ici pour une rare fois depuis 2009). Elle est partie dans sa limo noire, moi dans l'autobus qui fait la navette jusqu'à Cannes...

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Les photos format géant de «Cannes fait le mur, édition spéciale : 70 ans de fête et de bonheur».

Collaboration spéciale Éric Moreault

Au palais des Festivals, qui accueillent les projections, les vedettes, les producteurs et distributeurs qui participent au marché du film ainsi que les quelque 4000 journalistes, on se hâte lentement dans les lieux étrangement désertés - le calme avant la tempête. Un ouvrier affaissé sur une table récupère alors que les tapis rouges des marches intérieurs pendouillent encore. Celui qui recouvre les marches de la gloire à l'extérieur manque encore à l'appel.

Avec ma précieuse carte d'accès rose à point jaune, la deuxième dans la hiérarchie journalistique, j'ouvre mon casier de documentation. Pas grand-chose pour l'instant, mais un magnifique macaron aux couleurs rouge et doré du 70e anniversaire. Sur le mien, on peut lire : «Pfff... c'est toujours les mêmes en Compét», un reproche souvent formulé par les critiques blasés. Ils ont quand même de l'humour, à la direction du Festival.

Parlant du loup, devinez sur qui je tombe au quatrième étage. Eh oui, l'insaisissable Thierry Frémaux en personne, celui avec qui je tente désespérément d'avoir une entrevue depuis des semaines. Je m'approche pour l'intercepter, mais le diable d'homme, en bras de chemise, est en grande conversation téléphonique, arpentant les couloirs de son palais. Je le suis. Jusqu'à ce qu'il disparaisse par une porte anonyme où je ne suis, de toute évidence, pas le bienvenu. Et merde!

Les travaux d'aménagement des pavillons nationaux qui longent la magnifique plage de sable blanc bordant la Méditerranée m'empêchent d'aller déguster mon traditionnel panini d'arrivée à la sandwicherie Chez Gérard. Un détour à la boulangerie Jean-Luc Pelé s'impose. On y retrouve les meilleurs sandwichs de la ville, avec un pain tendre à l'intérieur et croustillant juste ce qu'il faut à l'extérieur. Pour pas cher. 

Signe que la planète cinéma débarque ici : les terrasses des restos sont pleines de gens avec leur accréditation au cou. Les hôtels aussi : une chambre dans un trois étoiles bien situé, 350 euros la nuit. Des peccadilles comparées à des hôtels de prestige comme Le Majestic ou le Marriott (à partir de 500 euros). Le mien est plus modeste et avec une vue moins spectaculaire, mais il a un avantage indéniable : il est voisin du poste de police...

La rue Antibes, célèbre artère commerciale du centre-ville, est écrasée par la chaleur. Les badauds marchent à l'ombre. Au-dessus de leurs têtes, les habituelles photos format géant de Cannes fait le mur. Mais en édition spéciale : 70 ans de fête et de bonheur. La ville revêt ses plus beaux atours : la magnifique Monica Vitti en 1969; Monica Belluci, maîtresse de cérémonie de cette édition en 2005; le rigolo Jean-Pierre Cassel, debout sur une table, en 1960; Alain Delon et Romy Schneider en amour en 1959...

Un peu d'humour de la direction du Festival... (Collaboration spéciale Éric Moreault) - image 3.0

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Un peu d'humour de la direction du Festival : un macaron aux couleurs rouge et doré du 70e anniversaire où on peut lire : «Pfff... c'est toujours les mêmes en Compét», un reproche souvent formulé par les critiques blasés.

Collaboration spéciale Éric Moreault

L'an passé, l'obsession sécuritaire était sur toutes les lèvres - la Ville de Cannes et les forces de l'ordre avaient même simulé un attentat terroriste plus vrai que nature qui avait suscité toute une commotion. Pas de déploiement spectaculaire du genre cette fois, mais une sécurité renforcée. Partout, d'immenses jardinières - plus de 300, dit la presse - pour empêcher l'utilisation d'un camion-bélier comme à Nice. Autre ajout : des portails de sécurité semblables à ceux des aéroports. Sans parler du reste. Mais contrairement à avant, les gens interrogés se montrent évasifs. Comme si on voulait conjurer le mauvais sort...

On ne va pas en faire une dépression. Beaucoup de gens se baignaient dans la mer quand je suis allé marcher, heureux de cette douce température estivale. Demain, ce sera le film d'ouverture de Desplechin, Les fantômes d'Ismaël avec Cotillard, Gainsbourg, Garrel et Amalric, rien de moins, et le premier film de la compétition, Nelyubov du russe Andreï Zviaguintsev (Léviathan). 

En rentrant à l'hôtel, j'ai croisé un hurluberlu qui fait jouer à tue-tête du Michel Fugain sur son radio portatif : «Attention, mesdames et messieurs, dans un instant on va commencer.» Je ne saurais mieux dire.

Les frais de ce reportage sont en partie payés par le Festival de Cannes.

La sécurité plus imposante que jamais

Une sécurité renforcée à Cannes : partout, d'immenses... (AFP, Alberto Pizzoli) - image 5.0

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Une sécurité renforcée à Cannes : partout, d'immenses jardinières pour empêcher l'utilisation d'un camion-bélier comme l'attentat à Nice. Et, autre ajout, des portails de sécurité semblables à ceux des aéroports. Sans parler du reste...

AFP, Alberto Pizzoli

Les membres du jury du Festival de Cannes, et son président, le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, sont arrivés sur la Croisette mardi, veille de l'ouverture d'une 70e édition avec un défilé sans précédent de stars qui se tiendra sous haute sécurité.

Prélude à un marathon cinématographique de 12 jours, ces quatre femmes, dont l'actrice et réalisatrice française Agnès Jaoui et l'actrice chinoise Fan BingBing, et quatre hommes, dont le réalisateur coréen Park Chan-Wook et l'acteur américain Will Smith, réunies autour de l'icône de la Movida, se sont retrouvées vers 18h, sous les flashs, pour le traditionnel dîner du jury à l'hôtel Martinez.

Monica Bellucci, chargée d'animer la soirée d'ouverture, était déjà arrivée à Cannes la veille.

Malgré la menace terroriste au plus haut en France, et des moyens de sécurité plus imposants que jamais, le plus prestigieux festival de cinéma au monde compte fêter ses 70 ans avec force, glamour et paillettes.

«Jamais nous n'avons invité autant de stars internationales», notamment pour une soirée anniversaire exceptionnelle le 23 mai, s'est félicité le président du Festival Pierre Lescure.

Pour protéger les vedettes et les dizaines de milliers de professionnels et de cinéphiles attendus, les autorités ont mis en oeuvre de gros moyens dans la cité de la Côte d'Azur.

Policiers, gendarmes, militaires, forces aéronavales avec le patrouilleur Commandant Bornes, un navire de guerre de 80 mètres bien visible dans la baie cannoise : «jamais il n'y a eu autant de moyens déployés pour la sécurité du festival», a affirmé le représentant de l'État dans la région, le préfet des Alpes-Maritimes Georges-François Leclerc. 

Imposantes jardinières en béton pour dissuader toute attaque au véhicule bélier, 10 mois après l'attentat de Nice, non loin de là (86 morts), tireurs d'élite sur les lieux les plus sensibles, fouilles, dispositifs anti-drones : «notre objectif c'est d'être (...) le moins gênant possible, a précisé le chef départemental de la police, Patrick Mairesse.

La riposte de Netflix

Côté salles obscures, c'est le film français Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin, avec Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg et Mathieu Amalric qui fera l'ouverture mercredi soir.

D'autres stars, de Nicole Kidman - reine de Cannes cette année avec trois films et une série - à Colin Farrell, Isabelle Huppert ou Vincent Lindon sont également attendus.

Au total, 19 films seront en compétition pour la Palme d'or, dont quatre Américains et quatre de cinéastes français.

Deux films, The Meyerowitz stories du new-yorkais Noah Baumbach, avec Dustin Hoffman, et Okja de Bong Joon-Ho, avec Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal, en compétition, sont eux au coeur d'une polémique entre le festival et la plateforme de vidéo en ligne Netflix, qui a acquis les droits du film de l'Américain et produit celui du Sud-Coréen.

Changement en 2018

Alors que la règlementation française impose un délai de 3 ans après la sortie en salles avant qu'un film soit disponible sur une plateforme, le géant américain a refusé de distribuer ces deux films dans les cinémas hexagonaux. Du coup, les organisateurs du Festival ont décidé de revoir le règlement pour 2018 : tout film en compétition devra désormais s'engager à être distribué dans les cinémas français.

Netflix a riposté lundi en Corée du Sud, par la voix de son directeur des contenus Ted Sarandos, qui a appelé les festivals de cinéma à «changer», et Cannes à se conformer à sa mission première, «célébrer les arts».

Le syndicat la Guilde française des scénaristes a apporté mardi «un soutien sans faille» au Festival.  AFP




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