Les débuts chaotiques du festival de Cannes en 1946

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Des vedettes paradent à Cannes le 8 septembre 1947, durant la deuxième édition du festival dédié au septième art.

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

Agence France-Presse
Paris

Après un faux départ en 1939, le festival international du film s'ouvre à Cannes le 20 septembre 1946. Entre bobines inversées, crise diplomatique et improvisation, l'édition inaugurale est chaotique, mais les premiers chefs d'oeuvre sont là.

La légende cannoise est elle aussi en marche. Elle veut que le festival - qui fête cette année sa 70édition - débute par un magnifique lapsus du ministre du Commerce et de l'Industrie : «je déclare ouvert le premier Festival de l'agriculture».

Le malheureux ministre ne fait qu'inaugurer une longue tradition. L'émotion a souvent trahi ceux qui se trouvaient sur la scène cannoise. C'est ainsi que, 30 ans plus tard, le grand Akira Kurosawa sera baptisé «Harakiri» Kurosawa et Ettore Scola, «Hetero» Scola.

La naissance du festival, en 1946, est le fruit d'une gestation de sept ans. L'idée avait germé en 1939 pour faire concurrence à la Mostra de Venise, dominée par Mussolini, et Cannes avait été choisie de préférence à Biarritz. Les dates retenues étaient les 1er et 20 septembre 1939.

«Le nom du festival flamboyait déjà en lettres de néon au fronton du casino municipal quand la folie des hommes éteignit les lumières», a écrit Philippe Erlanger, un des pères fondateurs de la manifestation.

Le 3 septembre, la guerre était déclarée avec l'Allemagne et les vedettes américaines déjà arrivées sur la Croisette - Tyrone Power, Gary Cooper, Norma Shearer - réintégraient Hollywood.

Rossellini et Morgan, premiers primés

Sitôt la fin des hostilités, le projet est remis en chantier. Le festival est alors avant tout une affaire mondaine et diplomatique. Les films présentés sur la Croisette sont choisis par les pays invités par l'État français et le règlement stipule qu'une oeuvre peut être retirée de la compétition si elle risque de «blesser le sentiment national d'autres pays».

«Ce fut très rapidement la pagaille. La projection d'un film russe fut de nombreuses fois interrompue. On cria au sabotage et la délégation soviétique menaça de se retirer. Mais un peu plus tard, le film d'Alfred Hitchcock Les enchaînés (Notorious) fut envoyé, bobines inversées. Finalement tout se termina dans la bonne humeur, les fêtes furent brillantes, notamment la soirée mexicaine où la tequila coula à flots», racontait à l'AFP le critique Robert Chazal, à l'occasion de la quarantième édition en 1987.

Pour ne froisser personne, le premier festival de Cannes couronne 11 films, un par pays représenté, dont déjà plusieurs chefs d'oeuvre comme Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini qui inaugure le style néo-réaliste. Le jury récompense, entre autres, La bataille du rail de René Clément, et Michèle Morgan, qui reçoit le prix d'interprétation féminine pour La symphonie pastorale.

Un palais à la hâte

Pour que Cannes conserve la manifestation l'année suivante, son maire Raymond Picaud décide de construire à la hâte un superbe palais. «Aussi, racontait Robert Chazal, la soirée d'ouverture du second festival fut pour le moins curieuse : on y présenta tous les techniciens et ouvriers qui avaient participé à la construction du bâtiment.»

«Celui-ci était quasiment fini, à l'exception du toit que l'on avait remplacé par des bâches. Cette construction de fortune résista jusqu'à la veille de la clôture où elle fut emportée par un énorme orage. Pour le palmarès, on dut se rabattre en hâte sur l'ancien casino.»

En 1948, de même qu'en 1950, la manifestation n'a pas lieu, faute d'argent. Après une session en 1949 qui impose Le troisième homme interprété par Orson Welles, la manifestation prend son véritable essor en 1951. Son palais est enfin complètement aménagé. Le festival ne le quittera qu'en 1983 pour s'installer dans le «Bunker» sur l'emplacement de l'ancien casino, là même où s'était déroulé le premier festival et où va se tenir, à partir du 17 mai, sa 70e édition.

Quand les actrices affolent la Croisette...

La guerre des bustes

À la fin des années 50, Sofia Loren... (AFP) - image 3.0

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À la fin des années 50, Sofia Loren se disputait les faveurs des cinéphiles avec Gina Lollobrigida.

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À la fin des années 50, deux Italiennes aux courbes généreuses se disputent les faveurs des cinéphiles : Gina Lollobrigida et Sophia Loren. La presse se régale de leur rivalité. Dans cette «guerre des bustes», Cannes est un champ de bataille où les deux actrices se disputent les acclamations du public et les flashs des photographes. «La» Loren y gagne une manche en 1961, lorsqu'elle remporte le prix d'interprétation féminine pour son rôle de veuve dans La ciociara de Vittorio de Sica. Autres vedettes transalpines, Claudia Cardinale, Monica Vitti et Silvana Mangano ont elles aussi affolé le public cannois.

L'hystérie BB

Brigitte Bardot fait sensation dès sa première visite... (AFP) - image 4.0

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Brigitte Bardot fait sensation dès sa première visite au festival de Cannes, en 1953. Quatorze ans plus tard, devenue un sex-symbol planétaire, elle y crée l'émeute.

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Starlette encore inconnue, Brigitte Bardot vient pour la première fois au festival de Cannes en 1953... et y fait déjà sensation. En bikini sur la plage, elle se fait faire des tresses par Kirk Douglas. Quatorze ans plus tard, devenue un sex-symbol planétaire, elle y crée l'émeute. Le 12 mai 1967, l'actrice fait son grand retour sur la Croisette après plusieurs années d'absence. Son entrée au Palais des festivals pour la cérémonie de clôture, où elle doit rendre un hommage à Michel Simon, provoque une cohue monstre. Journalistes et photographes s'empoignent pour essayer d'apercevoir BB, à qui les gendarmes tentent tant bien que mal de dégager un chemin. «Surtout, ne me l'écrasez pas!» s'écrie, affolé, son mari Gunter Sachs.

Au lit avec Madonna

Madonna en 1991 dans son soutien-gorge conique signé... (AFP, Gérard Julien) - image 5.0

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Madonna en 1991 dans son soutien-gorge conique signé Jean Paul Gaultier

AFP, Gérard Julien

Au plus fort de sa notoriété en 1991, la vedette américaine vient présenter au festival son documentaire In Bed with Madonna. Installée dans le palace de l'Eden Roc, elle paralyse la circulation sur les petites routes sinueuses de Cap d'Antibes pour son jogging quotidien de 15 kilomètres, entourée de ses 15 gardes du corps. Le soir de la projection, 10 000 badauds se massent devant le Palais des festivals pour essayer d'apercevoir la vedette, dont la limousine peine à avancer au milieu de la marée humaine. Autour de Madonna, qui ne porte qu'un soutien-gorge conique dessiné par Jean Paul Gaultier, c'est la confusion la plus totale. Une commentatrice de télévision est jetée à terre en direct, ainsi que plusieurs photographes.

Et Sharon Stone devint une star

Sharon Stone, Michael Douglas et Jeanne Tripplehorn peu... (AFP, Michel Gangne) - image 6.0

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Sharon Stone, Michael Douglas et Jeanne Tripplehorn peu avant la représentation du film Basic Instinct en 1992. Très à l'aise et très glamour, Sharon Stone deviendra une habituée de Cannes.

AFP, Michel Gangne

En 1992, le festival débute dans une forte odeur de soufre avec la projection comme film d'ouverture de Basic Instinct, thriller sexuel de Paul Verhoeven. Le rôle féminin principal - une romancière bisexuelle soupçonnée de tuer ses amants avec un pic à glace -est tenu par l'Américaine Sharon Stone. Très à l'aise et très glamour, l'actrice, jusque-là cantonnée aux seconds rôles, provoque une mini-émeute de caméramans et de photographes à son arrivée au pied des marches. Cannes, dont elle deviendra une habituée, fait d'elle une vedette mondiale.

Sous le soleil du scandale

Batailles de styles, contestation politique, dérapages... : en 70 éditions, divers scandales ont émaillé l'histoire du festival de Cannes, contribuant aussi à sa légende.

Scandales à l'italienne

En 1960, L'avventura de Michelangelo Antonioni déstabilise le public en faisant éclater les conventions narratives classiques. La projection est un désastre. Le film est hué, l'actrice Monica Vitti fond en larmes. Trente-sept artistes, dont Roberto Rossellini, adressent une lettre de soutien à Antonioni, qui reçoit le Prix du jury.

Éblouissant portrait d'une Italie désenchantée, La dolce vita de Federico Fellini arrive la même année à Cannes précédé d'une odeur de soufre. Le Vatican condamne un film décadent, rebaptisé La sconcia vita («La vie répugnante»). Porté par le président du jury, Georges Simenon, il remporte la Palme d'or.

Le vent de mai 68

Le 10 mai 1968, alors que Paris se hérisse de barricades, stars et starlettes se pressent au 21e festival de Cannes. Le vent de la contestation franchit vite les portes du festival. Les réalisateurs François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch proposent d'arrêter le festival et d'occuper le palais. Des cinéastes contestataires, accrochés au rideau, arrêtent une projection, des membres du jury démissionnent, des réalisateurs retirent leur film de la compétition. Le festival de Cannes 1968 sera une manifestation sans palmarès.

La grande bouffe mal digérée

En 1973, la sélection française choque la Croisette. Cru et provocateur, La maman et la putain de Jean Eustache divise la critique et les festivaliers. Le déferlement verbal du triangle amoureux Jean-Pierre Léaud-Françoise Lebrun-Bernadette Lafont est qualifié de «chef d'oeuvre» par les uns, de «scandale» par les autres.

Ce n'est encore rien en comparaison de La grande bouffe de Marco Ferreri. Le suicide collectif en forme de ripaille gigantesque de Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi provoque sifflets, huées, haut-le-coeur, mais aussi applaudissements pour cette féroce critique de la société de consommation.

Les deux films remporteront ex aequo le prix de la critique internationale et La maman et la putain le Grand prix spécial du jury.

Adjani boudée

En 1983, Isabelle Adjani, vedette féminine de L'été meurtrier, fait faux bond aux journalistes en refusant d'aller à la traditionnelle conférence de presse. Privés d'images, les photographes se vengent le soir-même.

Pour protester contre le caprice de la vedette, ils posent leurs objectifs à terre et lui tournent ostensiblement le dos lorsqu'elle monte les marches du Palais des festivals pour la projection officielle.

Lars von Trier, persona non grata

En 2011, Lars Von Trier, en compétition avec Melancholia,... (AFP, François Guillot) - image 8.0

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En 2011, Lars Von Trier, en compétition avec Melancholia, crée la polémique avec des propos ambigus sur Hitler et le nazisme. En conférence de presse, il exprime sa «sympathie» pour Hitler et déclare qu'«Israël fait chier».

AFP, François Guillot

En 2011, Lars Von Trier, en compétition avec Melancholia, crée la polémique avec des propos ambigus sur Hitler et le nazisme. En conférence de presse, il exprime sa «sympathie» pour Hitler et déclare qu'«Israël fait chier».

Malgré ses excuses, la direction du festival déclare le réalisateur danois «persona non grata», une sanction sans précédent. Melancholia reste cependant en compétition et l'actrice américaine Kirsten Dunst remporte le prix de la meilleure interprétation féminine pour son rôle dans le film. Le réalisateur danois, lauréat de la Palme d'or en 2000 pour Dancer in the Dark, n'a plus été réinvité sur la Croisette depuis.




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