À qui la Palme d'or?

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Contrairement aux Oscars, il est très difficile de jouer au devin à Cannes, où les photographes s'en donnent à coeur joie.

AFP, Anne-Christine Poujoulat

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Festival de Cannes

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Festival de Cannes

Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) Voilà, ça y est. On a franchi la ligne d'arrivée du marathon des 21 films de la compétition du Festival de Cannes 2016. Et ça s'est terminé en beauté avec le délicieusement pervers Elle de Paul Verhoeven, grâce à Isabelle Huppert, une autre actrice qui livre une forte performance dans une édition marquée par les femmes. Mais, évidemment, ce que vous voulez tous savoir, c'est : Xavier Dolan a-t-il une chance de remporter une Palme d'or? Avouez que ce serait plaisant. Mais peu probable. Voici pourquoi.

À partir de ce moment, il faut oublier les favoris de la critique. Le jury présidé par George Miller est souverain. Et notoirement imprévisible, si on se fie aux dernières années. Et même celles d'avant. Alors? Il y a quand même des longs métrages qui se démarquent.

Car la 69e édition s'est avérée aussi relevée que prévu. Il y avait beaucoup de vétérans, c'est vrai, mais certains n'avaient pas été présents en compétition depuis longtemps. Le problème de la relève se pose chaque année, mais le Festival y répond, en quelque sorte, en plaçant plusieurs premiers longs métrages dans sa section Un certain regard. Ne nous leurrons pas : Cannes a aussi besoin de vedettes pour la montée des marches. 

Celles-ci se font rares chez les réalisateurs émergents...

Et la crème des cinéastes a monté (sauf exception). Sans film, toutefois, qui nous a scié les jambes. À part Le client d'Asghar Farhadi. Si l'Iranien ne repart pas avec la Palme d'or, il sera certainement sur le palmarès en raison de la force dramatique et de l'humanité de son récit - un candidat logique au Grand prix ou au meilleur scénario, comme prix de consolation.

Petite précision : le jury ne peut décerner qu'un prix par film, sauf dérogation du président du Festival. Et il faut des circonstances exceptionnelles comme la Palme d'or décernée à La vie d'Adèle de Kechiche et à ses deux interprètes, en 2013, un geste totalement inusité.

Voilà, ça y est. On a franchi la ligne d'arrivée du... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Prédictions difficiles

Contrairement aux Oscars, il est très difficile de jouer au devin (et un peu futile). Si ce n'est pour souligner que certaines oeuvres se sont tout de même détachées du lot. Comme Toni Erdmann de Maren Ade, qui a obtenu samedi le Prix de la critique internationale (FIPRESCI). La comédie douce-amère de l'Allemande a marqué les esprits, bien qu'elle aurait gagné en concision. Si la réalisatrice l'emportait, elle serait la première femme à réaliser seule l'exploit (La leçon de piano de Jane Campion était ex aequo avec Adieu ma concubine).

La réalisatrice allemande Maren Ade (à droite), en... (AFP, Valery Hache) - image 3.0

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La réalisatrice allemande Maren Ade (à droite), en compagnie des acteurs allemands Trystan Putter et Sandra Huller. Si Mme Ade remportait la Palme d'or pour son film Toni Erdmann, elle serait la première femme à réaliser seule cet exploit. 

AFP, Valery Hache

Baccalauréat de Cristian Mungiu, déjà palmé d'or, s'est aussi distingué en raison de la qualité du scénario 

- il pourrait remporter cette catégorie ou celle de la mise en scène. Même chose pour Julieta du vétéran Pedro Almodóvar, à qui la récompense suprême a toujours échappé (seul Tout sur ma mère a gagné le Prix de la mise en scène). Ou encore le déjanté Ma loute de Bruno Dumont. Sans oublier le poétique Paterson de Jim Jarmusch (celui-là, je n'y crois pas trop, même si c'est un des mes favoris). Quant à Loving, de Jeff Nichols, il est formaté pour les Oscars, pas pour Cannes (mais on ne sait jamais).

Dans cette optique, on comprendra que les places sur le podium se font plutôt rares pour Juste la fin du monde. On voit mal le dense et intense film du Québécois gagner pour son scénario (c'est une adaptation) ou sa réalisation (trop uniforme). Un Prix du jury? Peut-être, mais cette médaille de bronze va souvent à un candidat malheureux de la Palme d'or et du Grand prix (médaille d'argent).

Ce qui rend les chances de Dolan encore plus minces. Reste les prix d'interprétation. Gaspard Ulliel est d'une sobriété saisissante. Et, côté masculin, les remarquables performances se font plutôt rares. Fabrice Luchini (Ma loute) est désopilant, mais est-ce suffisant? Le jeu minimaliste et sensible d'Adam Driver (Paterson) et de Joel Edgerton (Loving)? Ça pourrait bien être un de ces deux-là.

Côté féminin, Marion Cotillard est exceptionnelle dans Juste la fin du monde. Le seul problème, c'est que les actrices exceptionnelles sont légion dans cette édition du Festival, qui passera à l'histoire pour le nombre de rôles féminins forts (ça fait changements des potiches hollywoodiennes) et la qualité de leurs interprètes : Ruth Negga (Loving); Isabelle Huppert (Elle); Sandra Hüller (Toni Erdmann); Sônia Braga (Aquarius), voire les deux interprètes de Julieta (Adriana Ugarte et Emma Suárez)...

Quoi qu'il en soit, Thierry Frémaux, le délégué général, a réussi à maintenir le délicat équilibre entre la qualité artistique et la vocation plus commerciale, si on fait exception du désastreux Last Face de Sean Penn. Comme d'habitude, certains films ont profondément divisé la critique, ceux de Nicolas Winding Fren, d'Olivier Assayas, d'Andrea Arnold et, bien sûr, de Xavier Dolan.

Les jurys ont souvent récompensé les oeuvres controversées avec des prix remis sous les huées. Le gagnant pourra reprendre à son compte les célèbres mots de Pialat, qui avait levé le poing en disant : «Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus».

On verra bien dimanche soir, à Cannes, alors que le jury va rendre son verdict à partir de 19h (13h au Québec). On vous en communiquera les résultats aussitôt que possible.

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

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