Le meilleur comme le pire

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Sean Penn fuit-il les critiques négatives envers son film The Last Face ?

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Festival de Cannes

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Québec) ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES/ Le client est un film qui s'est ajouté à la dernière minute. Et comme ce 69e Festival de Cannes présente une grille relevée, mais sans véritable chef-d'oeuvre, l'impatience était grande vendredi soir. Résultat : Asghar Farhadi a relevé le niveau de la compétition. Comme d'habitude. En cette journée surprenante, on a donc eu droit au meilleur. Et au pire, gracieuseté de Sean Penn et de son exécrable The Last Face.

Si le Festival est un marathon, dont on commence à voir la ligne d'arrivée, Farhadi nous a donné des ailes. À sa dernière présence, en 2013, Le passé avait permis à Bérénice Bejo de repartir avec le Prix d'interprétation. Cette fois, c'est l'Iranien qui va monter sur la scène du Palais des festivals. Avec quel prix? On verra bien.

Asghar Farhadi a relevé le niveau de la... (Agence France-Presse) - image 2.0

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Asghar Farhadi a relevé le niveau de la compétition.

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Le couple se retrouve encore au coeur du récit. Par un malheureux concours de circonstances, Rana (Taraneh Alidoosti) est agressée dans l'appartement qu'elle partage avec Emad (Shahab Hosseini). Traumatisée, la jeune femme refuse de porter plainte. Mais son mari, qui détient quelques indices, se met en tête de retrouver le coupable, au point d'en faire une obsession.

À partir de canevas fort simple, Farhadi va disséquer une multitude de thèmes (colère, vengeance, humiliation, honneur, pardon, compassion, etc.) et l'évolution de la dynamique d'un couple face à un traumatisme majeur. C'est aussi un examen des moeurs qui ont cours dans son pays - ce n'est pas pour rien qu'il trace un parallèle avec La mort d'un commis voyageur (Arthur Miller), pièce dans laquelle Emad et Rana jouent le soir venu.

Le client n'a peut-être pas la force d'impact d'Une séparation(2011), il n'en demeure pas moins un excellent long métrage dont on ne peut qu'admirer la maîtrise de la mise en scène du réalisateur. Sa progression dramatique est impeccable... et implacable, jusqu'au bouleversant paroxysme.

Son drame psychologique démontre une remarquable compréhension des ressorts humains. Un beau coup de coeur alors qu'il ne reste qu'Elle de Paul Verhoeven, présenté samedi matin.

* * *

On se demande ce qui a bien pu passer par la tête de Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, lorsqu'il a donné son feu vert à la présentation de The Last Face en compétition. Était-ce l'aura de Sean Penn à Cannes (La promesse était en compétition en 2001, et il a présidé le jury en 2008)? Son côté militant? La présence des supervedettes Chalize Theron et Javier Bardem au générique? Peu importe : ce très mauvais film n'a pas sa place en compétition. 

Et l'accueil fut proportionnel au ratage. The Last Face a obtenu les huées les plus senties de cette 69e édition. C'est dire. Contrairement à Dolan, à Winding Refn ou à Assayas, le navet prétentieux et insipide n'a pas divisé la critique. Il a fait l'unanimité contre lui. En conférence de presse, le réalisateur, qui avait une gueule d'enterrement, a soigneusement évité la question, si ce n'est pour nous servir du bout des lèvres un cliché : le film ne m'appartient plus.

The Last Face est un atroce mélange de drame romantique et de film de guerre où le dosage est complètement raté. Au lieu de se servir de cette romance improbable comme prétexte pour illustrer le travail des médecins de première ligne dans des conflits interethniques, Penn a mis l'accent sur l'aspect mélodramatique. Or, il tombe dans le pathos à la Harlequin, avec cette relation entre deux médecins à laquelle on ne croit pas une seconde. Sans parler des ridicules personnages secondaires et des dialogues insignifiants.

Ce choix scénaristique est une obscénité pour tous les réfugiés du monde, sans parler de la façon dont Penn exploite en gros plans l'image des blessures atroces des victimes. Ce n'est pas l'avis de Bardem : «C'est ce qu'il y a autour qui en fait une histoire d'amour unique.»

En gros, il s'agit de l'amour improbable et impossible entre une médecin qui administre Médecins du monde à Genève et un toubib de terrain au Soudan du Sud. Wren (Theron) souffrira de son séjour sur le plancher des conflits et optera pour le salut dans la fuite. Laissant Miguel (Bardem) à son missionnariat.

Tout n'est pas à jeter. Les acteurs, qui ont eu une formation médicale, sont très crédibles dans l'accomplissement des gestes médicaux. «On se sentait tellement proche de la réalité», a expliqué Adèle Exarchopoulos (La vie d'Adèle). Et il y a un aspect documentaire très marqué dans les scènes de camp. Mais ce n'est pas suffisant pour sauver le film du désastre.

Vers l'inconnu, qui datait de presque 10 ans, m'avait laissé un très bon souvenir. Cette déconfiture n'en est que plus déconcertante. Quel fiasco.

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

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